ANALYSE

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Analyse


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Déterminants psychosociaux du dopage

Dans le contexte sportif, deux catégories de comportements transgressifs peuvent être distinguées (Corrion et coll., 2015renvoi vers) : le jeu avec le règlement (par exemple, les stratégies d’utilisation du règlement, les fautes volontaires de l’athlète, ou les stratégies de pénalisation de l’adversaire), et les agressions verbales ou physiques. Le dopage, quant à lui, relève de la première catégorie mais il présente de nombreuses singularités par rapport aux comportements de transgression habituellement étudiés dans le contexte sportif ou dans celui de la santé. Par ailleurs, le dopage est un comportement interdit (voire illégal) et largement désapprouvé socialement, ce qui rend difficile l’étude des déterminants de ce phénomène.
Dans le champ disciplinaire de la psychologie sociale, le comportement est compris comme étant, en partie, le résultat de l’interaction dynamique entre les croyances d’un individu et les évaluations qu’il fait de ses expériences interpersonnelles pertinentes (Zelli et coll., 2016renvoi vers). En effet, la psychologie sociale cherche à décrire l’enchaînement des processus psychologiques qui peuvent pousser un individu à mettre en œuvre des comportements dans une situation particulière. Ainsi, on parle de déterminants psychosociaux, qui rassemblent des éléments psychologiques et sociaux qui façonnent la manière dont un individu perçoit et réagit à son environnement. Ces déterminants sont des facteurs qui interagissent de manière complexe et dynamique pour influencer le vécu et le fonctionnement psychologique et social d’une personne. Dans cette perspective, on peut considérer le comportement de dopage comme une action préméditée et intentionnelle dans laquelle les sportifs choisissent de s’engager avec l’idée de performer. Ainsi, la décision d’un individu de recourir au dopage ne serait pas binaire mais plutôt un mouvement progressif en direction d’une décision finale (Hauw et Bilard, 2012renvoi vers). Dans le contexte du dopage sportif, les résultats de plusieurs méta-analyses convergent et indiquent que les attitudes sont l’un des principaux prédicteurs des intentions, et que ces variables psychologiques (attitudes et intentions) se sont avérées être les prédicteurs pertinents du comportement de dopage (Blank et coll., 2016renvoi vers ; Ntoumanis et coll., 2014renvoi vers et 2024renvoi vers). De plus, le dopage peut être perçu comme un comportement dirigé vers un objectif plutôt que comme un comportement réflexif, ce qui rend le rôle de l’intentionnalité particulièrement pertinent dans l’étude des comportements de dopage (Petróczi et Aidman, 2008renvoi vers). En général, les études explorant les déterminants psychosociaux du dopage utilisent les mêmes dimensions que celles mobilisées dans des études sur d’autres comportements de transgression, à savoir : i) les attitudes à l’égard du dopage ; ii) le jugement d’acceptabilité et l’intention de se doper ; et iii) les comportements de dopage, le plus souvent auto-rapportés.
Ce chapitre présente une analyse critique de la littérature sur les déterminants psychosociaux du dopage. Il s’intéresse d’abord aux déterminants centrés sur l’individu en examinant les situations de vulnérabilité et les mécanismes psychosociaux explicatifs du dopage au travers des théories sociocognitives. Sont ensuite présentés des modèles intégratifs pertinents pour mieux comprendre le phénomène du dopage, ainsi que des modèles « duals » plus récents intégrant des processus implicites qui jouent également un rôle dans le comportement de dopage. Nous explorons ensuite le rôle de l’entourage sur les déterminants psychosociaux du dopage, et en particulier celui des entraîneurs et des parents. Dans la dernière partie, ces connaissances sont synthétisées et structurées de manière à les aborder sous l’angle plus intégratif des facteurs de risque et de protection du dopage. Enfin, à titre d’addendum, sont présentés les approches et les outils utilisés dans la littérature en psychologie sociale appliquée au sport pour mesurer les différentes variables du dopage (attitudes, intentions, comportement…)1 .

Déterminants psychosociaux centrés sur l’individu

Les déterminants psychosociaux individuels du dopage ont été examinés à la fois par des études qualitatives et par de nombreuses études basées sur des théories sociocognitives2 . Les études qualitatives ont cherché à explorer en profondeur, au travers des discours des sportifs, les croyances et les expériences de ces derniers en identifiant notamment des situations de vulnérabilité. Cette approche qualitative permet de mieux comprendre, en premier lieu, les mécanismes sous-jacents influençant les comportements de dopage. En second lieu, des études quantitatives se sont penchées sur les mécanismes psychosociaux explicatifs du dopage en s’appuyant sur des théories sociocognitives et les variables psychologiques sous-jacentes, afin d’asseoir la légitimité scientifique des éléments trouvés dans les études qualitatives.

Situations de vulnérabilité au dopage

Un certain nombre d’études qualitatives ont permis de caractériser des périodes d’émergence de l’acte de dopage et des situations de vulnérabilité. Les situations de vulnérabilité doivent être comprises comme des périodes de faiblesse au cours desquelles l’intégrité d’une personne est, ou peut être compromise, diminuée ou altérée (Liendle, 2012renvoi vers). Overbye et coll. (2013)renvoi vers ont qualifié ces situations de « situations de revers » et d’autres de points de basculement, de périodes sensibles, ou de détresse personnelle (Mazanov et coll., 2011renvoi vers ; Hauw et Bilard, 2012renvoi vers). Ainsi, la littérature scientifique en psychologie sociale s’est efforcée d’identifier au travers de l’analyse des discours des sportifs, pour la plupart dopés, les situations de vulnérabilité au dopage. Ces études révèlent l’existence de plusieurs types de situations de vulnérabilité : physique, psychologique, relationnelle et contextuelle (Corrion et coll., 2024renvoi vers ; Filleul et coll., 2024arenvoi vers). Cette catégorisation fait écho à celle de Bilard et coll. (2011)renvoi vers, qui ont classé les raisons de dopage signalées par les sportifs grâce à une ligne téléphonique d’assistance nationale antidopage. Ils ont défini cinq catégories : biologique (fatigue, blessures…), psychologique (dépression, anxiété…), culturelle (normes sociales associées au sport, à la société…), relationnelle (entraîneurs, famille, professionnels de santé…), et professionnelle (recherche de performance ou mauvaise performance, rendement financier, chômage…).

Vulnérabilité physique

Certaines études semblent se concentrer davantage sur les vulnérabilités à dominante physique. Les témoignages de sportifs dopés indiquent que la décision de se doper est souvent précédée de changements dans leurs performances sportives, que ce soit en termes de baisse ou d’inconstance dans les résultats (Hauw et Bilard, 2012renvoi vers ; Hauw, 2013renvoi vers ; Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers). L’engagement dans le sport de compétition est associé à des expériences d’inconfort physique (et psychologique), comme l’ont souligné Hauw et Bilard (2012)renvoi vers. De plus, l’organisation structurelle de ces activités néglige souvent d’offrir suffisamment d’opportunités de récupération psychologique, telles que la relaxation, la déjudiciarisation et la double planification de carrière, ce qui exacerbe le problème physique. Plusieurs études ont montré que le recours au dopage chez les sportifs est observé après des séances d’entraînement particulièrement intenses (Brissonneau et coll., 2008renvoi vers), ou pendant les périodes post-blessure (Mazanov et Huybers, 2010renvoi vers ; Bilard et coll., 2011renvoi vers ; Engelberg et coll., 2015renvoi vers) comme moyen de rétablissement (Hauw et Bilard, 2012renvoi vers ; Whitaker et coll., 2017renvoi vers). La tentation de se doper peut être irrésistible pendant ces périodes, car elle semble être la seule solution pour une récupération rapide à temps pour les compétitions saisonnières (Mazanov et coll., 2011renvoi vers ; Engelberg et coll., 2015renvoi vers).
Pour les sportifs, la prise de produits dopants permet de réduire également des problèmes de santé associés à leur sport (Bilard et coll., 2011renvoi vers). C’est une solution pour faire face à des problèmes : retourner à un état de forme, prévenir une carence potentielle, réduire ou faire face à la pratique (Bilard et coll., 2011renvoi vers ; Filleul et coll., 2024arenvoi vers et brenvoi vers). Pour les sportifs, le dopage aide à la récupération, à limiter la douleur pendant l’effort (souffrance physique), ou éviter la douleur (Mazanov et Huybers, 2010renvoi vers). Par ailleurs, certaines études montrent que le dopage est associé à une consommation plus large de médicaments et de compléments alimentaires. Un parallèle pertinent peut être établi ici avec les phases de carences et d’anémie, qui conduisent à une surconsommation de compléments alimentaires et potentiellement l’adoption ultérieure d’un comportement de dopage. En accord avec la « théorie de la passerelle », selon laquelle la consommation de compléments alimentaires pourrait favoriser le recours au dopage, plusieurs études montrent une association entre la supplémentation et des attitudes plus positives envers le dopage et à l’intention de se doper (Backhouse et coll., 2013renvoi vers et 2016 renvoi vers; Mallia et coll., 2013renvoi vers ; Mallick et coll., 2023renvoi vers ; Hurst et coll., 2024renvoi vers). Une méta-analyse récente a conclu que les sportifs qui consomment des compléments alimentaires sont plus à risque de se doper (Hurst et coll., 2023renvoi vers). Cependant, on ne sait toujours pas si ces éléments montrent simplement la cooccurrence de l’utilisation de substances non interdites et interdites, ou si les compléments alimentaires constituent pour certains une « porte d’entrée » vers le dopage.
Ainsi, les études montrent que les sportifs sont plus vulnérables au dopage dans des situations caractérisées par un épuisement physique, émotionnel et cognitif, ainsi qu’une diminution du sentiment d’accomplissement (Filleul et coll., 2024arenvoi vers et brenvoi vers). Ces conditions ont souvent culminé lorsqu’elles ont été associées à des sentiments négatifs envers leur sport et même au dégoût pour celui-ci. Les sportifs vont aller dans des états d’épuisement extrêmes et maintiennent ces états, se retrouvant finalement dans des situations où le dopage semble, pour eux, être la seule solution viable (Hauw, 2013renvoi vers ; Aubel et Ohl, 2014renvoi vers ; Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers).

Vulnérabilité psychologique

D’autres situations de vulnérabilité semblent être de nature plus psychologique. Les sportifs semblent animés par une motivation de « gagner à tout prix » considérée comme une motivation inadaptée (motivation contrôlée, peur de l’échec, auto-sabotage…) qui augmente le risque de dopage (Whitaker et coll., 2017renvoi vers ; Hardwicke, 2023renvoi vers). Daumiller et coll. (2022)renvoi vers suggèrent qu’un but « d’évitement de la maîtrise » (c’est-à-dire, chercher à éviter de s’engager dans des situations que l’on ne maîtrise pas) dans le sport de haut niveau serait lié au désir des sportifs d’éviter de ne pas être à la hauteur de leurs attentes élevées. Cependant, les travaux basés sur les discours des sportifs négligent souvent les processus motivationnels sous-jacents qui les conduisent à adopter des comportements de dopage. Le rôle de la motivation d’accomplissement a été exploré jusqu’à présent à l’aide de méthodes quantitatives, principalement avec des sportifs qui ne se livrent pas au dopage (Barkoukis et coll., 2011renvoi vers, 2013renvoi vers et 2020arenvoi vers ; Lazuras et coll., 2015renvoi vers) ce qui limite la généralisation des résultats à la population particulière de sportifs dopés.
Des études décrivent également les expériences de vie comme étant stressantes et pénibles au cours desquelles le dopage se produit (Hauw et Bilard, 2012renvoi vers). Les individus éprouvent des états psychologiques spécifiques et fluctuants marqués par des sentiments tels que le manque, l’anticipation, la déception ou la frustration (Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers). Ces travaux montrent aussi que la transition vers le dopage est souvent caractérisée par de la fatigue, de la détresse et une perte d’enthousiasme (Hauw et Bilard, 2012renvoi vers ; Hauw, 2013renvoi vers ; Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers). Ainsi, les affects négatifs tels que le burnout (c’est-à-dire un sentiment d’accomplissement réduit), la dépression, le stress et l’anxiété de compétition ou liée à l’apparence ont été reliés au dopage (Hauw et Bilard, 2012renvoi vers ; Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers ; Mooney et coll., 2017renvoi vers ; Didymus et Backhouse, 2020renvoi vers ; Melzer et coll., 2022renvoi vers ; Filleul et coll., 2024arenvoi vers et brenvoi vers). La consommation de substances améliorant la performance permet aux sportifs d’atténuer le stress psychologique qui n’est pas toujours reconnu consciemment (Didymus et Backhouse, 2020renvoi vers). Ces auteurs parlent du dopage comme une « stratégie pour faire face » (coping) à des stresseurs (périodes de blessures, phases de sélection…). Il semble que les sportifs qui sont en détresse et qui souffrent sont plus susceptibles de se tourner vers le dopage comme mécanisme d’adaptation (Petróczi, 2013renvoi vers ; Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers).
Le désengagement moral3 peut favoriser également l’adoption de comportements déviants ou transgressifs, comme l’agression physique ou verbale, la fraude, ou la consommation de drogue ou d’alcool (Bandura et coll., 2001renvoi vers). Le désengagement moral (par exemple, la diffusion de la responsabilité, la minimisation des conséquences…) des sportifs a été relié au dopage (Corrion et coll., 2010renvoi vers ; Boardley et coll., 2014renvoi vers et 2015renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers). Par exemple, considéré comme immoral et inexcusable par les jeunes cyclistes (Sandvik et coll., 2017renvoi vers), le dopage est somme toute légitimé à trois niveaux : i) dans un but de maintien de ses propres performances ; ii) dans un but d’approbation sociale de l’équipe ; et iii) dans une volonté d’être à la hauteur du « grand spectacle du cyclisme » (Smith, 2017renvoi vers). Ces résultats font écho aux mécanismes de désengagement moral mis au jour dans d’autres sports (Corrion et coll., 2009renvoi vers et 2017renvoi vers).
Le comportement de dopage des participants conduit parfois à une addiction, soit inhérente à la nature addictive de la substance elle-même, soit à ce besoin d’être performant. Dans certains cas, le comportement de dopage est motivé par une forme d’auto-sabotage de carrière comme mécanisme d’adaptation (Filleul et coll., 2024arenvoi vers). Ce mécanisme s’est manifesté par une divulgation préméditée du dopage, mettant ainsi fin à l’épreuve qu’ils endurent. Ce phénomène représente la situation insupportable dans laquelle ils se trouvaient avant de s’engager dans un comportement de dopage (Hauw et Bilard, 2012renvoi vers ; Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers). La littérature montre également la prévalence des troubles alimentaires chez certains sportifs, motivés par la recherche d’un poids plus faible, d’un rapport puissance/poids plus optimal et, peut-être plus important encore, d’un besoin d’hyper-contrôle (Murray et coll., 2016 ; Klimek et Hildebrandt, 2018renvoi vers ; Roberts et coll., 2022renvoi vers). Cette tendance à l’hyper-contrôle est généralement extensible à d’autres aspects de leur vie. Ainsi, chaque aspect de leur quotidien est calculé et méticuleusement planifié, qu’il s’agisse de leur alimentation, de l’intensité d’entraînement, de l’équipement, ou des horaires quotidiens. Scoffier-Mériaux et coll. (2020)renvoi vers ont démontré que des comportements alimentaires sains médiaient la relation entre la motivation autodéterminée et la susceptibilité de se doper chez les sportifs de haut niveau. Ces travaux confirment le lien entre les désordres alimentaires et le dopage, et plaident également pour des recherches supplémentaires sur le sujet.

Vulnérabilité relationnelle

La littérature suggère également l’existence de situations de vulnérabilité relationnelle. Des circonstances telles que les attentes de l’équipe et la pression exercée par le staff semblent également agir comme des paramètres de contrôle pour la décision de se doper ou non (Brissonneau et coll., 2008renvoi vers ; Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers) ainsi que lors d’un dopage organisé (Filleul et coll., 2024arenvoi vers). Ainsi, les comportements dopants apparaissent souvent dans des situations caractérisées par une forme de contrôle, ou d’organisation supervisée où des membres externes (souvent le médecin, l’entraîneur ou le manager de l’équipe) se chargent de fournir des substances et d’administrer les dosages. Les sportifs subissent une pression, et se trouvent dans une situation de contrôle, caractérisée par des relations malsaines et suivent les instructions de ces figures d’autorité (Pappa et Kennedy, 2013renvoi vers). En effet, cela peut avoir un impact préjudiciable, ambigu ou incompréhensible pour les sportifs, augmentant ainsi le risque de dopage (Smith et coll., 2010renvoi vers ; Mazanov et coll., 2011renvoi vers ; Overbye et coll., 2013renvoi vers). Durant des périodes d’emprise et de harcèlement sexuel ou moral, certains sportifs ont eu recours au dopage pour faire face et rester concentrés à la suite d’un événement traumatisant tel qu’un abus sexuel ou la perte d’un être cher (Filleul et coll., 2024arenvoi vers). À travers le prisme de la théorie de l’auto-détermination (Ryan et Deci, 2000renvoi vers)4 , la littérature sportive soutient largement que les régulations motivationnelles contrôlées sont associées au désengagement moral (Hodge et coll., 2013renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers) et à des attitudes positives à l’égard du dopage (Zucchetti et coll., 2015renvoi vers). Le dopage se produit alors soit : i) parce que l’entraîneur l’impose explicitement ; ii) soit parce que le sportif considère le dopage comme le seul moyen de répondre aux attentes de son « bourreau » ; ou iii) soit encore parce que le dopage apparaît comme l’expression d’émotions insupportables. Le phénomène pourrait donc être attribué à l’influence prépondérante des entraîneurs (Campbell et coll., 2021renvoi vers). Par ailleurs, l’entourage du sportif, en particulier la famille et les coéquipiers, peut dans une certaine mesure soutenir le sportif dans leur comportement de dopage. Les sportifs ont signalé que leurs proches étaient restés silencieux, ou ils les ont même perçus comme encourageants (Filleul et coll., 2024arenvoi vers).
Fait intéressant, une étude qualitative (Filleul et coll., 2024arenvoi vers) montre que, pour un même individu le comportement pouvait se mettre en place dans des situations différentes. Le comportement émergeait parfois d’une relation où la tentation était provoquée par un professionnel de santé ou un responsable d’équipe, qui promettait le succès en échange de la confiance et de la coopération dans le dopage. Mais, les sportifs peuvent être également fermés à toutes les influences extérieures de l’environnement sans rapport avec l’entraînement et la performance (Hauw et Bilard, 2012renvoi vers ; Hauw, 2013renvoi vers). En effet, ces mêmes sportifs ont décrit des cas où le dopage s’est produit dans des situations de solitude ou d’isolement, sans discussion ni consultation préalable avec qui que ce soit. Ils ont eu recours au dopage lorsqu’ils n’ont peut-être plus pu surmonter les défis et n’ont pas cherché l’aide nécessaire, ni exploré d’autres options (Hauw et Mohamed, 2015renvoi vers). Le dopage pourrait donc se produire aussi bien dans des comportements organisés et structurés que dans des actes isolés, à l’abri des « regards indiscrets ». Ces résultats suggèrent également que les situations de vulnérabilité relationnelle évoluent au cours de la carrière, et nous amènent à considérer des situations de vulnérabilité relationnelle variées propices au dopage.

Vulnérabilité contextuelle

Enfin, d’autres travaux ont mis en lumière des situations de vulnérabilité plus contextuelle. Le dopage, qu’il soit organisé ou isolé, semble s’intensifier lorsque les enjeux concurrentiels, compétitifs (Filleul et coll., 2024arenvoi vers et brenvoi vers) ou financiers sont importants, en particulier pour les sportifs qui doivent concilier de multiples engagements professionnels en raison de la précarité de l’emploi (Aubel et Ohl, 2014renvoi vers). En effet, la littérature existante suggère que le dopage s’inscrit parfois dans un ensemble d’actions coordonnées et collectives, qui peuvent être organisées de façon hiérarchique au sein d’un groupe de sportifs, où la pression des leaders par exemple est importante (Brissonneau et coll., 2008renvoi vers ; Lentillon-Kaestner et Carstairs, 2010renvoi vers ; Hauw, 2013renvoi vers). Par ailleurs, dans le cadre d’études qualitatives, différents travaux d’analyse des discours des cyclistes de haut niveau ont permis d’identifier la place du dopage et sa légitimité dans le peloton (Sandvik et coll., 2017renvoi vers ; Smith, 2017renvoi vers). Malgré l’évolution des perceptions du dopage au cours des dernières années, ce sujet reste sensible et les discussions sur ce thème sont fortement régulées par les normes du sport, et la culture sportive sous-jacente. Enfin, les exigences en termes d’entraînement et de performance, combinées aux conditions environnementales (climatique, salle), peuvent influencer la santé globale du sportif pendant les périodes d’entraînement ou de performance intenses (Coquet et coll., 2018renvoi vers ; Filleul et coll., 2024arenvoi vers et brenvoi vers).
Pour conclure cette partie, les sportifs de haut niveau, au sens large, sont des individus soumis à des risques spécifiques en raison des pressions et des attentes intenses qui leur sont imposées (Sarkar et Fletcher, 2014renvoi vers). Ces sportifs rencontrent différentes situations de vulnérabilité qui nous permettent de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents influençant les comportements de dopage. De plus, la recherche de la performance n’est d’ailleurs pas la seule raison rapportée par les sportifs pour expliquer le dopage, ils mentionnent aussi la nécessité de préserver leur santé, compromise par l’intensité de leur pratique sportive (par exemple, Brissonneau et coll., 2008renvoi vers ; Bilard et coll., 2011renvoi vers).

Mécanismes psychosociaux explicatifs du dopage : les théories sociocognitives

De nombreuses études quantitatives ont examiné les mécanismes psychosociaux qui pourraient expliquer le dopage, en s’appuyant sur différentes théories sociocognitives. Un modèle psychosocial met en relation, d’une part, des facteurs individuels et contextuels, et d’autre part, des comportements ou des construits psychologiques, tels que des attitudes, des croyances, ou des émotions qui précèdent le comportement. Dans ce cadre, le rôle des déterminants psychosociaux individuels du dopage chez les sportifs, qu’ils soient amateurs ou de haut niveau, et ce de l’adolescent à l’âge adulte, a été étudié principalement sous l’angle de différentes théories sociocognitives : i) la théorie du comportement planifié (TCP ; Ajzen, 1985renvoi vers et 1991renvoi vers) ; ii) la théorie de la pensée morale et de l’action (Bandura, 1991renvoi vers ; Bandura et coll., 2001renvoi vers et 2003renvoi vers) ; ainsi que iii) les théories motivationnelles telles que la théorie de l’auto-détermination (TAD ; Ryan et Deci, 2000renvoi vers) et la théorie des buts d’accomplissement (TBA ; Nicholls, 1984renvoi vers, 1989renvoi vers).

Théorie du comportement planifié

La théorie du comportement planifié (TCP) élargit la portée de la théorie de l’action raisonnée5 développée par Ajzen dans les années 1980 qui postulait que les attitudes prédisent le comportement indirectement par les effets des intentions. Elle ajoute la notion de perception de contrôle comportemental, selon laquelle la capacité d’une personne à se comporter de manière intentionnelle dépend également de la perception de son propre contrôle sur le comportement. En effet, la TCP sous-tend l’idée que les comportements humains sont motivés par une combinaison : i) d’attitudes (degré d’évaluation favorable ou défavorable du comportement concerné) ; ii) de normes subjectives (pression sociale perçue pour réaliser ou non le comportement) ; et iii) de contrôle comportemental perçu (facilité ou difficulté perçue pour réaliser le comportement), qui influencent l’intention de l’individu vers un comportement. La TCP postule que l’intention de s’engager dans un comportement joue un rôle clé pour déterminer si ce comportement émergera ou non, et que les attitudes exercent ainsi une influence indirecte sur le comportement via l’intention (Ajzen, 1985renvoi vers et 1991renvoi vers). Sur une base de données issues de 185 études publiées jusqu’à la fin 1997, Armitage et Conner (2001)renvoi vers montrent que les variables de la TCP expliqueraient un pourcentage important6 de la variance de l’intention et du comportement. La TCP représente aujourd’hui le cadre théorique conceptuel le plus influent et le plus répandu pour l’étude de l’action humaine.
Appliquée au dopage, cette théorie a permis d’identifier des mécanismes sociocognitifs de régulation de l’intention et des comportements de dopage chez des adolescents (figure 9.1). Les résultats de l’étude de Lucidi et coll. (2008)renvoi vers confirment que des attitudes positives à l’égard du dopage, la croyance que leurs proches ou les personnes qui comptent réellement approuveraient leur consommation de substances interdites, combinées à leur tendance à pouvoir se justifier de cette consommation, contribueraient à la formulation d’intentions de consommation (valeurs allant de 0,20 à 0,32). À l’inverse, la confiance en leurs propres capacités à pouvoir résister à la pression sociale exercée par leur entourage contribue à la réduction de ces intentions (– 0,20). Les intentions ont prédit de manière significative les différences entre les utilisateurs et les non-utilisateurs de dopage, mesuré 3 mois plus tard (T2 ; 0,17). L’analyse a également révélé un effet direct significatif de désengagement moral (0,31) à l’égard du dopage. Enfin, il y a également une corrélation forte entre l’utilisation du dopage et la supplémentation (0,74).
Figure Figure 9.1 Modèle prédictif du dopage (Source : Lucidi et coll., 2008renvoi vers)
La revue méta-analytique de Ntoumanis et coll. (2014)renvoi vers a montré que sur les 63 études basées sur la TCP dans 18 pays et publiées entre 1990 et 2013, les attitudes et les normes sociales étaient les facteurs les plus fortement et positivement corrélés aux intentions et aux comportements de dopage. Les valeurs morales et l’efficacité autorégulatrice sont, à l’inverse, les facteurs qui étaient le plus fortement et négativement corrélés avec ces variables. Les attitudes, les croyances normatives, la tentation situationnelle et le contrôle comportemental prédisent de manière significative les intentions de dopage (Lazuras et coll., 2010renvoi vers ; Chan et coll., 2015arenvoi vers ; Kirby et coll., 2016renvoi vers ; Ring et Kavussanu, 2017renvoi vers).
Pour résumer, les recherches scientifiques autour du dopage soulignent donc l’importance du système de croyances relatives aux conséquences du comportement, aux influences sociales et aux facteurs personnels de contrôle qui affectent les choix comportementaux, facteurs explicitement présentés et formalisés dans la TCP (Ajzen, 1991renvoi vers). Toutefois, ces variables identifiées ne représentent pas nécessairement la totalité des facteurs influençant le dopage.

Théories motivationnelles

Les théories motivationnelles ont apporté une perspective complémentaire à la TCP en élargissant la compréhension des raisons qui poussent un individu à se doper pour une meilleure compréhension de ce phénomène complexe. Alors que la TCP met l’accent sur l’intention et les déterminants rationnels du comportement (attitudes, normes sociales perçues et contrôle comportemental perçu), les théories motivationnelles explorent plus en profondeur les dynamiques internes qui influencent l’engagement dans le dopage. Les études dans ce domaine ont exploré principalement les effets de la motivation autodéterminée ou alors des contextes valorisant des buts d’accomplissement sur les variables liées au dopage (attitudes et intention).

Théorie de l’auto-détermination

La théorie de l’auto-détermination (TAD ; Deci et Ryan, 1985renvoi vers ; Ryan et Deci, 2000renvoi vers) est une théorie qui repose sur un continuum de motivation depuis la motivation autonome (motivation autodéterminée avec une régulation interne) jusqu’à la motivation contrôlée (motivation non-autodéterminée avec une régulation externe) et l’amotivation (l’absence de motivation). Cette théorie suggère que les motivations sont en partie déterminées par des facteurs environnementaux. En effet, tout facteur qui favorise la satisfaction des besoins d’autonomie (désir d’être à l’origine de son propre comportement), de compétence (désir d’accomplissement dans l’activité) et d’appartenance sociale (désir d’être relié socialement aux personnes qui nous importent) conduit à des formes de motivation autodéterminée. Les conséquences de ces motivations sont différentes : les motivations autodéterminées étant associées à des conséquences plus positives que les motivations non-autodéterminées, sur les plans cognitif, affectif, et comportemental. Plusieurs études ont montré que les formes de motivation contrôlée prédisent des valeurs morales anti-sociales et un manque de sportivité chez des athlètes, incluant l’acceptation de tricher et de gagner « quoi qu’il en coûte » (Vallerand et Losier, 1999renvoi vers).
Rapporté au dopage, certains chercheurs ont suggéré que les sportifs peu autodéterminés dans leur sport ne comblaient pas leurs besoins psychologiques fondamentaux (compétences, autonomie, appartenance sociale) et pouvaient compenser ce déficit par des attitudes, des intentions et des comportements de dopage qu’ils jugent davantage positifs (Mudrak et coll., 2018renvoi vers). Ainsi, la littérature sportive étaye largement le fait que les régulations motivationnelles externes ou extrinsèques (non-autodéterminées) sont associées au désengagement moral (Hodge et coll., 2013renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers) et à des attitudes positives envers le dopage (Zucchetti et coll., 2015renvoi vers), tandis que les états motivationnels plus auto-déterminés seraient négativement reliés aux attitudes (Chan et coll., 2015brenvoi vers), aux intentions (Barkoukis et coll., 2013renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers) et aux comportements de dopage auto-rapportés (Barkoukis et coll., 2011renvoi vers). Ainsi, les études suggèrent que les sportifs notamment de haut niveau avec une motivation extrinsèque (non-autodéterminée) sont plus susceptibles de s’engager dans le dopage que ceux dont la motivation est intrinsèque ou autodéterminée (Barkoukis et coll., 2011renvoi vers ; Zucchetti et coll., 2015renvoi vers). Les travaux de Barkoukis et coll. (2013)renvoi vers et de Ntoumanis et coll. (2014)renvoi vers confirment ces résultats en montrant que la motivation contrôlée ou non-autodéterminée est positivement reliée aux intentions de se doper et au comportement de dopage. Donc, les sportifs ayant une régulation externe de leur motivation afficheraient un ensemble de comportements maladaptatifs.
De plus, le rôle du climat motivationnel créé par les entraîneurs dans le contexte du dopage sportif est crucial car il peut influencer les attitudes et les comportements des sportifs vis-à-vis de la tricherie et de l’utilisation de substances interdites (Hodge et Lonsdale, 2011renvoi vers ; Hodge et coll., 2013renvoi vers ; Guo et coll., 2021renvoi vers)7 . Les travaux de Hodge et ses collaborateurs ont montré que les contextes valorisant l’auto-détermination étaient reliés négativement aux attitudes envers l’utilisation de produits illicites et l’intention d’en utiliser, par le biais du désengagement moral, et inversement pour le climat contrôlant (Hodge et Lonsdale, 2011renvoi vers).
Par ailleurs, des études se sont attachées à comprendre les relations entre la motivation autodéterminée et les traits de personnalité (Bae et coll., 2017renvoi vers ; Wang et coll., 2020renvoi vers). Par exemple, Wang et collaborateurs (2020)renvoi vers ont montré que la relation entre les aspirations au perfectionnisme et les attitudes à l’égard du dopage était en partie médiée par une motivation autonome ; tandis que la relation entre les préoccupations perfectionnistes (peur des erreurs ou de mal réagir aux défauts) et les attitudes à l’égard du dopage était en partie médiée par une motivation contrôlée. Les résultats suggèrent que la promotion des aspirations perfectionnistes et de la motivation autonome, et a contrario la réduction des préoccupations perfectionnistes et de la motivation contrôlée, pourraient être envisagées dans l’éducation antidopage des athlètes.
Toutefois, la TAD fait également l’objet de quelques réserves au sein de la communauté scientifique et certains auteurs soulignent notamment la nécessité de considérer d’autres facteurs de l’environnement et du contexte social sur la motivation des sportifs (Clancy et coll., 2016renvoi vers). Certaines études comme celle de Barkoukis et coll. (2011)renvoi vers ont mis en évidence que les sportifs avec un haut degré de sportivité, de motivation autonome et poursuivant des buts orientés vers la maîtrise ont moins l’intention de se doper que ceux ayant un faible niveau de sportivité, une motivation contrôlée et poursuivant des buts orientés vers la performance. Ainsi, la théorie des buts d’accomplissement est également une théorie heuristique pour mieux comprendre les mécanismes explicatifs du dopage.

Théorie des buts d’accomplissement

La théorie des buts d’accomplissement (TBA ; Nicholls, 1984renvoi vers et 1989renvoi vers) apporte un autre regard motivationnel qui intègre la prise en compte d’un contexte particulier dans la relation entre l’interprétation de la compétence et le type de buts d’accomplissement qui sera adopté. La théorie des buts d’accomplissement a d’abord identifié deux manières de se sentir compétent : i) les buts de maîtrise où être compétent signifie apprendre, comprendre, progresser ; et ii) les buts de performance où la comparaison sociale joue un rôle déterminant puisqu’il importe avant tout de savoir où l’on se situe par rapport aux autres (Nicholls, 1989renvoi vers ; Ames, 1992renvoi vers). Les recherches en psychologie du sport ont établi un lien entre les buts de performance et des niveaux inférieurs de fonctionnement moral (comportements antisociaux) par rapport aux buts de maîtrise qui eux conduisent davantage à des comportements prosociaux (sportivité) protégeant du dopage (Sas-Nowosielski et Swiatkowska, 2008renvoi vers ; Allen et coll., 2015renvoi vers ; Kavussanu et Al-Yaaribi, 2021renvoi vers). Cette relation a été appliquée au domaine du dopage, et des études ont observé une relation positive entre les buts de performance et l’intention de dopage, tandis qu’une relation négative a été signalée entre les buts de maîtrise et les variables liées au dopage (Allen et coll., 2015renvoi vers ; Blank et coll., 2016renvoi vers ; Mwangi et coll., 2019renvoi vers ; Hurst et coll., 2022renvoi vers). Hardwick et coll. (2022)renvoi vers montrent que l’orientation (performance versus maîtrise) des buts des sportifs joue un rôle médiateur entre le perfectionnisme et les attitudes à l’égard du dopage. À cet égard, les sportifs qui ont une tendance au perfectionnisme ont des attitudes plus favorables envers le dopage en raison d’une tendance à définir le succès comme étant plus performant que les autres. Cependant, les sportifs qui ont un niveau élevé de perfectionnisme peuvent avoir des attitudes moins favorables au dopage parce qu’ils ont également tendance à définir le succès comme l’amélioration de leurs propres performances.
Plus récemment, des recherches fondées sur les théories des buts d’accomplissement ont mis en évidence l’importance de tenir compte de la valence de la compétence. Plus précisément, chacun des deux buts (performance et maîtrise) s’est vu attribuer deux valences (c’est-à-dire, l’approche versus l’évitement) pour clarifier comment le succès et la compétence sont définis (Elliot et Harackiewicz, 1996renvoi vers). Des études ont appliqué cette notion de valence en considérant un modèle en 2x2 des buts d’accomplissement (figure 9.2) à l’étude du comportement de dopage. L’étude de Barkoukis et coll. (2011)renvoi vers, conduite auprès de 1 075 sportifs de haut niveau, a révélé l’existence de trois groupes distincts d’athlètes basés sur leurs profils de buts d’accomplissement : i) un groupe orienté vers la maîtrise (scores élevés en termes de maîtrise – approche et évitement – et faibles scores de performance) ; ii) un groupe orienté vers l’approche (scores élevés en termes d’approche – maîtrise et performance – et faibles scores d’évitement) ; et iii) un groupe présentant un fort accomplissement (scores élevés dans chacun des buts). Les trois groupes présentent des différences significatives quant à l’utilisation passée et future de substances dopantes. Les sportifs du premier groupe (maîtrise) obtiennent les scores les plus bas, tandis que les sportifs du second groupe (approche) obtiennent des scores plus élevés à la fois sur l’utilisation passée de substances dopantes et sur l’intention d’en consommer. Le troisième groupe (fort accomplissement) présente le profil le moins adaptatif, à savoir, les scores les plus élevés en termes d’utilisation passée de substances interdites et d’intention de dopage. Au-delà de rechercher des résultats et des performances, les sportifs de ce groupe témoignent de la peur d’échouer. Cette étude souligne clairement l’intérêt du modèle en 2x2 puisque les sportifs adoptent des buts conceptuellement différents à la fois en termes de définition et de valence. Ces différents buts permettent d’expliquer de manière significative les réponses des sportifs dans le recours au dopage.
Les autres études sur le sujet sont unanimes quant au rôle protecteur et adaptatif du but maîtrise-approche à l’égard du dopage dans les différents sports et niveaux de compétition. Chez des sportifs compétiteurs adolescents, le but maîtrise-approche est négativement relié à l’intention de dopage (Lazuras et coll., 2015renvoi vers). Le même résultat a été observé chez une population de sportifs de haut niveau adultes rapportant ne jamais s’être dopés par le passé (Barkoukis et coll., 2013renvoi vers). Enfin, plus récemment une étude réalisée auprès d’un large échantillon de sportifs compétiteurs pratiquant différents sports d’équipe, montre que la relation négative entre le but maîtrise-approche et le dopage semble se confirmer puisque ce but est associé aux scores les plus faibles en termes de dopage auto-rapporté (Barkoukis et coll., 2020arenvoi vers).
Figure Figure 9.2 Modèle 2x2 des buts d’accomplissement (Source Elliot et McGregor, 2001renvoi vers)
Le but maîtrise-évitement est, au contraire, apparu relié à une augmentation de l’intention de dopage chez des sportifs qui se sont dopés par le passé (Barkoukis et coll., 2013renvoi vers). Cependant, Barkoukis et coll. (2020b)renvoi vers n’ont rapporté aucune association significative entre le but maîtrise-évitement et le dopage, et la pertinence de celui-ci a d’ailleurs été débattue dans le contexte du sport d’élite par la communauté scientifique (Daumiller et coll., 2022renvoi vers). Dans différents contextes (par exemple académique, sportif), son rôle reste flou et les travaux qui interrogent ses effets rapportent des patterns d’associations défavorables, voire dans la majeure partie des cas, aucune association significative. De plus, dans le modèle 2x2, le but maîtrise-évitement, dernier à être identifié, est critiqué depuis le début pour sa nature contre-intuitive et demeure peu investigué dans le domaine sportif (Baranik et coll., 2010renvoi vers ; Ciani et Sheldon, 2010renvoi vers). Daumiller et coll. (2022)renvoi vers ont suggéré que le but maîtrise-évitement, chez des athlètes élites présentant de hauts standards personnels, devrait être considéré comme la crainte de ne pas atteindre ces standards. Ainsi, des sportifs de haut niveau ayant un fort but de maîtrise-évitement aspireraient avant tout à ne pas perdre leurs compétences sportives spécifiques. Daumiller et coll. (2022)renvoi vers précisent que de telles motivations peuvent devenir particulièrement saillantes lorsque les sportifs approchent le sommet de leur carrière compétitive. Dans ces moments, les marges d’amélioration deviennent plus fines, et le risque de perdre des compétences ou des aptitudes en raison de blessures ou d’entraînements manqués s’accentue (Larson et coll., 2019renvoi vers). La différence marquée entre les conséquences des buts maîtrise-approche et maîtrise-évitement souligne l’intérêt d’adopter le modèle 2x2 des buts d’accomplissement pour l’examen du dopage (figure 9.2). En effet, ces deux valences de la compétence conduisent à des résultats distincts, voire opposés.
Les études explorant les valences « approche » et « évitement » des buts de performance ont mis en évidence des associations positives avec l’intention de dopage, le comportement de dopage auto-rapporté et à la probabilité de dopage (Barkoukis et coll., 2011renvoi vers, 2013renvoi vers, 2020arenvoi vers ; Allen et coll., 2015renvoi vers ; Lazuras et coll., 2015renvoi vers ; Filleul et coll., 2024brenvoi vers). Les résultats de Barkoukis et coll. (2011)renvoi vers suggèrent qu’un fort niveau de but de performance-approche, conjointement à un faible score de maîtrise-approche et/ou à de forts profils d’évitement (c’est-à-dire à la fois en termes de maîtrise et de performance), sont le signe d’un passé maladaptatif (comportement de dopage auto-rapporté) et propices à des conséquences négatives (attitudes positives à l’égard du dopage et intention de se doper). De même, Barkoukis et coll. (2013)renvoi vers rapportent que le but performance-évitement est un prédicteur positif de l’intention de dopage. Ainsi, chez des sportifs d’élite qui rapportent ne jamais s’être dopés, la crainte de faire moins bien que les autres est associée à des patterns maladaptatifs. En revanche, les buts de performance ne ressortent pas de manière significative chez le sous-groupe de l’étude composé de sportifs d’élite rapportant s’être déjà dopés par le passé. Chez des adolescents sportifs (Lazuras et coll., 2015), le but performance-approche prédit positivement l’intention de dopage. Ces résultats tendent à se confirmer lorsqu’ils sont étendus à une population de sportifs compétiteurs issus de sports d’équipe (Barkoukis et coll., 2020arenvoi vers). Le but performance-évitement est positivement associé au comportement de dopage auto-rapporté et prédit positivement la probabilité de dopage. Les sportifs poursuivant ce type de buts pourraient considérer qu’ils n’ont aucune chance de succès si ce n’est en se dopant. Enfin, des études récentes mettent en lumière le rôle de médiateurs du désengagement (Li et coll., 2022renvoi vers) ou du burnout (Filleul et coll., 2024brenvoi vers), dans la relation entre buts d’accomplissement et intention de dopage.
Pour résumer, la motivation joue un rôle central dans la compréhension des mécanismes du dopage. À cet égard, la théorie de l’auto-détermination et la théorie des buts d’accomplissement se positionnent comme deux cadres théoriques distincts mais complémentaires, car ils analysent la motivation sous des angles différents tout en convergeant vers une explication plus complète du phénomène. La TAD explique « pourquoi » un sportif est motivé (sa source de motivation : intrinsèque ou extrinsèque versus autodéterminée ou non-autodéterminée), tandis que la TBA explique « comment » cette motivation influence ses objectifs et ses comportements.

Théorie de la pensée morale et de l’action

La théorie de la pensée morale et de l’action de Bandura (1991)renvoi vers suggère que les individus développent des principes ou standards moraux à partir de différentes sources, comme les consignes directes et les ordres, l’observation d’autrui, le renforcement ou la punition. Les personnes se sentent bien lorsque leurs actions sont conformes à leurs standards moraux, et se sentent mal, lorsque leurs actions les contredisent. Ces évaluations d’auto-réactions peuvent venir réguler les comportements de façon anticipatoire puisque les personnes ont plus de probabilité d’adopter des comportements qui leur conféreront satisfaction et confiance en eux, pour ainsi éviter au contraire tout comportement qui entraînerait de leur part une auto-condamnation (Bandura, 1991renvoi vers et 2002renvoi vers). En d’autres termes, des auto-sanctions affectives anticipatoires, telles que des sentiments de culpabilité ou des regrets anticipés vont inciter les individus à agir en accord avec leurs principes moraux.
Si la théorie sociocognitive de la pensée morale et de l’action fournit un cadre utile pour comprendre les comportements transgressifs, Bandura souligne néanmoins que les personnes n’agissent pas toujours comme elles le devraient d’un point de vue moral. En effet, les individus sont capables de se désengager des auto-sanctions affectives liées à un comportement répréhensible par la mise en place d’un processus de pensée appelé « désengagement moral » (Bandura, 2002renvoi vers). Ce mécanisme conduirait ainsi des individus ayant les mêmes standards moraux à agir différemment dans la même situation.
Des recherches sur le dopage et d’autres comportements de transgression dans le sport (Lucidi et coll., 2008renvoi vers ; Corrion et coll., 2009renvoi vers ; Shields et coll., 2015renvoi vers ; Kavussanu et coll., 2016renvoi vers ; Mallia et coll., 2016renvoi vers ; Kavussanu et Ring, 2017renvoi vers) ont mis en lumière plusieurs mécanismes de désengagement moral qui résonnent avec ceux identifiés par Bandura en dehors du contexte sportif. Parmi ceux-ci, on peut citer par exemple la comparaison avantageuse, où le dopage est vu comme moins grave que des actes plus violents. Un autre mécanisme est l’utilisation d’euphémismes, comme qualifier le dopage de « préparation pharmacologique » et les substances dopantes de « jus de vitamines ». La justification morale est également un mécanisme, où le dopage est justifié par la recherche d’objectifs sociaux respectables. La diffusion des responsabilités, où les sportifs se dopent puisque « tout le monde le fait », ainsi que le déplacement des responsabilités, où ils se dopent en raison des pressions de leur entourage, sont d’autres exemples. Enfin, la distorsion ou minimisation des conséquences, comme soutenir que se doper n’est pas grave puisque les conséquences sont minimes (par exemple, le score n’est pas modifié), est un autre exemple de désengagement moral.
Une dizaine d’études se sont penchées sur le désengagement moral et son rôle dans le dopage. Ainsi, des relations positives entre le désengagement moral et les attitudes et intentions de dopage ont été largement rapportées au travers d’investigations qualitatives (Boardley et coll., 2014renvoi vers et 2015renvoi vers) et d’études corrélationnelles (Kavussanu et coll., 2016renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers ; Kavussanu, 2019renvoi vers ; Girelli et coll., 2020renvoi vers ; Ring et coll., 2020renvoi vers ; Stanger et Backhouse, 2020renvoi vers ; Ayyildiz et coll., 2023renvoi vers). Très récemment, le désengagement moral a d’ailleurs été identifié comme un médiateur de la relation entre les préoccupations perfectionnistes (évaluations excessivement critiques, réactions négatives à l’imperfection et éléments de perfectionnisme prescrits socialement) et l’intention de dopage chez des étudiants sportifs (Jowett et coll., 2023renvoi vers). Le désengagement moral a également été intégré dans une étude qui visait à explorer les relations entre l’état d’esprit (mindset), ou plus spécifiquement la conception de l’habileté sportive, et le dopage (Wilkins et coll., 2022renvoi vers). Cette étude se réfère à la théorie de l’habilité qui renvoie à la manière dont les individus s’attribuent des capacités (l’intelligence, les habilités ou compétences sportives…) et des traits (personnalité ou caractère, Dweck, 1999renvoi vers). D’un côté, certains individus estiment que ces compétences et traits sont immuables, c’est la théorie dite de l’entité. Le comportement de ces individus se caractérise par un évitement des difficultés et du travail acharné (Dweck et Yeager, 2019renvoi vers), une faible persistance en cas d’échec (Mueller et Dweck, 1998renvoi vers), de plus ils se sentent menacés par le succès des autres (Campbell et coll., 2020renvoi vers) et préfèrent ne pas recevoir de feedback (Forsythe et Johnson, 2017renvoi vers). En face, d’autres individus considèrent leurs compétences et traits comme des caractéristiques malléables et cela correspond à la théorie dite incrémentielle. Ceux-ci vont rechercher les défis et travailler dur (Fraser, 2018renvoi vers), ils vont faire preuve d’une grande persévérance face aux échecs (Hochanadel et Finamore, 2015renvoi vers), s’inspirer des succès d’autrui, et ils manifestent l’envie de recevoir des feedback (Dweck, 2012renvoi vers et 2017renvoi vers). La conception malléable de l’habileté serait positivement reliée à l’efficacité autorégulatrice envers le dopage et négativement envers le désengagement moral (Wilkins et coll., 2022renvoi vers).
Selon Bandura (Bandura, 1991renvoi vers et 1997renvoi vers), une variable qui pourrait réduire le besoin ou la tendance à se désengager moralement, est l’efficacité autorégulatrice. Dans le cadre théorique de Bandura et coll. (2001), plus un individu parvient à autoréguler ses conduites, plus il adhère à ses propres standards moraux (c’est-à-dire plus il s’applique des auto-sanctions morales) et plus il résiste aux pressions sociales pouvant le conduire à adopter des comportements de transgression. L’efficacité autorégulatrice se rapporte à la croyance d’un individu dans ses possibilités de contrôler son comportement, et d’exercer une influence sur les obstacles, sur les processus de pensée, et sur les états émotionnels. L’efficacité autorégulatrice s’acquerrait et se renforcerait par des expériences personnelles fructueuses, ainsi que par le modèle et la persuasion de ceux qui nous entourent (Bandura, 1997). Ce construit est important car l’influence négative des pairs et leur pression peuvent augmenter les risques d’adopter une conduite antisociale à la fois dans la vie quotidienne (Caprara et coll., 1998renvoi vers ; Bandura et coll., 2001renvoi vers et 2003renvoi vers), ou dans des contextes d’activité physique (Stuntz et Weiss, 2003renvoi vers). Différentes facettes de l’efficacité autorégulatrice se distinguent. L’efficacité autorégulatrice de résistance à la pression sociale est axée sur la croyance des individus dans leur capacité à éviter ou résister aux incitations sociales vers une conduite transgressive (Bandura et coll., 2001renvoi vers). L’efficacité autorégulatrice des affects concerne les capacités perçues à gérer les aspects et réactions émotionnels (Bandura et coll., 2003renvoi vers), à la fois positifs (affection, enthousiasme, plaisir…) et négatifs (colère, rumination…). Ainsi, plusieurs études, dans le domaine sportif et notamment du dopage, ont montré le rôle protecteur de l’efficacité autorégulatrice des affects et de la pression sociale sur le dopage (d’Arripe-Longueville et coll., 2010renvoi vers ; Corrion et coll., 2015renvoi vers ; Mallia et coll., 2016renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers ; Ring et Kavussanu, 2018renvoi vers ; Girelli et coll., 2020renvoi vers).
Par ailleurs, l’efficacité autorégulatrice d’un athlète qui résiste à la tentation de se doper pourrait le protéger du dopage en contrecarrant le désengagement moral et notamment dans des circonstances difficiles pour le sportif, telles que des situations de blessures, une période de baisse de performance, ou bien lorsqu’ils sont poussés à performer, et lorsqu’ils sont certains que personne ne sera au courant de leur consommation de substances. Le désengagement moral médie l’effet de l’efficacité autorégulatrice sur la susceptibilité de se doper et l’intention de se doper (Corrion et coll., 2017renvoi vers ; Kavussanu et Ring, 2017renvoi vers ; Boardley et coll., 2018renvoi vers). Les athlètes qui ont une forte efficacité autorégulatrice à l’égard du dopage se désengagent moins moralement et ont moins de risque de se doper pour performer ou pour récupérer d’une blessure. L’efficacité autorégulatrice des affects, de la pression sociale et le désengagement moral médient la relation entre les motivations autonomes et contrôlées, et intentions de dopage (Corrion et coll., 2017renvoi vers). Une motivation autodéterminée chez les athlètes permettrait aux sportifs de se sentir capables de réguler efficacement l’intention de s’engager dans un comportement transgressif comme le dopage (Corrion et coll., 2017renvoi vers).
Enfin, des études plus récentes se sont penchées sur le rôle de l’empathie, de la compassion, de la culpabilité, et de l’impulsivité en relation avec les variables du modèle de Bandura et coll. (2001renvoi vers et 2003renvoi vers) dans le domaine du dopage (Boardley et coll., 2017renvoi vers ; Ring et Kavussanu, 2018renvoi vers ; Ring et coll., 2019renvoi vers et 2020renvoi vers ; Manges et coll., 2022renvoi vers). Par exemple, Boardley et coll. (2017)renvoi vers montrent que l’empathie et l’efficacité autorégulatrice de la pression sociale prédisent négativement la susceptibilité de dopage directement mais également par le rôle médiateur du désengagement et de la culpabilité anticipée. La culpabilité anticipée joue un rôle médiateur entre le désengagement moral et la susceptibilité au dopage. Fait intéressant, ces résultats sont identiques chez les hommes et les femmes ainsi que dans les différents contextes sportifs (sports individuels et collectifs, salle de gym privée et d’entreprise…).
Pour résumer, les premières études, basées sur la TCP (Lucidi et coll., 2004renvoi vers et 2008renvoi vers), ont mis en évidence le rôle des attitudes (évaluation favorable ou défavorable du comportement concerné), des normes subjectives (pression sociale perçue pour réaliser ou non le comportement) et du contrôle comportemental perçu (facilité ou difficulté perçue pour réaliser le comportement) sur l’intention de dopage. Les études basées sur la TAD ont mis au jour le rôle des variables motivationnelles, et notamment le rôle protecteur de la motivation autonome (Hodge et coll., 2013renvoi vers). Il est à noter que les travaux plus récents ont testé des modèles théoriques intégratifs, tels l’intégration de la TCP et la TAD dans le modèle trans-contextuel (Chan et coll., 2015brenvoi vers), ou l’intégration de la TAD et des mécanismes d’autorégulation de Bandura, tels que l’efficacité autorégulatrice de la pression sociale ou le désengagement moral (Corrion et coll., 2017renvoi vers) que nous verrons dans la partie suivante (« Modèles intégratifs spécifiques au dopage »). Enfin, les études basées sur la théorie de la pensée morale et de l’action ont mis en avant des facteurs protecteurs des comportements de dopage comme les capacités d’autorégulation des émotions ou de la pression sociale (Bandura, 2002renvoi vers ; Bandura et coll., 2003renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers). À l’inverse, les individus sont capables de se désengager d’auto-sanctions liées à un comportement répréhensible par le biais du désengagement moral (Bandura, 2002renvoi vers), ce qui augmente le risque de dopage (Kavussanu et coll., 2016renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers).

Modèles intégratifs spécifiques au dopage

La littérature propose des modèles intégratifs (intégration de certaines des théories sociocognitives vues précédemment) appliqués au dopage pour mieux appréhender les relations entre les différents déterminants psychosociaux des comportements de dopage. La plupart de ces modèles intégratifs, comme les théories sociocognitives, traitent principalement des attitudes et des intentions de dopage et non directement du comportement de dopage, plus difficile à appréhender.

General theory of crime de Gottfredson et Hirschi (1990)renvoi vers

Le modèle de Gottfredson et Hirschi (1990)renvoi vers est l’une des théories les plus examinées et les plus validées en criminologie (Pratt et Cullen, 2000renvoi vers ; Vazsonyi et coll., 2017renvoi vers). Selon Gottfredson et Hirschi (1990)renvoi vers, les gens sont naturellement égoïstes, c’est-à-dire qu’ils poursuivent des activités qui leur sont bénéfiques. Cette théorie est centrée sur le concept de maîtrise de soi, qui fait référence à la propension des personnes à éviter les activités déviantes. Plus précisément, ils définissent la maîtrise de soi comme la capacité d’éviter les comportements dont les coûts à long terme dépassent leurs récompenses immédiates. Dans le contexte actuel, bien que les individus ayant une maîtrise de soi faible reconnaissent aisément les avantages de leur comportement déviant, tel que l’utilisation de produits illicites, ils éprouvent des difficultés à évaluer les conséquences potentielles à long terme. Par conséquent, la probabilité d’être impliqué dans un comportement déviant est plus grande pour les individus avec une faible maîtrise de soi, car ils se concentrent sur les avantages du comportement plutôt que sur les conséquences possibles (Nofziger et Rosen, 2017renvoi vers). Ce modèle (figure 9.3) précise l’importance de la gestion parentale sur les comportements déviants (comme le dopage) associés à la maîtrise de soi. Il a été démontré également dans le cadre de ce modèle, le rôle du genre dans la gestion parentale.
Figure Figure 9.3 Modèle de Gottfredson et Hirschi (1990)renvoi vers

Modèle du contrôle pour la consommation de produits en sport de Donovan et coll. (2002)renvoi vers

Le modèle de Donovan et coll. (2002)renvoi vers, appelé Modèle du contrôle pour la consommation de produits en sport ou « Sport Drug Control Model » (figure 9.4) est basé sur les sciences comportementales utilisées pour éclairer une promotion efficace de la santé et des campagnes de prévention des blessures, y compris pour des questions connexes comme la consommation d’alcool et de drogues illicites. Pour ce modèle, l’attitude et l’intention de dopage sont déterminées par différents facteurs qui jouent un rôle de dissuasion (facteurs de protection) ou un rôle incitateur ou facilitateur (facteurs de vulnérabilité ; Hauw, 2016renvoi vers). Au cœur de ce modèle, nous trouvons l’attitude d’un sportif à l’égard du dopage, qui serait influencée par six facteurs principaux : i) évaluation de la menace (facteur de dissuasion fondé sur la probabilité perçue de se faire prendre, les « coûts » perçus d’être pris, et les potentiels effets négatifs sur la santé) ; ii) l’évaluation des bénéfices (avantages perçus de l’utilisation de produits dopants) ; iii) l’opinion du groupe de référence (importance de l’approbation ou la désapprobation du dopage par les pairs et d’autres personnes concernées) ; iv) moralité de la personne (perceptions du bien et du mal de l’utilisation de produits dopants) ; v) légitimité perçue des lois antidopage et l’application de ces lois par les organismes ; et vi) des facteurs de personnalité comme l’estime de soi et la personnalité (par exemple, l’optimisme). À son tour, l’attitude envers le dopage influence l’intention de s’engager dans l’utilisation de produits dopants, qui est assujettie à l’attractivité et à l’accessibilité aux substances interdites.
Figure Figure 9.4 Représentation schématique du modèle du contrôle pour la consommation de produits en sport (d’après Donovan et coll., 2002renvoi vers)
Donovan et coll. (2002)renvoi vers ont par la suite proposé ce modèle décisionnel dans deux contextes d’influence plus larges : i) l’environnement sportif (intensité de l’entraînement, médicalisation du sport) ; et ii) l’environnement social (le sport d’élite, la médicalisation de la société). Cependant, Donovan et coll. (2002)renvoi vers se sont inspirés d’une littérature alors assez limitée sur les facteurs influençant l’utilisation des produits dopants par les athlètes pour soutenir leur modèle.
Gucciardi et coll. (2011)renvoi vers ont cherché à examiner les principes théoriques décrits dans le Sport Drug Control Model à l’aide de questionnaire mesurant les variables au travers d’une étude menée auprès de 643 athlètes élites australiens. Les résultats appuient le modèle, même si les éléments de certains questionnaires n’ont pas été conçus pour mesurer spécifiquement les concepts qu’il contient. Ainsi, le modèle semble utile pour comprendre les influences sur le dopage. Dans la littérature un certain nombre d’études a utilisé ce modèle afin de mieux comprendre les comportements de dopage (Jalleh et coll., 2014renvoi vers ; Nicholls et coll., 2020renvoi vers ; Garcia-Grimau et coll., 2021renvoi vers). Les études ont montré que les facteurs les plus influents sur les attitudes et intentions de dopage étaient : i) la moralité personnelle des sportifs ; et ii) les opinions des groupes de référence. Par ailleurs, Jalleh et coll. (2014)renvoi vers mettent en avant également que plus le sportif trouve les procédures de la lutte antidopage justes, plus leurs attitudes vis-à-vis du dopage sont négatives ; élément important à prendre en compte pour les organisations nationales antidopage.

Modèle de cycle de vie de l’amélioration de la performance de Petróczi et Aidman (2008)renvoi vers

Le modèle de cycle de vie de l’amélioration de la performance ou « Life-cycle model of performance enhancement » (figure 9.5) est basé sur les modèles existants d’autorégulation contenant un certain nombre d’étapes par lesquelles les sportifs s’engagent dans des pratiques d’amélioration de la performance (Petróczi et Aidman, 2008renvoi vers). Il s’agit notamment des phases suivantes : i) le choix ; ii) l’engagement dans l’objectif ; iii) l’exécution ; iv) le retour sur l’atteinte de l’objectif ; v) l’évaluation et l’ajustement à l’objectif ; et vi) la décision de continuer (commencer le cycle suivant) ou de le quitter. Petróczi et Aidman (2008)renvoi vers précisent que chaque phase du cycle comporte ses risques et ses vulnérabilités. En cela, ces phases contiennent des points de rupture qui peuvent être exploités par une intervention antidopage soigneusement conçue.
Selon ce modèle, le dopage est perçu comme un comportement dirigé vers un objectif plutôt que comme un comportement réflexif, ce qui rend le rôle de l’intentionnalité particulièrement pertinent dans l’étude du comportement de dopage (Petróczi et Aidman, 2008renvoi vers).
Figure Figure 9.5 Modèle de cycle de vie de l’amélioration de la performance (d’après Petróczi et Aidman, 2008renvoi vers)
Tittle et coll. (2004)renvoi vers ont élargi la théorie en postulant que la maîtrise de soi peut être considérée selon deux dimensions : i) la capacité de maîtrise de soi ; et ii) le désir de maîtrise de soi. Comme le suggèrent ces auteurs, lorsque les individus sont capables de se contrôler eux-mêmes (la capacité de maîtrise de soi), cela ne signifie pas nécessairement qu’ils veulent toujours se contrôler (le désir de maîtrise de soi). Parfois, ils choisissent délibérément d’être impliqués dans des comportements déviants. Selon Brewer et coll. (2018), bien que la capacité de maîtrise de soi soit façonnée dans l’enfance et reste relativement stable tout au long de la vie, le désir de maîtrise de soi est malléable à différentes étapes de la vie. Une distinction importante à souligner, entre la capacité de maîtrise de soi et le désir de maîtrise de soi, réside dans leur prévoyance : les athlètes à maîtrise de soi désirée élevée pensent davantage à la façon dont leurs actions actuelles influencent leur vie présente et future, tandis que les athlètes à faible maîtrise de soi désirée ont une orientation temporaire et ne pensent pas aux conséquences de leurs comportements (Piquero et coll., 2005renvoi vers). Par conséquent, l’absence de ces deux dimensions importantes (capacité de maîtrise de soi et désir de maîtrise de soi) entraîne une plus grande probabilité d’implication dans un comportement déviant, comme le dopage. Chez les athlètes professionnels, Kabiri et coll. (2019renvoi vers et 2021renvoi vers) montrent comment la théorie de Gottfredson et Hirschi (1990)renvoi vers, associée à la prise en compte de la maîtrise de soi et le désir de soi, ainsi que la gestion parentale, peut être utile dans la compréhension des comportements déviants comme le dopage.
Ce modèle vient conforter les recherches montrant l’importance des normes sociales, et de l’autorégulation sur les comportements de dopage (Lucidi et coll., 2008renvoi vers ; d’Arripe-Longueville et coll., 2010renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers).

Modèle intégratif de Barkoukis et coll. (2013)renvoi vers

Barkoukis et coll. (2013)renvoi vers se sont basés sur un modèle intégratif du dopage réunissant le modèle de Fishbein (Fishbein, 2009renvoi vers ; Fishbein et Cappella, 2006renvoi vers) et la théorie de l’influence triadique (TIT ; Flay et coll., 2009renvoi vers). Ce modèle inclut des variables distales (buts d’accomplissement, auto-détermination, orientations morales) ainsi que des prédicteurs proximaux (attitudes, normes sociales, auto-efficacité). Il vise à prédire les intentions de dopage chez des sportifs dopés ainsi que chez des sportifs d’élite adultes affirmant ne jamais s’être dopés. Les auteurs de cette étude montrent que les prédicteurs proximaux médient la plupart des effets des prédicteurs distaux sur les intentions de dopage, chez les sportifs dopés comme chez les sportifs non dopés (Barkoukis et coll., 2013renvoi vers). En particulier, cela a été précédemment évoqué, seuls les buts maîtrise-approche et performance-évitement prédisent significativement les intentions de dopage chez les sportifs non dopés. Des orientations de sportivité médient totalement les effets du but maîtrise-approche sur les intentions. La tentation situationnelle médie totalement la relation entre performance-évitement et intention de dopage. Enfin, les attitudes et la tentation situationnelle médient totalement la relation entre orientation de sportivité et intention de dopage. En accord avec de précédentes études, ces résultats soulignent que les buts d’accomplissement conduisent au dopage au travers des croyances morales (par exemple la sportivité ; Donahue et coll., 2006renvoi vers) et d’autres variables de la TCP (Hagger et coll., 2002renvoi vers). Des sportifs qui cherchent avant tout à progresser, auraient donc une sportivité plus développée, se sentiraient davantage capables de résister à la tentation et considéreraient que le dopage est risqué par rapport aux bénéfices potentiels. Chez les sportifs dopés de cette même étude (Barkoukis et coll., 2013renvoi vers), les variables de la TCP médient partiellement la relation entre le but maîtrise-évitement et l’intention de dopage. Cette relation – maîtrise-évitement/intention – est également partiellement médiée par la tentation situationnelle. En d’autres termes, les sportifs qui cherchent à éviter de stagner ou d’être en échec dans une tâche, ont des risques de penser qu’ils ne sont pas capables de résister à des situations de tentation (par exemple, quand le coach incite la prise de substances dopantes, durant des périodes de reprise post-blessures). Ces croyances quant à leur incapacité à résister se transformeraient en intention pro-dopage. Le modèle intégratif de Barkoukis et coll. (2013)renvoi vers présente une variance explicative relativement élevée pour les sportifs n’ayant jamais eu recours au dopage (41,2 %). Concernant les sportifs ayant déjà eu recours au dopage en revanche, la taille d’effet du modèle était particulièrement importante, expliquant 78,2 % de la variance dans leurs intentions de dopage. Il convient de noter que les intentions ne se transforment pas systématiquement en comportements réels. Néanmoins, le modèle en question, fondé sur un ensemble de variables tirées de cadres théoriques dominants en psychologie du sport et en cognition sociale, a réussi à expliquer une part substantielle de la variance dans les intentions de dopage.

Modèle intégratif de Lazuras et coll. (2015)renvoi vers

Lazuras et coll. (2015)renvoi vers présentent un modèle intégratif des prédicteurs du dopage appliqué à des sportifs adolescents (figure 9.6). Cette étude apporte un élément nouveau dans la compréhension du dopage en mettant en avant le rôle direct des regrets anticipés sur l’intention de dopage. Par ailleurs, ils confirment les résultats des études antérieures (Lucidi et coll., 2008renvoi vers ; Barkoukis et coll., 2013renvoi vers) montrant que les normes sociales, l’auto-efficacité et les attitudes seraient les principaux prédicteurs proximaux des intentions de dopage, expliquant 34,4 % de la variance. Ces résultats étoffent la littérature sur le rôle crucial de l’auto-efficacité situationnelle (tentation) dans la relation entre motivation et intention cette fois chez des sportifs adolescents (Lazuras et coll., 2010renvoi vers ; Barkoukis et coll., 2013renvoi vers). En effet, la relation entre les buts d’accomplissement et l’intention de dopage est médiée par l’auto-efficacité perçue dont essentiellement l’auto-efficacité situationnelle (c’est-à-dire tentation). En accord avec les résultats de Barkoukis et coll. (2013)renvoi vers, les buts de performance apparaissent pertinents pour expliquer le dopage chez des sportifs adolescents. Le dopage serait perçu comme un moyen d’arriver à ses fins, expliquant la médiation observée : les adolescents qui cherchent à être meilleurs que les autres seraient tentés de se doper lorsqu’ils sont confrontés à la tentation.
Lazuras et coll. (2015)renvoi vers montrent que la relation entre orientations de sportivité et intention de dopage est totalement médiée par les attentes perçues à l’égard du comportement : attitudes et regrets anticipés. Ces résultats sont conformes aux prédictions de la TIT (Flay et coll., 2009renvoi vers), selon lesquelles les règles morales qui découlent de l’environnement et des institutions façonnent les attentes perçues des individus à l’égard d’un comportement. La distinction entre prédicteurs distaux et proximaux de l’intention est ici de nouveau soulignée (Fishbein, 2009renvoi vers). Dans cette lignée, tous les prédicteurs proximaux (attitudes, normes sociales, auto-efficacité perçue et regrets anticipés) jouent un rôle médiateur entre le passif de consommation auto-rapporté et l’intention de dopage. Ces résultats attirent l’attention sur le fait que le comportement passé ou actuel puisse prédire l’intention comportementale au travers d’un processus de formations des croyances (Ajzen, 1991renvoi vers ; Fishbein, 2009renvoi vers). La formation de ces croyances a posteriori du comportement fait écho au processus de désengagement moral.
Figure Figure 9.6 Modèle intégratif de Lazuras et coll. (2015)renvoi vers

Modèle trans-contextuel de Chan et coll. (2015b)renvoi vers

Dans ces études, Chan et ses collègues (2014renvoi vers, 2015brenvoi vers et crenvoi vers) ont examiné comment la motivation et la croyance dans le sport sont liées à la motivation des sportifs et à l’intention d’éviter de se doper. Ils ont constaté que la motivation autonome, la perception de contrôle du comportement et les normes subjectives dans l’évitement de comportement de dopage étaient des médiateurs dans la relation entre motivation autonome dans le sport et l’intention d’éviter de se doper (Chan et coll., 2015brenvoi vers), offrant un premier aperçu des mécanismes psychologiques sous-jacents.
Chan et coll. (2015b)renvoi vers ont appliqué le modèle trans-contextuel de la motivation (Hagger et coll., 2003renvoi vers et 2009renvoi vers) au dopage (figure 9.7). Ce modèle intègre la TAD (Ryan et Deci, 2000renvoi vers), et en particulier le modèle hiérarchique de la motivation en sport (Vallerand et Toward, 1997renvoi vers), pour expliquer comment la motivation en sport influence les variables sociocognitives de la TCP (attitudes, normes subjectives et contrôle comportemental perçu ; Ajzen, 1991renvoi vers) à l’égard d’une intention et d’un comportement relié (par exemple l’évitement du dopage). Le modèle proposé explique 30 % de variance d’évitement du dopage. Leurs résultats indiquent que les athlètes animés par une motivation autonome dans leur pratique sportive, comparés à ceux dont la motivation est contrôlée ou amotivée, sont plus susceptibles d’être motivés de manière autonome pour éviter le dopage. De plus, cette motivation autonome pour le sport est positivement reliée à chacune des variables de la TCP pour l’évitement du dopage (Chan et coll., 2015arenvoi vers).
Figure Figure 9.7 Modèle trans-contextuel de Chan et coll. (2015b)renvoi vers

Modèle intégratif du dopage de Corrion et coll. (2017)renvoi vers

Le modèle de Corrion et coll. (2017)renvoi vers a intégré à la fois les tenants de la TAD (Ryan et Deci, 2000renvoi vers) et les mécanismes d’autorégulation issus des modèles sociocognitifs de Bandura (efficacité autorégulatrice des affects et de la pression sociale, désengagement moral ; Bandura et coll., 2001renvoi vers et 2003renvoi vers) afin d’examiner leurs rôles dans l’intention de dopage chez des athlètes élites (figure 9.8). Ce modèle intégratif montre une médiation de l’efficacité autorégulatrice (des affects et de la résistance à la pression sociale) et du désengagement moral dans les relations entre motivations autonome/contrôlée et intention de dopage, et il explique 47,3 % de la variance. Ainsi, la motivation contrôlée est positivement reliée aux intentions de se doper, à la fois directement et par le biais des variables d’efficacité d’autorégulation (autorégulation des affects et de la pression sociale) et du désengagement moral, tandis que la motivation autonome est négativement liée aux intentions de dopage, à la fois directement et par le biais des médiateurs.
Figure Figure 9.8 Modèle intégratif de Corrion et coll. (2017)renvoi vers
Pour résumer, dans le domaine du dopage, des modèles intégratifs ont tenté de hiérarchiser les déterminants psychosociaux, mettant en évidence ceux qui semblent exercer une influence plus forte, telles que les attitudes, les intentions et la motivation. Malgré un nombre important de modèles explicatifs et intégratifs, aucun ne semble consensuel. Par ailleurs, les résultats montrent que les variables identifiées expliquent seulement une petite partie de la variance dans les comportements de dopage, comme beaucoup d’études en psychologie. Par conséquent, cela nous indique qu’il est nécessaire de considérer d’autres facteurs qui pourraient expliquer ces comportements, en particulier ceux qui n’ont pas été pleinement explorés au travers des différentes mesures.

Modèles duals et processus implicites

Selon les théories sociocognitives étayées, les comportements humains seraient principalement le résultat d’évaluations raisonnées, d’une planification et seraient guidés par l’intention d’agir (Ajzen, 1991renvoi vers ; Bandura, 1991renvoi vers ; Bandura et coll., 2001renvoi vers et 2003renvoi vers). Ces fonctionnements sont regroupés sous le terme de processus explicites. Si certains comportements semblent résulter d’une démarche planifiée et réfléchie, d’autres quant à eux apparaissent impulsifs, non planifiés, et émergeant de situations spécifiques. Ce constat, en accord avec les modèles double-voie de la littérature (Strack et Deutsch, 2004renvoi vers), invite à considérer l’implication des processus implicites dans l’étude du dopage.
Les méta-analyses sur le comportement, et ce, au-delà du dopage (par exemple, comportements de santé ; Sheeran, 2002renvoi vers), indiquent que les variables sociocognitives n’expliqueraient guère plus de 25 à 30 % de la variance comportementale, incitant les chercheurs à considérer l’implication d’autres processus comportementaux. Dans le domaine de la santé notamment, des scientifiques suggèrent que l’activité physique (Conroy et coll., 2010renvoi vers), l’alimentation (Richetin et coll., 2007renvoi vers) ou bien encore la consommation de tabac (Sherman et coll., 2003renvoi vers) seraient en partie le fruit de mécanismes automatiques, qui émergent en situation et qui ne sont pas contrôlés : les processus implicites. Les recherches sur les processus implicites ont fait l’objet d’une attention particulière au cours de ces dernières années et leurs contributions sont conséquentes. Dans plusieurs domaines en lien avec la psychologie (santé, identité, personnalité, relations sociales, neurosciences comportementales) et même au-delà (sciences politiques, marketing), les processus implicites ont contribué au développement de nouvelles méthodes de mesures ou de cadres théoriques novateurs.
Les processus (ou attitudes) implicites à l’égard du dopage consisteraient en des réactions d’évaluation résultant d’associations cognitives spontanées, et qui sont activées de façon automatique par un stimulus pertinent (Greenwald et coll., 2022renvoi vers), par exemple, dans le cadre de notre thématique une proposition de dopage ou un accès facilité à un produit interdit. Les comportements seraient donc gouvernés non seulement par des processus raisonnés et des buts conscients mais également par des processus automatiques. Les théories, dites « duales » ou « double-voie » (Chaiken et Trope, 1999renvoi vers), se rejoignent autour d’une explication selon laquelle les processus mentaux se divisent en deux catégories : les processus qui fonctionnent automatiquement et ceux qui fonctionnent de manière contrôlée. Aujourd’hui, nombreux sont les modèles duals appliqués à divers champs de la psychologie et utilisés pour mieux comprendre des processus cognitifs tels que le raisonnement (Evans, 1989renvoi vers), le jugement, ou encore la prise de décision (Kahneman et Frederick, 2002renvoi vers). Des cadres théoriques tels que le modèle des attitudes duales (Wilson et coll., 2000renvoi vers) ou le modèle impulsif-réfléchi (Strack et Deutsch, 2004renvoi vers) offrent des pistes d’explication concernant la formation des attitudes et des comportements. Dans le champ du dopage en sport, les études incorporent des processus implicites sans nécessairement se référer à un modèle double-voie spécifique.
De fait, l’évaluation des attitudes implicites envers le dopage offre un éclairage singulier sur les différences spécifiques entre les individus (Petróczi et coll., 2008renvoi vers ; Whitaker et coll., 2016renvoi vers). En ce sens, ces mesures semblent complémentaires aux évaluations explicites traditionnelles. Elles permettraient notamment de pallier certains biais associés à la désirabilité sociale, particulièrement dans les groupes réticents à auto-rapporter le dopage (Lotz et Hagemann, 2007renvoi vers ; Brand et coll., 2014renvoi vers). Plusieurs études se sont concentrées sur la tâche délicate de comprendre et d’expliquer les divergences observées entre les évaluations implicites et explicites. Sont-elles le reflet d’un ajustement pour la désirabilité sociale ? Sont-elles dues à des erreurs inhérentes aux mesures implicites ? Ou bien encore d’autres mécanismes sont-ils en jeu ? L’étude de Baumgarten et coll. (2016)renvoi vers offre une nouvelle perspective pour résoudre les divergences explicites-implicites. Leurs analyses révèlent que le désengagement moral médie la relation entre les divergences et l’intention des athlètes de se doper. Au travers du désengagement moral, les sportifs présentent une raison de rejeter leurs évaluations négatives du dopage. Pour illustrer ces propos, imaginons qu’un sportif déclare être contre le dopage alors qu’il présente des scores implicites relativement favorables au dopage. Selon Baumgarten et coll. (2016)renvoi vers, ce sportif aura tendance à se désengager moralement (par exemple, « le dopage n’est pas si grave ») et à présenter une intention de dopage plus élevée. En lien avec cette constatation, l’étude montre une corrélation positive entre les évaluations explicites seules et le désengagement moral.
Au-delà de l’explication des comportements de dopage intentionnel, la littérature présente également les prémisses de l’utilité des mesures implicites dans la compréhension du dopage non intentionnel. Chan et ses collaborateurs se sont particulièrement intéressés à cette problématique (Chan et coll., 2016renvoi vers, 2018arenvoi vers et brenvoi vers). Ils ont examiné comment les attitudes implicites et explicites envers le dopage prédisaient l’évitement du dopage non intentionnel chez des sportifs de niveau amateur à international, et issus de sports individuels et collectifs variés. Dans leurs études, ils montrent que seulement 40,6 % des adolescents sportifs ont refusé de prendre ou manger un aliment inconnu, et seulement 16,1 % ont lu le tableau des ingrédients à consommer. Les attitudes explicites et implicites (Chan et coll., 2017renvoi vers) envers le dopage prédisaient deux comportements pertinents dans l’évitement du dopage non intentionnel : lire la liste des ingrédients, et prendre conscience de la présence éventuelle de substances interdites dans un produit alimentaire inattendu et non étiqueté. Ainsi, ils ont observé que les sportifs ayant des scores d’attitudes implicites envers le dopage plus élevés, étaient moins susceptibles de lire les ingrédients d’un produit, et plus susceptibles d’être conscients de la présence possible de substances interdites dans certains produits alimentaires. Ces sportifs étaient alors davantage susceptibles de déclarer être conscients du risque de dopage non intentionnel. Les attitudes implicites envers le dopage (et non les attitudes explicites envers le dopage) semblent donc expliquer la réaction comportementale des sportifs à l’évitement du dopage involontaire. Les résultats de cette série d’études démontrent une fois de plus la pertinence et l’utilité de mesurer simultanément les attitudes explicites et implicites envers le dopage.
Pour résumer, la littérature relative au rôle des processus implicites dans le dopage sportif demeure assez récente bien que les premières tentatives de mesure des attitudes implicites aient été réalisées par Petróczi et coll. (2008)renvoi vers. La prise en compte de ces processus est importante à prendre en considération pour réduire le problème de franchise des répondants et des biais de désirabilité (Petróczi et coll., 2010renvoi vers et 2011renvoi vers) dans les futures études sur le dopage, qu’il soit intentionnel ou non.

Rôle de l’entourage sur les déterminants psychosociaux du dopage

Une première inspection de la littérature scientifique disponible sur les déterminants psychosociaux du dopage laisse entrevoir un déséquilibre important concernant le nombre d’études examinant les déterminants psychosociaux individuels en comparaison du rôle de l’entourage sur les déterminants psychosociaux du dopage. Plus précisément, alors que plus d’une centaine d’études ont exploré les déterminants psychosociaux individuels, moins d’une quarantaine d’études se sont focalisées sur le rôle de l’entourage sur les déterminants psychosociaux du dopage. Ce déséquilibre important peut s’expliquer en partie par les difficultés méthodologiques et logistiques inhérentes à réaliser un recueil de données sur plusieurs populations (par exemple athlètes, parents, entraîneurs). Toutefois, on peut légitimement émettre l’hypothèse que ce déséquilibre fortement marqué pourrait également être le témoin indirect que le comportement de dopage est principalement conceptualisé par les chercheurs et les praticiens comme un acte individuel sans nécessairement prendre en compte le rôle de l’entourage (Trabal et coll., 2006renvoi vers).
La littérature quantitative relative au rôle de l’entourage sur les déterminants psychosociaux du dopage s’est focalisée essentiellement sur les variables dépendantes renvoyant aux intentions de dopage des athlètes et à leurs attitudes (explicites) vis-à-vis du dopage… et non aux comportements de dopage en tant que tel. Il conviendra donc de rester prudent dans l’interprétation des résultats puisque les attitudes (explicites) prédisent seulement une proportion des intentions de dopage, et que les intentions de dopage sont également à différencier des comportements de dopage. De plus, des biais liés à l’utilisation de mesures auto-rapportées ne sont évidemment pas à exclure (par exemple, biais de désirabilité sociale pour la mesure des attitudes explicites).
Après avoir explicité la démographie de l’entourage (de qui parle-t-on lorsque l’on parle d’entourage), les deux sous-parties suivantes présenteront les études se focalisant sur les entraîneurs et les parents respectivement, en explorant leurs connaissances vis-à-vis du dopage et les mécanismes explicatifs du rôle de l’entraîneur et des parents sur les attitudes envers le dopage et l’intention de dopage des athlètes. Les résultats des études qualitatives sur les entraîneurs et les parents seront également explicités dans ces deux sous-parties.

Quel entourage pour quels objectifs ?

Les études quantitatives examinent principalement l’impact de l’entraîneur (près d’une quinzaine d’études) ou des parents (moins d’une dizaine d’études). Les effets d’interactions entre différents autrui significatifs (par exemple, entraîneurs et parents) ne sont jamais examinés dans ces études quantitatives. Cela peut probablement s’expliquer par le réductionnisme scientifique inhérent à la conduite d’études quantitatives (simplifier la question lorsque la problématique est trop vaste et semble impossible à tester au travers d’une seule étude). Une petite partie des études quantitatives vise à explorer les connaissances de l’entourage sur le dopage (produits interdits, effets des produits) ainsi que leurs attitudes vis-à-vis du dopage. En s’appuyant sur des théories sociocognitives ou motivationnelles contemporaines telles que la TCP (Ajzen, 1991renvoi vers) ou la TAD (Ryan et Deci, 2000renvoi vers), ou sur des modèles intégratifs appliqués au dopage explicités dans les parties précédentes (Modèle du contrôle pour la consommation de produits en sport, Donovan et coll., 2002renvoi vers ; Théorie générale du crime, Gottfredson et Hirschi, 1990renvoi vers), certaines études quantitatives visent à éclairer les mécanismes explicatifs du dopage en mettant à jour le rôle de l’entourage sur les attitudes vis-à-vis du dopage et intentions de dopage des athlètes. Cependant, les études longitudinales sont particulièrement rares limitant les preuves de l’effet causal de l’entourage sur les attitudes vis-à-vis du dopage et les intentions de dopage des athlètes.
Les études qualitatives (une petite dizaine d’études), documentaires (une seule étude, Vakhitova et Bell, 2018renvoi vers) et les revues de littérature (Backhouse et McKenna, 2012renvoi vers ; Backhouse et coll., 2016renvoi vers ; Nicholls et coll., 2017renvoi vers ; Barnes et coll., 2022renvoi vers) abordent un panel plus large d’autrui significatifs : i) entraîneurs (coachs, sport scientists, directeur de la performance) ; ii) parents ; iii) médecins (équipe médicale ; Delaunay et coll., 2014renvoi vers) ; et iv) pairs (groupe d’entraînement). Certaines de ces études mettent en lumière la complexité des interrelations entre les différents autrui significatifs naviguant dans l’entourage de l’athlète (Vakhitova et Bell, 2018renvoi vers). Les études qualitatives ont essentiellement exploré le rôle protecteur de l’entourage face au dopage ou au contraire en quoi l’entourage peut représenter un facteur de risque (vulnérabilité) incitant aux comportements de dopage.

Rôle de l’entraîneur : connaissances et mécanismes

En ce qui concerne les études descriptives quantitatives se focalisant sur les connaissances des entraîneurs sur le dopage (par exemple, définitions, produits interdits, effets des produits), les résultats observés dans la littérature divergent selon les études. Plus précisément, des études conduites auprès d’entraîneurs de footballeurs en Espagne (Morente-Sanchez et Zabala, 2015renvoi vers ; entraîneurs d’équipes pensionnaires des 4 premières divisions de football chez les séniors et du plus haut niveau de pratique chez les moins de 16 ans et moins de 18 ans) et en Iran (Seif Barghi et coll., 2015renvoi vers) ont mis en évidence de faibles connaissances des entraîneurs sur le dopage. A contrario, une étude conduite auprès d’entraîneurs d’athlètes des catégories jeunes en Allemagne (incluant les entraîneurs des équipes nationales et des entraîneurs de niveau inférieur) dans 4 sports de combats ou d’opposition duelle (boxe, escrime, judo, lutte) ont mis en évidence des connaissances satisfaisantes des entraîneurs sur le dopage (Pöppel et Büsch, 2019renvoi vers). Comme on pouvait s’y attendre, les études rapportent de manière consistante des attitudes négatives (explicites) envers le dopage pour la très grande majorité des entraîneurs (Morente-Sanchez et Zabala, 2015renvoi vers ; Seif Barghi et coll., 2015renvoi vers ; Pöppel et Büsch, 2019renvoi vers). L’utilisation d’une méthodologie auto-rapportée pourrait expliquer en partie ces résultats. Une étude conduite auprès d’entraîneurs d’une variété de sports (par exemple, football, musculation, natation, ski, volley, tennis) en Pologne observe que 10 % des entraîneurs interrogés rapportent que le dopage est une nécessité pour atteindre la haute performance (Zmuda Palka et coll., 2023renvoi vers).
Concernant les études quantitatives explorant le rôle de l’entraîneur dans les mécanismes explicatifs du dopage, une étude s’appuyant sur la TCP (Ajzen, 1991renvoi vers) a apporté des données empiriques étayant cette théorie chez les athlètes et entraîneurs (Psouni et coll., 2015renvoi vers). Plus précisément, les normes subjectives, le contrôle comportemental perçu et les attitudes explicites envers le dopage prédisaient significativement les intentions comportementales de dopage à la fois chez les sportifs et chez les entraîneurs. Cependant, les auteurs n’ont pas testé l’effet des variables de l’entraîneur sur les athlètes. Par ailleurs, quelques études (Hodge et Lonsdale, 2011renvoi vers ; Matosic et coll., 2016renvoi vers ; Chen et coll., 2017 ; Ntoumanis et coll., 2017renvoi vers ; Guo et coll., 2021renvoi vers) se sont appuyées sur la TAD (Ryan et Deci, 2000renvoi vers). Globalement, ces études ont montré que le climat motivationnel instauré par l’entraîneur (c’est-à-dire le climat soutenant les besoins psychologiques fondamentaux d’autonomie, de compétence et de proximité sociale versus climat contrôlant) prédisait significativement les intentions de dopage directement et indirectement au travers de la satisfaction/frustration des besoins psychologiques fondamentaux, du désengagement moral ou des attitudes envers le dopage (Hodge et Lonsdale, 2011renvoi vers ; Matosic et coll., 2016renvoi vers ; Chen et coll., 2017 ; Ntoumanis et coll., 2017renvoi vers ; Guo et coll., 2021renvoi vers). En s’appuyant sur le modèle du contrôle pour la consommation de produits en sport (Donovan et coll., 2002renvoi vers), une étude quantitative a apporté les preuves empiriques des postulats théoriques de ce modèle auprès d’une population d’entraîneurs (Garcia-Grimaud et coll., 2021renvoi vers). En plus d’un certain nombre de variables individuelles (manque d’auto-efficacité à empêcher leurs athlètes à résister aux tentations du dopage, les buts orientés sur la performance, le désengagement moral), les normes sociales (opinion du groupe de référence) prédisaient significativement les attitudes explicites envers le dopage des entraîneurs qui prédisaient à leur tour significativement la susceptibilité au comportement de dopage évaluée par des scénarios hypothétiques (Garcia-Grimaud et coll., 2021renvoi vers). Toutefois, cette étude s’appuyait uniquement sur l’utilisation de questionnaires auto-rapportés administrés à 207 entraîneurs espagnols hommes et femmes, sans inclure de mesures recueillies sur leurs athlètes. Une étude qualitative conduite auprès de 11 entraîneurs (10 hommes et 1 femme résidant en Grande-Bretagne, aux États-Unis, à Hong Kong ou en Australie) d’athlètes adolescents pratiquant l’athlétisme, le basketball, le kayak, le tennis, l’aviron et le rugby (Nicholls et coll., 2015renvoi vers) a également exploré le modèle du contrôle pour la consommation de produits en sport (Donovan et coll., 2002renvoi vers) au travers d’entretiens semi-directifs. Au-delà des variables individuelles du modèle (estime de soi, perception de la menace liée aux contrôles antidopage et aux risques de santé – facteur dissuasif ; perception des bénéfices à court terme des produits dopants – facteur incitatif), cette étude a mis en évidence le rôle primordial de l’opinion des personnes gravitant autour de l’athlète – entraîneurs, parents, amis proches – dans les attitudes envers le dopage et les intentions de dopage de l’athlète (Nicholls et coll., 2015renvoi vers).
Les études qualitatives (Smith et coll., 2010renvoi vers ; Mazanov et coll., 2011renvoi vers ; Overbye et coll., 2013renvoi vers ; Barkoukis et coll., 2019renvoi vers) et documentaire (Vakhitova et Bell, 2018renvoi vers) ont également apporté des preuves empiriques du rôle de l’entraîneur (et du staff technique plus globalement) sur les comportements de dopage des athlètes. Ces études ont ainsi montré que l’entraîneur pouvait représenter un facteur de vulnérabilité créant les conditions d’une situation de vulnérabilité pour l’athlète (périodes de faiblesse durant lesquelles l’intégrité d’un individu est ou peut être affectée, diminuée ou altérée ; Liendle, 2012renvoi vers). Ainsi, des situations d’emprise caractérisées par des relations entraîneur-athlètes malsaines pourraient être vécues par les athlètes de manière délétère, ambiguë ou incompréhensible et augmenter par là même le risque de recours au dopage de la part de leurs athlètes (Smith et coll., 2010renvoi vers ; Mazanov et coll., 2011renvoi vers ; Overbye et coll., 2013renvoi vers ; Barkoukis et coll., 2019renvoi vers). L’analyse des documents relatifs aux enquêtes menées en 2012 par l’Agence antidopage des États-Unis (USADA) et en 2015 par la Cycling Independent Reform Commission sur le programme de dopage mené par l’équipe cycliste de l’US Postal Service entre 1996 et 2012 a également mis en lumière le rôle délétère que l’entourage pouvait jouer (incluant les entraîneurs et le staff technique, ainsi que les pairs ou le personnel médical) en soulignant l’effet facilitateur joué par l’environnement dans cette étude de cas (Vakhitova et Bell, 2018renvoi vers). À l’inverse, les entraîneurs peuvent également représenter un facteur protecteur prévenant la survenue de comportement de dopage sur les relations interpersonnelles parents-entraîneurs-athlètes présentées dans la sous-partie sur le rôle des parents (voir Allen et coll., 2017renvoi vers ; Lisinskiene et coll., 2019renvoi vers).

Rôle des parents : connaissances et mécanismes

En ce qui concerne les études descriptives quantitatives se focalisant sur les connaissances des parents sur le dopage, les résultats d’une étude conduite auprès de parents d’enfants âgés de 14 à 19 ans pensionnaires de centres d’entraînement intensif en Autriche suggèrent une connaissance satisfaisante des parents concernant les produits dopants (c’est-à-dire un score moyen de 13 sur 16) et leurs effets (score moyen de 17 sur 23) (Blank et coll., 2015arenvoi vers). Les résultats de cette étude indiquent également que les pères ont obtenu des scores de connaissance sur les effets des produits dopants significativement plus élevés que les mères (Blank et coll., 2015arenvoi vers). Les résultats indiquent également des attitudes (explicites) négatives envers le dopage pour la très grande majorité des parents avec un score moyen de 14 sur un total possible de 19 (Blank et coll., 2015arenvoi vers). Si aucune étude sur les connaissances des entraîneurs ou des parents sur le dopage n’a été conduite auprès d’une population française, il est intéressant de noter qu’une étude nationale a examiné la connaissance des professionnels de santé sur le dopage en se centrant sur les médecins généralistes et pharmaciens d’officines (Delaunay et coll., 2014renvoi vers). Ces résultats montrent que les professionnels interrogés ont dans la grande majorité une connaissance assez médiocre des problématiques liées au dopage. Plus précisément, 51,5 % des médecins généralistes ne connaissaient pas les autorisations d’usage à des fins thérapeutiques alors que 90 % d’entre eux ignoraient jusqu’à l’existence des antennes médicales de prévention du dopage (Delaunay et coll., 2014renvoi vers). Par ailleurs, seuls 42 % des médecins et 35 % des pharmaciens déclaraient qu’ils pensaient à informer un patient sportif sur les produits pouvant positiver un contrôle antidopage (Delaunay et coll., 2014renvoi vers).
Concernant les études quantitatives explorant le rôle des parents dans les mécanismes explicatifs du dopage, deux études (conduites par la même équipe de recherche) s’appuyant sur la théorie générale du crime (Gottfredson et Hirschi, 1990renvoi vers) ont apporté des données empiriques étayant cette théorie au travers d’un recueil de données réalisé sur 606 et 784 athlètes professionnels iraniens respectivement (Kabiri et coll., 2018 et 2019renvoi vers). Plus précisément, ces études ont montré qu’une gestion parentale défaillante (inférée par des scores d’attachement et de surveillance parentale perçus par les athlètes) prédisait significativement l’usage de produits dopants par les athlètes masculins et féminins (les participants ont été invités à indiquer s’ils consommaient actuellement une substance interdite, s’ils avaient déjà consommé une substance interdite ou s’ils avaient l’intention de consommer une substance interdite au moins une fois au cours des 12 prochains mois) directement et indirectement au travers de la faible capacité et désir de maîtrise de soi des athlètes (Kabiri et coll., 2019renvoi vers). Par ailleurs, une étude conduite sur 527 athlètes jeunes (âgés de 14 à 18 ans) élites et leurs parents a montré que la susceptibilité de se doper des athlètes (quatre situations hypothétiques sont présentées aux athlètes et ils doivent rapporter s’ils seraient prêts à prendre une substance interdite dans ces scénarios) était prédite uniquement négativement au travers de la communication proactive des pères à propos du dopage avec leurs enfants (mais pas des mères) et que cette relation est modérée par la croyance des pères relative à est-ce que leur enfant a les compétences pour devenir un athlète professionnel et est mentalement et physiquement suffisamment fort pour gagner (Blank et coll., 2015brenvoi vers). Plus précisément, la relation entre la susceptibilité de se doper des athlètes et la communication des pères était significative (et négative) uniquement chez les pères qui rapportaient des scores de croyances modérées (c’est-à-dire que lorsque les scores de croyance des pères étaient très faibles ou très élevés, le comportement de communication des pères n’était pas un prédicteur significatif de la susceptibilité de se doper de leurs athlètes adolescents).
Les études qualitatives ont également apporté des preuves empiriques du rôle des parents sur les comportements de dopage des athlètes (Allen et coll., 2017renvoi vers ; Lisinskiene et coll., 2019renvoi vers). Ces études mettent en évidence que l’entourage familial (associé à l’entraîneur) peut grandement participer à prévenir la survenue de comportements de dopage des athlètes. Ainsi, les relations interpersonnelles parents-entraîneurs-athlètes peuvent représenter un facteur protecteur lorsque la communication entre les différentes parties est favorisée (par exemple, honnêteté dans les échanges, écoute active), le support social est disponible (faire attention à l’autre, se rendre disponible), le travail d’équipe est encouragé (chacun connaît son rôle et est impliqué activement dans la coopération mutuelle pour atteindre des buts communs partagés et clairement définis), et l’ambiance quotidienne promeut la confiance réciproque et le respect entre les différents membres du triptyque (athlète, entraîneur, parents) (Lisinskiene et coll., 2019renvoi vers).
Ainsi, les études quantitatives ont cherché à mettre à jour les mécanismes explicatifs en mettant en avant les relations entre les perceptions, croyances, attitudes et comportements des entraîneurs ou des parents sur les attitudes et intentions de dopage des athlètes. Les études qualitatives et documentaire ont davantage exploré la complexité des situations pouvant être vécues par les athlètes en décrivant/caractérisant le rôle délétère versus protecteur de l’entourage au travers des relations imbriquées existantes entre les différents acteurs (entraîneurs, staff technique, parents, pairs) impliqués dans l’environnement de l’athlète.
Bien que ce corpus d’études apporte des preuves empiriques indéniables du rôle important joué par l’entourage sur les comportements de dopage des athlètes, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pour autant pas exempt de limites : i) biais de désirabilité sociale liés à la mesure des attitudes, intentions, comportement de dopage ; à cet égard, il pourrait être intéressant d’inclure plus largement les attitudes implicites envers le dopage dans les protocoles de recherche examinant le rôle de l’entourage ; ii) manque d’études longitudinales et/ou expérimentales rendant finalement difficile la mise en évidence claire d’un effet causal ; iii) centration des études sur les entraîneurs (et à un moindre degré les parents), apportant peu d’éléments sur d’autres personnes gravitant autour de l’athlète (par exemple, pairs, professionnels de santé) ; et iv) besoin de réplicabilité des résultats sur des échantillons variés (âge, niveaux de pratiques, sports).
Au-delà du rôle de l’entourage, le rôle de l’institution est également à prendre en compte dans la mesure où les acteurs (athlètes, entraîneurs, parents, professionnels de santé) sont immergés dans un environnement qui peut être en lui-même préventif ou au contraire facteur de vulnérabilité du dopage. Pour conclure, la littérature sur l’impact de l’entourage suggère fortement d’un point de vue appliqué de mettre en œuvre des programmes de prévention intégrant/associant l’entourage pour maximiser leur efficacité.

Facteurs de risque et facteurs protecteurs du dopage

Au cours des dernières années, plusieurs méta-analyses (Ntoumanis et coll., 2014renvoi vers ; Blank et coll., 2016renvoi vers ; Ntoumanis et coll., 2024renvoi vers) et revues systématiques (Backhouse et coll., 2016renvoi vers ; Nicholls et coll., 2017renvoi vers) ont cherché à synthétiser les connaissances sur les déterminants psychosociaux du dopage. Ces études, détaillées ci-dessous, ont permis d’identifier divers prédicteurs du comportement de dopage, dont des facteurs de risque, rendant l’individu plus vulnérable et augmentant la probabilité d’avoir recours au dopage et inversement des facteurs protecteurs.
Elles montrent qu’en plus des facteurs démographiques, le phénomène s’explique par une combinaison de variables psychologiques individuelles, situationnelles et socio-contextuelles (tableau 9.I). Certaines situations et périodes ont été identifiées comme particulièrement critiques dans l’émergence du phénomène.
La première méta-analyse explorant ces questions a été réalisée par Ntoumanis et coll. (2014)renvoi vers. Les auteurs ont analysé 63 études menées dans 18 pays entre 1990 et 2014 portant sur l’intention et/ou le comportement de dopage en relation avec au moins une variable démographique, psychologique ou socio-contextuelle. Pour ce qui concerne les variables démographiques, l’analyse montre que le sexe masculin est un facteur de risque pour le comportement de dopage (OR=2,72 ; IC 95 % [2,16 ; 3,42]), de même que l’âge qui est positivement corrélé avec l’intention de dopage bien que la taille de l’effet soit faible. Pour les variables psychologiques, les attitudes positives à l’égard du dopage, le désengagement moral, et l’amotivation sont des facteurs de risque, alors que l’auto-efficacité à ne pas recourir au dopage et les valeurs morales sont des facteurs protecteurs. Parmi les variables socio-contextuelles, les normes sociales perçues sont des facteurs prédictifs de l’intention et, dans une moindre mesure, du comportement de dopage, alors qu’aucune corrélation significative n’a été mise en évidence pour la participation à des sports d’équipe, ou le climat motivationnel. Ainsi, les facteurs de risque présentant la corrélation positive la plus forte avec le comportement de dopage sont : la consommation de compléments alimentaires (OR=8,24 ; IC 95 % [5,07 ; 13,39]), les normes sociales perçues (r=0,36 ; IC 95 % [0,23 ; 0,48]), et les attitudes positives à l’égard du dopage (r=0,17 ; IC 95 % [0,04 ; 0,29]). En revanche, les valeurs morales (r=−0,21 ; IC 95 % [ −0,32 ; −0,10]) et l’auto-efficacité à ne pas recourir au dopage (r=−0,22 ; IC 95 % [−0,29 ; −0,16]) sont, quant à elles, les facteurs protecteurs les plus fortement corrélés. Bien que significatives, les auteurs soulèvent toutefois que les tailles d’effets allaient de faibles à modérées, et surtout, rares sont les études qui les mesuraient.
Les mêmes auteurs ont récemment publié une méta-analyse actualisée de la littérature dans le domaine basée sur 186 études observationnelles et 25 études expérimentales portant sur plus de 300 000 sujets, principalement des athlètes de tous niveaux pratiquant des sports individuels ou collectifs (Ntoumanis et coll., 2024renvoi vers). L’analyse a également cherché à identifier des prédicteurs du dopage non intentionnel. Les résultats renforcent ceux de la méta-analyse de 2014 et apportent des informations sur des facteurs prédictifs émergeants. Ainsi, les facteurs de risque identifiés pour l’intention et le comportement de dopage sont les normes et les attitudes envers le dopage, l’insatisfaction corporelle et le mal-être. Des associations positives ont également été mises en évidence entre la consommation de compléments alimentaires et l’intention (r=0,23 ; IC 95 % [0,11 ; 0,35] ; 13 études) et le comportement de dopage (r=0,22 ; IC 95 % [0,13 ; 0,32] ; 21 études). Cependant, les auteurs notent que le lien avec le comportement est observé notamment dans des études transversales (z=0,28) et non pas longitudinales (z=0,02), suggérant la co-occurrence de ces comportements plutôt qu’un effet de « porte d’entrée » au dopage, comme cela a été suggéré par d’autres auteurs (Elbe et Barkoukis, 2017renvoi vers)8 . L’auto-efficacité et les valeurs morales ont été confirmées comme des facteurs protecteurs de l’intention et du comportement de dopage. En général, les forces des associations entre les facteurs prédictifs et le comportement de dopage sont qualifiées de faibles ou modérées, tandis que celles pour l’intention sont considérées comme importantes. Les facteurs protecteurs sont associés à un risque plus faible de dopage non intentionnel, mais les auteurs soulignent que la littérature sur cette question est trop limitée pour tirer des conclusions définitives. Ils notent également que les facteurs de risque sont beaucoup plus étudiés que les facteurs protecteurs, notamment en lien avec le comportement de dopage, soulignant la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre le rôle de ces derniers dans le phénomène du dopage. Enfin, ils signalent que de nouveaux facteurs prédictifs du dopage, non liés à la performance sportive, semblent avoir émergé avec l’évolution des médias sociaux, en particulier l’insatisfaction à l’égard de l’image corporelle, et l’exposition à des messages médiatiques sur l’apparence physique.
Deux revues systématiques, avec ou sans méta-analyse, de la littérature portant respectivement sur les athlètes élites et les adolescents, méritent d’être mentionnées. La première, menée par Blank et ses collègues (2016)renvoi vers, a examiné les facteurs prédictifs de l’intention et du comportement de dopage chez les athlètes élites en se basant sur 14 études réalisées dans 7 pays et publiées entre 2006 et 2015. La quasi-totalité de ces études a été prise en compte dans les méta-analyses plus approfondies décrites ci-dessus et, en général, les résultats sont concordants : les principaux facteurs de risque identifiés sont les attitudes positives à l’égard du dopage (facteur prédictif pour l’intention et le comportement, respectivement r=0,60 ; IC 95 % [0,56 ; 0,63] et r=0,30 ; IC 95 % [0,16 ; 0,42]) et, pour l’intention seulement, deux prédicteurs pouvant représenter des facettes de la culture sportive dont la tentation situationnelle (r=0,72 ; IC 95 % [0,69 ; 0,75]) et les normes subjectives (r=0,50 ; IC 95 % [0,45 ; 0,55]). Bien que quelques facteurs protecteurs potentiels (regret anticipé, sportivité) aient été identifiés dans des études individuelles, aucun n’a été confirmé par plusieurs études.
Pour explorer des facteurs prédictifs du dopage chez les jeunes sportifs, Nicholls et coll. (2017)renvoi vers ont réalisé une revue systématique de 52 études portant en total sur plus de 187 000 sujets entre 10 et 21 ans. Les études ont été menées entre 1990 et 2017, principalement dans des pays européens (France, Allemagne, Grèce, Italie, Norvège, Suède, Royaume-Uni), ainsi que les États-Unis et l’Australie, et seule la moitié environ ont été prises en compte dans la méta-analyse de Ntoumanis et coll. (2024)renvoi vers. L’analyse s’est centrée sur neuf facteurs prédictifs de nature démographique, psychologique ou socio-contextuelle, identifiés dans les études considérées dont : le sexe, l’âge, l’ethnicité, la participation sportive, le type de sport, une vingtaine de variables psychologiques, l’entourage, les compléments alimentaires, et les comportements à risque pour la santé. Ces facteurs sont brièvement détaillés ci-dessous. Pour certains d’entre eux, nous indiquons les études particulièrement pertinentes, discutons de la solidité des associations et les mettons en contexte à la lumière d’autres études non considérées dans la revue systématique ou publiées ultérieurement. En ce qui concerne les facteurs démographiques, l’influence du sexe a été explorée dans 13 études et, globalement, les résultats indiquent que les adolescents de sexe masculin présentent un risque plus élevé de dopage (voir Hoffman et coll., 2008renvoi vers ; Dunn et White, 2011renvoi vers ; Mallia et coll., 2013renvoi vers ; Elkins et coll., 2017renvoi vers). Une étude récente confirme ce constat et suggère que les attitudes à l’égard du dopage sous-tendent l’association (Puchades et Molina, 2020renvoi vers). Elle pourrait également refléter des différences de perception entre les sexes concernant les effets du dopage sur la performance. En effet, une enquête par Giraldi et coll. (2015)renvoi vers menée auprès de 423 joueurs de foot a montré que 6,5 % des garçons estiment que la consommation de produits dopants peut améliorer la performance sportive, tandis qu’aucune des filles (n=24) n’a cette perception. Les travaux examinant l’âge (11 études), l’ethnicité (5 études), ou la pratique ou non d’une activité sportive (5 études) sont équivoques : certains d’entre eux rapportent une association positive avec le dopage, alors que d’autres ne font état d’aucun lien ou montrent le contraire. En revanche, la participation à des sports où la force et la forme corporelle jouent un rôle déterminant dans la performance est un facteur de risque de dopage chez les jeunes. Cette conclusion est étayée par une étude ultérieure qui montre que les jeunes cyclistes ou ceux qui pratiquent régulièrement la musculation ont des attitudes plus positives à l’égard du dopage (Ruiz-Rico Ruiz et coll., 2017renvoi vers). Une vingtaine de construits psychologiques ont été identifiés dans la revue comme des facteurs prédictifs. Parmi les facteurs étayés par plusieurs études, certains sont des facteurs de risque (les attitudes, les intentions, les normes, le désengagement moral et la dépression), alors que d’autres sont des facteurs protecteurs (l’estime de soi et l’efficacité autorégulatrice). Le perfectionnisme a été identifié comme un facteur psychologique protecteur dans une étude portant sur 129 jeunes athlètes masculins (Madigan et coll., 2016renvoi vers), mais une étude ultérieure par le même groupe et complétée par une méta-analyse a trouvé une faible association positive avec les attitudes à l’égard du dopage (Madigan et coll., 2020renvoi vers). La revue a également abordé le rôle de l’entourage de l’athlète (entraîneurs, parents, amis ou groupes de pairs, médecins) qui a été exploré dans une dizaine d’études dont la grande majorité publiée avant 2008. L’entourage de l’athlète constitue un facteur de risque ou un facteur protecteur significatif dans le comportement de dopage (voir par exemple, Nicholls et coll., 2015renvoi vers). La littérature sur cette question s’est étoffée ces dernières années, et elle est analysée dans la section précédente intitulée « Rôle de l’entourage sur les déterminants psychosociaux du dopage ». Par ailleurs, Nicholls et ses collègues ont identifié six études explorant l’association entre la consommation de compléments alimentaires et le dopage chez les adolescents. Ces études, qui se recoupent partiellement avec celles prises en compte dans les méta-analyses de Ntoumanis et coll. (2014renvoi vers et 2024renvoi vers), montrent que les jeunes qui en consomment ont une intention plus forte de dopage et des attitudes et des croyances plus positives à l’égard du dopage en comparaison de ceux qui n’en consomment pas (voir par exemple, Barkoukis et coll., 2015renvoi vers). Cependant, la question de causalité du lien reste ouverte et mérite d’être étudiée de manière approfondie. Enfin, les auteurs montrent que les jeunes qui sont moins soucieux de leur santé et s’engagent dans des comportements potentiellement dangereux (abus d’alcool, consommation de drogues, multiplication des partenaires sexuels…) sont davantage susceptibles au dopage. Des études ultérieures ont également identifié la littératie en santé (Blank et coll., 2022renvoi vers), les désordres alimentaires (Scoffier-Mériaux et coll., 2020renvoi vers), et le niveau de connaissances autour du dopage (Duda et Stula, 2022renvoi vers) comme des facteurs prédictifs.
Backhouse et ses collègues (2016)renvoi vers ont réalisé une synthèse narrative très complète de la littérature scientifique portant sur : i) les corrélats psychosociaux et facteurs prédictifs du dopage ; ii) les connaissances, les attitudes, les croyances et les comportements ; et iii) les modèles et théories spécifiques au dopage. Cette revue a considéré plus de 200 études publiées entre 2007 et la mi-2015 menées auprès du personnel d’encadrement des sportifs (entraîneurs, directeurs, médecins…) (n=21 études), d’adolescents sportifs (n=37), de compétiteurs (n=56), de sportifs d’élite (n=61), des utilisateurs de salle de gym (n=24), et d’un public tout venant (n=15). Parmi les facteurs de risque de nature démographique, on peut citer le sexe masculin, la consommation antérieure de compléments alimentaires, la spécialisation précoce dans le sport et le nombre d’années dans le sport de compétition. Des facteurs de risque de nature psychologique, notamment une faible estime de soi, une intégrité compromise et une anxiété élevée, et la recherche de sensations sont également reconnus comme des éléments contributifs au dopage. S’agissant d’une revue narrative, les auteurs n’ont pas quantifié les tailles d’effets de ces facteurs sur les attitudes, les intentions ou les comportements de dopage. Certaines études, plus récentes, mettent en avant que l’efficacité autorégulatrice des affects et de la pression sociale sont des facteurs protecteurs du comportement de dopage (Corrion et coll., 2017renvoi vers ; Kavussanu et Ring, 2017renvoi vers ; Boardley et coll., 2018renvoi vers). À l’inverse, les individus sont capables de se désengager d’auto-sanctions liées à un comportement répréhensible par le biais du désengagement moral, ce qui augmente le risque de dopage (Kavussanu et coll., 2016renvoi vers ; Corrion et coll., 2017renvoi vers). Par ailleurs, certaines périodes ont été identifiées comme particulièrement critiques dans l’émergence du comportement de dopage, dont l’adolescence qui est un moment particulier dans le développement d’un individu et dans sa construction cognitive et morale, de par la confrontation aux limites et aux prises de risque (Backhouse et coll., 2012renvoi vers). Les transitions marquant l’entrée dans le monde professionnel ou la fin de la carrière d’un athlète sont également des périodes de vulnérabilité. La première constitue un tournant dans une carrière et, chez les cyclistes par exemple, elle marque souvent le point de départ de la première expérience de dopage, qui s’apparente à une nouvelle méthode organisationnelle (Brissonneau et coll., 2008renvoi vers ; Lentillon-Kaestner et Carstairs, 2010renvoi vers ; Aubel et Ohl, 2014renvoi vers).

Tableau Tableau 9.I Facteurs de risque et facteurs protecteurs

Facteurs de risque
Facteurs protecteurs
Facteurs démographiques
Sexe masculin
Âge : adolescence
Nombre d’années dans le sport de compétition
Type de sport
Consommation de compléments alimentaires
 
Facteurs personnels ou psychologiques
Attitude, intention et normes favorables au dopage
But d’approche (chercher à performer à tout prix) ou d’évitement de la performance (éviter de faire moins bien que les autres)
Faible estime de soi
Motivation contrôlée
Peur de l’échec
Faible auto-efficacité/autorégulation, ou contrôle comportemental perçu
Désengagement moral
Perfectionnisme
Anxiété/stress élevé, burnout, dépression
Faible intégrité sportive ou valeurs morales
Insatisfaction de son apparence
Impulsivité, faible maîtrise de soi, recherche de sensations et prise de risque
Comportements à risque (alcool, drogue…)
Troubles du comportement alimentaire
Fort positionnement moral / adhésion aux valeurs sportives
Efficacité autorégulatrice (des affects, de la résistance à la pression sociale)
Motivation autonome
Forte estime de soi
But d’approche de la maîtrise (chercher à progresser)
Regrets anticipés, peur de se faire attraper, réputation, culpabilité
Faible tendance à prendre des risques
Facteurs situationnels
 
Période de transition de carrière, nombre d’années dans le sport de haut niveau
Spécialisation précoce dans le sport
Période de récupération après blessure ou après des séances d’entraînement particulièrement intenses
Problèmes de santé associés au sport
Recherche de l’amélioration de performance sur le court terme
Contact avec des personnes se dopant
Tentation situationnelle
Événements traumatisants (harcèlement, abus)
Disponibilité des produits dopants et accessibilité
Attachement sécurisant tout au long de la vie
Promotion de la prise de décision morale
Facteurs socio-contextuels
 
Influence de l’entourage (pairs, parents, entraîneurs)
Normes culturelles et sportives favorables au dopage
Climat motivationnel contrôlant
Organisation de l’équipe, charge de travail, précarité de l’emploi
Récompenses et motivation financière
Charges et climat d’entraînement
Enjeux de concurrence ou de rivalité
Culture du sport
Conditions climatiques
Politiques antidopage faibles
Légitimité perçue de la lutte antidopage
Climat motivationnel autonome et de maîtrise

Le tableau a été construit à partir des données décrites dans ce chapitre et les références additionnelles suivantes : Petróczi, 2007 ; Bloodworth et McNamee, 2010 ; Mitić et Radovanović, 2011 ; Whitaker et coll., 2012 et 2014 ; Aubel et Ohl, 2015 ; Erickson et coll., 2015 ; Zabala et coll., 2016 ; Garcia-Argibay, 2019 ; Ring et coll., 2022.

Conclusion

Le dopage, dans une perspective psychosociale, semble donc être sous l’influence de divers déterminants psychologiques individuels, situationnels et socio-contextuels. Ce chapitre a ainsi détaillé dans un premier temps les déterminants psychosociaux individuels en se focalisant notamment sur les mécanismes psychosociaux explicatifs du dopage, qu’il soit intentionnel ou non, au travers des théories sociocognitives, des modèles intégratifs appliqués au dopage et plus récemment des modèles duals (mettant en lumière le rôle primordial des processus implicites). Une littérature très fournie fait état de nombreux facteurs prédictifs dont certains plus proximaux et directement liés au comportement (intention, normes, attitudes…), d’autres plus distaux ou ayant un rôle médiateur (motivation d’accomplissement, désengagement moral, efficacité autorégulatrice…). Puis, le rôle de l’entourage sur les déterminants psychosociaux du dopage a été interrogé. Au travers d’études adoptant des méthodologies variées (approches quantitatives et qualitatives, analyse documentaire, revues de littérature), il existe un consensus fort dans la littérature scientifique sur le rôle préventif ou, à l’inverse, l’impact délétère et incitatif (entraînant l’athlète dans une situation de vulnérabilité) de l’entourage (principalement entraîneurs et parents) sur les attitudes et intentions de dopage (ou susceptibilité de se doper), et le comportement de dopage des athlètes. Enfin, la multitude des facteurs de risque et de protection du dopage identifiée au regard de la littérature en psychologie sociale appliquée au sport a également été détaillée. Si la majorité de ces déterminants sont des facteurs de risque, il est important de noter que la nature de cette relation peut être déterminée par l’environnement, par exemple, l’entourage du sportif qui peut avoir un fort impact négatif ou positif sur le comportement du dopage. Par ailleurs, certaines périodes et situations de vulnérabilité (adolescence, transitions de carrière, problèmes de santé, blessure…) sont particulièrement critiques dans l’émergence du phénomène. Pour mieux accompagner des sportifs confrontés à la problématique du dopage, approfondir notre compréhension des facteurs prédictifs, tant individuels que collectifs, nous paraît essentiel pour élaborer des programmes de prévention du dopage et de promotion de la santé efficaces. Dans cette perspective, s’il est important de mieux comprendre les processus psychologiques en jeu dans le dopage sportif, il est tout aussi important d’identifier et de comprendre les facteurs protecteurs à même de prévenir le phénomène, d’autant plus pour les sportifs qui se retrouvent dans des situations de vulnérabilité.
La lutte antidopage a connu une évolution importante au cours des dernières décennies, passant d’une approche principalement répressive à une approche plus éducative. Cette évolution a été motivée par : i) une prise de conscience accrue des déterminants psychosociaux complexes qui sous-tendent le comportement de dopage ; ii) mais également du rôle joué par l’entourage des sportifs (entraîneurs, parents, staff médical, pairs) ; ainsi que iii) des travaux portant sur l’efficacité des interventions de prévention antidopage.
Les questions relatives à l’éducation et à la prévention animent les différents acteurs et les institutions immergées dans les problématiques du dopage (États, organisations sportives et antidopage). La prévention du dopage, par une approche morale, peut être perçue comme une action qui définit ce qui est bien et mal, ce qui est souhaitable et ce qui ne l’est pas, ainsi que les moyens légitimes pour obtenir ce que chacun peut désirer (Hauw et Mohamed, 2016renvoi vers). Ainsi, pour protéger l’intégrité du sport et la santé des sportifs, les programmes mondiaux de lutte contre le dopage visent à prévenir le dopage et à susciter des comportements antidopage et de sport propre, par le biais de l’éducation, de la dissuasion, de la détection, et de l’application des règles (Filleul et coll., 2024crenvoi vers ; Williams et coll., 2024renvoi vers). Les connaissances détaillées dans ce chapitre émanant de la littérature relative aux déterminants psychosociaux du dopage et à l’impact de l’entourage sont à même de venir informer les programmes de prévention pouvant être mis en œuvre sur le terrain.
Suite à ces appels lancés par la communauté scientifique, l’aspect éducatif de la prévention a reçu une attention croissante au cours des dernières décennies (Englar-Carlson et coll., 2016renvoi vers ; Woolf, 2020renvoi vers ; Barkoukis et coll., 2022renvoi vers). Les résultats d’une revue systématique récente (Filleul et coll., 2024crenvoi vers) montrent que les programmes de prévention du dopage abordent généralement plusieurs catégories d’éducation (Backhouse et coll., 2016renvoi vers), où l’apport de connaissances et le développement de valeurs prédominent (Gatterer et coll., 2020renvoi vers), en ligne directe avec la littérature sur les déterminants psychosociaux du dopage. Cependant, les programmes de prévention du dopage présentent des lacunes substantielles notamment en ce qui concerne la prise en compte des situations de vulnérabilité, des motivations des sportifs ainsi que de leur niveau de littératie antidopage (Filleul et coll., 2024crenvoi vers). Par ailleurs, Backhouse (2015) a rapporté un déclin de l’accent mis sur la lutte contre le dopage au profit d’une promotion plus marquée du sport propre. Cette transition se reflète dans l’évolution du discours antidopage, où le terme propre devient de plus en plus saillant dans les programmes éducatifs dispensés par les organisations nationales antidopage. Le sport propre peut être défini comme une pratique sportive exempte de dopage ou exempte de drogues et d’autres formes d’améliorations artificielles (Dimeo et Møller, 2018renvoi vers). Dans cette perspective, un athlète propre renvoie à un athlète qui n’enfreint intentionnellement aucune règle antidopage pendant l’entraînement ou la compétition (Englar-Carlson et coll., 2016renvoi vers). La non-intentionnalité du dopage constitue alors un problème complexe dans le sport de haut niveau. Bien que les athlètes puissent ne pas avoir l’intention de se doper, la responsabilité stricte les rend responsables de toute substance retrouvée dans leur corps. Cela souligne l’importance de la vigilance et des bonnes pratiques pour éviter de compromettre une carrière à cause d’un dopage involontaire.
Toutefois, malgré l’accroissement du nombre de publications relatives aux programmes de prévention, il n’en demeure pas moins que les efforts de prévention devraient être renforcés : i) en s’ancrant de manière plus marquée sur les données probantes issues de la littérature scientifique (incluant la littérature détaillée dans ce chapitre sur les déterminants psychosociaux et l’impact de l’entourage) ; ii) en incluant l’entourage des sportifs puisque les entraîneurs, le personnel médical et les parents sont des agents importants dans l’éducation et les interventions antidopage (Mazanov et coll., 2014renvoi vers ; Dodge et Clarke, 2015renvoi vers ; Morente-Sanchez et Zabala, 2015renvoi vers ; Tsorbatzoudis et coll., 2015renvoi vers) ; et iii) en évaluant leur efficacité afin d’optimiser les programmes de prévention (Filleul et coll., 2024crenvoi vers).
Dans cette perspective, la littérature existante en psychologie sociale appliquée au sport suggère qu’un programme de prévention soit basé sur la valorisation des comportements sains plutôt que sur la répression et la punition des comportements déviants (McNulty et Fincham, 2012renvoi vers ; Magyar-Moe et coll., 2015renvoi vers ; Englar-Carlson et coll., 2016renvoi vers), ainsi que sur le développement des valeurs morales et éthiques (Melzer et coll., 2010renvoi vers). En d’autres termes, si les contrôles antidopage constituent l’axe répressif de la prévention du dopage, les programmes de prévention gagneraient à utiliser comme leviers principaux les facteurs protecteurs et la promotion de la santé.

Addendum : Variables du dopage et mesures

Le dopage est un comportement prohibé et socialement inacceptable, dont la mesure directe est par conséquent compliquée, étant donné les contraintes et difficultés inhérentes à la mise en œuvre de tests de dépistage du dopage. Ainsi, dans la littérature scientifique en psychologie sociale, le comportement de dopage n’est pas mesuré directement. Les chercheurs qui se sont penchés sur la mesure des variables du dopage utilisent les mêmes dimensions que celles mobilisées pour les autres comportements de transgression : i) le comportement de dopage auto-rapporté ; ii) l’intention de dopage et le jugement d’acceptabilité du dopage ; et iii) les attitudes à l’égard du dopage. Il est également important de noter que les mesures utilisées pour évaluer le rôle de l’entourage s’appuient très largement sur les mêmes mesures que celles développées pour examiner les déterminants psychosociaux individuels du dopage. En d’autres termes, les mêmes questionnaires sont utilisés mais auprès des autrui significatifs (entraîneurs, parents…). De manière générale, la mesure des comportements auto-rapportés, des intentions de dopage, de l’acceptabilité du dopage et des attitudes envers le dopage a pour objectif d’identifier et/ou de mieux comprendre les comportements potentiels des sportifs envers le dopage. Les outils utilisés sont dans la très grande majorité des études des questionnaires auto-rapportés ou des scénarios hypothétiques avec des questions sous-jacentes.

Comportement de dopage auto-rapporté

Étant donné que la mesure directe du dopage au travers de la réalisation de tests de dépistage est peu pratique dans les contextes de recherche, certains auteurs ont tenté de mesurer le comportement de dopage de manière auto-rapportée. Cette approche n’est au final que relativement rarement utilisée par les chercheurs puisqu’elle se heurte bien évidemment à la difficulté pour les participants de s’exprimer sur l’adoption d’un comportement répréhensible et socialement inacceptable. Ainsi, quand bien même l’anonymat et la confidentialité des réponses sont systématiquement mentionnés et mis en œuvre dans les procédures employées dans les protocoles de recherche, il est aisé de comprendre que devant les enjeux et les conséquences importantes (sportifs, financiers, sociaux) de la mise à jour d’un comportement de dopage, les sportifs puissent ne pas nécessairement répondre honnêtement à des questionnaires auto-rapportés de comportement de dopage (Hauw, 2016renvoi vers).

Mesures

En s’ancrant dans le cadre théorique de la TCP (Ajzen, 1991renvoi vers), Lucidi et ses collaborateurs (Lucidi, 2004renvoi vers et 2008renvoi vers) ont proposé de mesurer les comportements de dopage auto-rapportés en présentant aux sportifs deux listes dont une comprenant des suppléments (acides aminés, carnitine, créatine) et l’autre des produits dopants (testostérone, hormone de croissance, érythropoïétine, stéroïdes anabolisants, stimulants). Un format de réponse oui-non est utilisé en réponse à la question de l’utilisation de ces substances dans les 3 derniers mois. Le score final retenu pour le comportement de dopage inclue uniquement les réponses aux produits dopants. Une limite de cette mesure réside dans le fait que des sportifs peuvent consommer des produits en connaissant exclusivement leurs noms commerciaux, en ignorant complètement la composition de ces produits.

L’intention de dopage et le jugement d’acceptabilité du dopage

L’intention de dopage peut être conceptualisée comme une intention (c’est-à-dire l’individu prévoit la façon de se comporter) de transgresser des contenus moraux. Selon la TCP (Ajzen, 1991renvoi vers), l’intention joue un rôle central et est un processus intermédiaire entre l’attitude et le comportement, ou entre le jugement et les comportements de transgression (Kavussanu, 2019renvoi vers). Dans la littérature sportive en psychologie sociale, les études montrent que les intentions de dopage sont prédites de manière significative par les attitudes envers le dopage (Lazuras et coll., 2010renvoi vers ; Chan et coll., 2015arenvoi vers et brenvoi vers ; Ring et Kavussanu, 2017renvoi vers). Certains auteurs parlent de probabilité ou susceptibilité de se doper, ce qui renvoie également à l’intention de dopage (par exemple Blank et coll., 2016renvoi vers ; Boardley et coll., 2017renvoi vers ; Boardley et coll., 2019renvoi vers ; Scoffier-Mériaux et coll., 2020renvoi vers). Le jugement d’acceptabilité est un jugement prescriptif fait à propos de l’acceptabilité ou non d’un acte précis (Shields et Bredemeier, 2001renvoi vers). Le sujet se réfère à la fois à ses valeurs, à ses attitudes et/ou à ses croyances afin de se prononcer sur la légitimité ou l’acceptabilité d’un comportement. La mesure du jugement d’acceptabilité du dopage est souvent évaluée en parallèle de l’intention de dopage.

Mesures

Une pluralité de questionnaires/d’outils de mesure a été utilisée dans la littérature pour évaluer les intentions de dopage sans avoir nécessairement fait l’objet d’une procédure de validation stricto sensu (Lazuras et coll., 2010renvoi vers ; Zelli et coll., 2010renvoi vers ; Barkoukis et coll., 2013renvoi vers ; Kavussanu et coll., 2016renvoi vers ; Ring et Kavussanu, 2017renvoi vers). Ces questionnaires peuvent renvoyer à l’estimation dans un futur plus ou moins proche de la volonté du sujet d’adopter un comportement particulier à l’égard du dopage (Lazuras et coll., 2010renvoi vers ; Barkoukis et coll., 2013renvoi vers). Barkoukis et ses collègues (2013)renvoi vers ont proposé un questionnaire en 3 items au travers d’une échelle Likert en 7 points permettant de calculer un score unidimensionnel de l’intention de dopage. Par exemple, l’item suivant appartient à ce questionnaire : « J’ai l’intention d’utiliser des substances interdites pour améliorer mes performances au cours de cette saison ». De la même manière, Lucidi et ses collègues ont mesuré l’intention de dopage dans le cadre des variables de la TCP au travers des deux items suivants : « Dans quelle mesure avez-vous l’intention de consommer des substances illicites dans le but d’améliorer vos performances sportives ou votre apparence physique au cours des trois prochains mois ? », et « Quelle est la probabilité que vous utilisiez des substances illicites pour améliorer vos performances sportives ou votre apparence physique au cours des trois prochains mois ? » (Lucidi et coll., 2008renvoi vers).
Par ailleurs, des scénarios hypothétiques avec l’utilisation de la première ou de la troisième personne ont également été utilisés pour mesurer l’intention de dopage et présentent un double intérêt dans le sens où : i) ils permettent une mise en situation et la prise en compte de facteurs contextuels ; et ii) ils représentent une sécurité pour la personne interrogée sur le plan de la désirabilité sociale dans la mesure où ce n’est pas nécessairement leur personne qui est mise en jeu en tant que telle dans les scénarios (Gueroui, 2016renvoi vers). De manière générale, les études basées sur les scénarios hypothétiques évaluent comment les participants réagiraient en fonction de situations données. Pour mesurer l’intention de dopage, les études ont développé des scénarios (Zelli et coll., 2010renvoi vers ; Kavussanu et coll., 2016renvoi vers ; Ring et Kavussanu, 2017renvoi vers) basés sur les éléments utilisés pour mesurer l’intention de dopage dans des recherches antérieures (Lazuras et coll., 2010renvoi vers ; Barkoukis et coll., 2013renvoi vers). Ainsi, il est demandé aux participants d’imaginer être le protagoniste de situations dans lesquelles quelqu’un d’autre leur proposait ou leur conseillait d’utiliser des substances améliorant les performances dans des contextes écologiquement valides, comme dans une installation sportive ou au sein d’une équipe sportive. Les participants sont alors invités à répondre à la question suivante : « Si vous étiez dans cette situation, feriez-vous ce qui vous a été suggéré ? Auriez-vous l’intention de… ? » (Zelli et coll., 2010renvoi vers ; Kavussanu et coll., 2016renvoi vers ; Ring et Kavussanu, 2017renvoi vers).
La mesure de l’acceptabilité du dopage s’appuie sur les mêmes scénarios que ceux développés pour mesurer l’intention de dopage (Zelli et coll., 2010renvoi vers ; Kavussanu et coll., 2016renvoi vers ; Ring et Kavussanu, 2017renvoi vers). Il est alors demandé aux participants de préciser leur degré d’accord avec le protagoniste au sujet des comportements de dopage mentionnés dans les scénarios au moyen d’une échelle Likert (allant de pas du tout d’accord à tout à fait d’accord) en répondant à la question suivante : « Pensez-vous qu’il est acceptable de se comporter comme… [le personnage mentionné dans la vignette] ? » (d’Arripe-Longueville et coll., 2010renvoi vers). Le jugement d’acceptabilité du dopage peut permettre d’introduire une distance pour le sportif par rapport à la mesure de l’intention du dopage dans le sens où ce n’est pas lui qui est en jeu dans la mesure de l’acceptabilité du dopage (contrairement à la mesure de l’intention de dopage où il lui est demandé de se positionner sur ces propres intentions).

Les attitudes (explicites) envers le dopage

Les attitudes se définissent comme le degré d’évaluation favorable ou défavorable à l’égard d’un comportement identifié (Ajzen, 1991renvoi vers). Elles renvoient donc aux jugements évaluatifs positifs ou négatifs d’un sujet à propos d’un comportement résultant de processus conscients et de pensées délibérées. Les attitudes explicites envers le dopage sont mesurées au travers d’une tâche évaluative qui estime le comportement de dopage, intégrant les postulats que : i) les attitudes importantes restent dans la mémoire des individus ; et ii) les attitudes explicites peuvent avoir des causes affectives, cognitives et comportementales en même temps qu’elles peuvent à leur tour entraîner des changements affectifs, cognitifs et comportementaux (Olson et Zanna, 1993renvoi vers). La littérature apporte de solides preuves empiriques que les attitudes envers le dopage prédisent de manière significative les intentions de dopage (Ntoumanis et coll., 2014renvoi vers ; Blank et coll., 2016renvoi vers ; Ntoumanis et coll., 2024renvoi vers).
Dans la littérature scientifique, les attitudes envers le dopage ont été mesurées par une évaluation directe et explicite (questionnaire auto-rapporté) ou par une évaluation indirecte qui se décompose elle-même en deux méthodes : i) l’une explicite (auto-rapportée) et l’autre implicite (basée sur la mesure de temps de réaction ; voir pour plus de précisions la sous-partie suivante relative aux mesures des attitudes implicites). L’évaluation directe explicite consiste à demander aux participants de fournir et de communiquer leur jugement direct sur le dopage. Autrement dit, cela revient à leur demander si le dopage est bon ou mauvais, ou encore bénéfique ou préjudiciable, par exemple. Ce n’est au final pas la mesure la plus utilisée, les chercheurs préférant utiliser une évaluation indirecte dans la plupart des études. L’évaluation indirecte explicite s’appuie sur un ensemble de déclarations mesurant l’attitude d’une personne en fonction de son accord ou de son désaccord avec ces déclarations (évaluation auto-rapportée) (Petróczi, 2002renvoi vers ; Petróczi et Aidman, 2009renvoi vers). En d’autres termes, l’évaluation indirecte explicite repose sur le fait que les répondants ne sont pas tenus d’évaluer l’attitude en elle-même mais plutôt le degré de leur évaluation (plus ou moins fortement positive ou négative) qui est déduit de leur accord ou de leur désaccord avec des éléments en lien avec l’attitude (Petróczi et Aidman, 2009renvoi vers).

Mesures

Quelques questionnaires auto-rapportés ont été utilisés sans avoir fait l’objet d’une procédure de validation stricto sensu (par exemple, Anshel et Russell, 1997renvoi vers ; Tricker et Connolly, 1997renvoi vers). Le « Performance Enhancement Attitude Scale » (PEAS ; Petróczi, 2002renvoi vers ; Petróczi et Aidman, 2009renvoi vers) fait office de précurseur et reste encore aujourd’hui le questionnaire de référence le plus utilisé pour mesurer les attitudes explicites envers le dopage. Validé en plusieurs langues (voir Hauw et coll., 2016renvoi vers, pour la version française), il évalue de manière indirecte l’attitude explicite envers le dopage et permet de proposer un score unidimensionnel à celle-ci au travers de 17 items sur une échelle Likert allant de 1 à 7. Pour exemple, les items suivants sont empruntés à la version française du PEAS (Hauw et coll., 2016renvoi vers) : « Le dopage n’est pas de la triche puisque tout le monde le fait » ; « Le dopage est une part incontournable du sport de compétition » ; « Les problèmes de santé liés à un entraînement rigoureux et aux blessures sont tout aussi néfastes que les effets négatifs du dopage » ; « Le dopage est nécessaire pour être compétitif ». Il s’agit donc bien d’une mesure indirecte auto-rapportée des attitudes explicites envers le dopage puisque ce sont les attitudes des personnes envers l’utilisation de substances ou de méthodes pour améliorer la performance qui sont évaluées. Par ailleurs, Lucidi et coll. (2008)renvoi vers, en s’appuyant sur le cadre théorique de la TCP (Ajzen, 1991renvoi vers) dans le contexte du dopage, ont proposé une mesure des attitudes explicites envers le dopage au travers de 6 items. Plus précisément, il est demandé aux participants au travers d’une échelle Likert si le fait de consommer des substances illicites dans le but d’améliorer les performances sportives ou l’apparence physique « est utile pour moi », « présente des risques pour moi », ou « est bénéfique pour moi ».
Comme nous l’avons vu, les mesures auto-rapportées sont largement utilisées pour mesurer l’attitude, l’intention et/ou le comportement de dopage dans la littérature scientifique. Pour autant, ces mesures ont fait l’objet de vives critiques, notamment en ce qui concerne les biais de réactivation en mémoire (Gmel et Daeppen, 2007renvoi vers) ou de désirabilité sociale (Davis et coll., 2010renvoi vers ; Gucciardi et coll., 2010renvoi vers). La désirabilité sociale se manifeste lorsque l’individu a tendance à répondre de manière à créer une perception favorable de lui-même auprès d’autrui. Les participants peuvent nier ou atténuer leurs réponses à propos d’éléments indésirables ou au contraire exagérer leurs réponses relatives à des attributs ou comportements qui seraient perçus comme désirables. Les chercheurs en sciences humaines et sociales considèrent le biais de désirabilité sociale comme une source importante d’erreurs, affectant la validité et la fiabilité des scores obtenus au travers de questionnaires auto-rapportés (Arthur et coll., 2021renvoi vers). Ce risque est d’autant plus prégnant dans les études traitant de sujets sensibles comme celui de la consommation de substances dopantes (Vergés, 2022renvoi vers). De fait, l’une des pistes consisterait en la mesure systématique (et fiable) et le contrôle de la désirabilité sociale, combinés à des protocoles adéquats pour la minimiser telle que l’amélioration des techniques d’anonymisation (Caputo, 2021renvoi vers ; Schell et coll., 2021renvoi vers), et/ou l’utilisation de mesures implicites (voir pour plus de précisions la sous-partie suivante relative aux mesures des attitudes implicites).

Les attitudes implicites envers le dopage

La littérature disponible en psychologie sociale sur les stéréotypes et préjugés envers les groupes sociaux montre que les attitudes mesurées implicitement ont une valeur prédictive plus élevée que les attitudes explicites (mesurées elles-mêmes directement ou indirectement) (Hofmann et coll., 2005arenvoi vers et brenvoi vers ; Greenwald et coll., 2009renvoi vers). C’est pourquoi au cours des dernières décennies, l’intérêt pour ces mesures implicites s’est largement accru en psychologie sociale (Kurdi et coll., 2019renvoi vers ; voir pour une revue Perugini et coll., 2010renvoi vers). Les tests d’associations implicites (IAT : Implicit Assciation Test) se sont alors progressivement imposés comme les outils de mesures majeurs des attitudes implicites dans la recherche en psychologie (Krosnick et coll., 2005renvoi vers ; Nosek, 2007renvoi vers). Les IAT ont été utilisés dans plusieurs domaines tels que les préjugés raciaux, le marketing, les comportements d’addiction, la politique ou l’activité physique (Bardin et coll., 2014renvoi vers ; Chevance et coll., 2019renvoi vers). Ils offrent donc une modalité précieuse sur des sujets sensibles tels que le dopage où le biais de désirabilité sociale représente une difficulté (Petróczi, 2021renvoi vers), comme cela a été précédemment explicité sur la limite de l’utilisation des questionnaires auto-rapportés. Il est intéressant de noter que des études sur la phénoménologie des mesures et attitudes implicites indiquent que le caractère implicite d’une mesure ne signifie pas nécessairement qu’elle soit pour autant automatique ou qu’elle échappe totalement à la conscience de l’individu (Fazio et Olson, 2003renvoi vers ; De Houwer et Moors, 2007renvoi vers).

Mesures

Des chercheurs ont développé des outils pour mesurer les attitudes implicites des sportifs à l’égard du dopage (Petróczi et coll., 2008renvoi vers ; Brand et coll., 2014renvoi vers ; Chan et coll., 2017renvoi vers). L’IAT de Chan et coll. (2017)renvoi vers est un outil en papier-crayon valide, fiable mais aussi pratique, plus facilement utilisable que les tests développés sur internet, et peu coûteux pour mesurer les attitudes implicites à l’égard du dopage. Une version de ce test, l’IAT-Dop, est également disponible et validée sur des populations de sportifs francophones (Filleul et coll., 2023renvoi vers).

Autres variables liées au dopage

Si les attitudes envers le dopage et l’intention de dopage (ou le jugement d’acceptabilité du dopage) sont mesurées quasiment systématiquement dans la littérature scientifique, en psychologie sociale, d’autres variables sont mesurées de manière moins systématique dépendant du ou des cadres théoriques mobilisés par les chercheurs pour conduire leur étude. Pour illustrer, les études qui se sont appuyées sur la théorie de la pensée morale et de l’action (Bandura, 1991renvoi vers ; Bandura et coll., 2001renvoi vers et 2003renvoi vers) ont largement évalué les concepts de désengagement moral et d’efficacité autorégulatrice (notamment des affects et de la pression sociale). Le désengagement moral renvoie aux processus qu’un individu utilise pour pouvoir justifier moralement le bien-fondé de ses actes transgressifs (comme le comportement de dopage) (Bandura, 1990renvoi vers). Il se rapporte donc à un mécanisme autorégulateur qui consiste en une restructuration cognitive de l’activité vécue par laquelle les sportifs deviennent capables de violer leurs standards personnels, sans s’attribuer de sanctions par le biais de différentes manœuvres psychologiques qui correspondent aux mécanismes de désengagement moral (par exemple, attribution de blâme ; diffusion de responsabilité) (Bandura, 1999renvoi vers). Le questionnaire de mesure du désengagement moral des athlètes envers le dopage (Doping Moral Disengagement Scale, DMDS ; Boardley et coll., 2018renvoi vers) a ainsi été largement utilisé depuis sa création pour mesurer ce construit psychologique. Il comporte 18 items évaluant 6 sous-dimensions du désengagement moral au moyen d’une échelle Likert en 7 points : justification morale, étiquetage euphémique, comparaison avantageuse, déplacement de responsabilité, diffusion des responsabilités, et distorsion des conséquences. Des questionnaires plus courts sont également disponibles (par exemple, la version courte du DMDS en 6 items ; Boardley et coll., 2018renvoi vers) et notamment dans la littérature francophone, le questionnaire court mesurant le désengagement moral en sport (ECDMS ; Corrion et coll., 2010renvoi vers).
Dans le cadre théorique de la pensée morale et de l’action (Bandura, 2003), les capacités du sportif à autoréguler ses conduites sont supposées lui permettre de changer et d’améliorer son comportement moral. En d’autres termes, plus un individu parvient à autoréguler ses conduites, plus il adhère à ses propres standards moraux (c’est-à-dire plus il s’applique des auto-sanctions morales) et plus il résiste aux pressions sociales pouvant le conduire à adopter des comportements de transgression (Bandura et coll., 2001renvoi vers), comme le dopage. C’est en cela que l’efficacité autorégulatrice est un concept central de la théorie de la pensée morale et de l’action (Bandura, 1999renvoi vers). L’efficacité autorégulatrice de la pression sociale désigne la croyance dans ses possibilités d’éviter ou de résister aux incitations sociales vers une conduite transgressive (Bandura et coll., 1996). Ce construit est important dans le contexte du dopage au regard du rôle primordial joué par l’entourage sur les déterminants psychosociaux du dopage, notamment au travers de l’influence négative que les pairs, entraîneurs ou parents peuvent représenter (Backhouse et McKenna, 2012renvoi vers ; Backhouse et coll., 2016renvoi vers ; Nicholls et coll., 2017renvoi vers ; Barnes et coll., 2022renvoi vers). L’efficacité autorégulatrice des affects désigne quant à elle la capacité des individus à réguler aussi bien leurs affects positifs (affection envers les autres, enthousiasme, joie, satisfaction) que négatifs (colère, rejet, peur) (Bandura et coll., 2003renvoi vers) et s’affirme comme un facteur de protection du désengagement moral et des conduites de transgression chez les adolescents (Bandura et coll., 2003renvoi vers). Des questionnaires psychométriques validés initialement en Anglais puis dans plusieurs langues étrangères (incluant le Français) ont été développés pour mesurer l’efficacité autorégulatrice de la pression sociale et des affects. Nous pouvons par exemple citer le Self-Regulatory Scale (Bandura et coll., 1996) pour mesurer l’efficacité autorégulatrice de la pression sociale qui a été adapté au contexte sportif en langue française (Corrion et coll., 2013renvoi vers ; par exemple, « Te sens-tu capable de résister à la pression des autres qui t’incitent à tricher dans ton sport ? » avec une échelle Likert en 6 points de (1) « Pas du tout capable » à (6) « Tout à fait capable »). Le Social Skills Rating System (SSRS ; Gresham et Elliot, 1990renvoi vers ; validé en Français par Corrion et coll., 2016renvoi vers) a largement été utilisé pour mesurer l’efficacité autorégulatrice des affects au travers de 20 items (par exemple « Te sens-tu capable de surmonter ta colère ? ») renseignés par les participants sur une échelle Likert allant de (1) « Pas du tout capable » à (6) « Tout à fait capable ». Plus récemment, Boardley et coll. (2018)renvoi vers ont développé une version courte adaptée au contexte du dopage permettant d’évaluer l’efficacité autorégulatrice spécifiquement pour le dopage nommée Doping Self-Regulatory Efficacy Scale (DSRES). Le DSRES se compose de 6 items et utilise une échelle Likert en 5 points (Boardley et coll., 2018renvoi vers).
Parce qu’il a été avancé dans la littérature scientifique que l’utilisation de compléments alimentaires par les sportifs pourrait conduire ou favoriser l’utilisation de substances interdites (théorie de la passerelle, Backhouse et coll., 2013renvoi vers ; Mallick et coll., 2023renvoi vers), une équipe de recherche a développé un questionnaire mesurant les croyances des athlètes à l’égard des suppléments et apporté les preuves de sa validité structurelle auprès d’échantillons avoisinant au total les 600 participants (Hurst et coll., 2019renvoi vers). Le questionnaire de croyances sur les compléments alimentaires sportifs (Sports Supplements Beliefs Scale, SSBS) se compose de 6 items (par exemple, « Les compléments alimentaires améliorent mes performances » ; « Les compléments alimentaires sont nécessaires pour que je sois compétitif ») sur une échelle Likert en 6 points permettant d’obtenir un score unidimensionnel des croyances relatives aux compléments alimentaires sportifs. L’usage de ce questionnaire pourrait aider les personnels d’encadrement des sportifs (entraîneurs, préparateurs mentaux, préparateurs physiques, psychologues du sport) à identifier les athlètes à risque de dopage pour pouvoir implémenter des interventions auprès de ces publics vulnérables (Hurst et coll., 2017renvoi vers).
Enfin, il est à noter que certains auteurs se sont attelés à développer des batteries de questionnaires permettant d’évaluer une variété de construits relatifs au dopage s’enracinant dans un modèle théorique donné ou sur des facteurs identifiés dans la littérature scientifique au moyen d’un nombre relativement limité d’items (la plupart du temps entre 1 et 4 items pour chaque dimension mesurée, même si certaines des sous-échelles utilisées comptent jusqu’à 6 items) pour mettre à disposition un outil de mesure relativement complet et utilisable sur le terrain puisque répondant à la contrainte d’un temps de passation raisonnable (Lucidi et coll., 2008renvoi vers ; AMA, 2015renvoi vers ; Nicholls et coll., 2019renvoi vers). Plus précisément, Lucidi et coll. (2008)renvoi vers ont fourni une adaptation des mesures des construits de la TCP (Ajzen, 1991renvoi vers) au domaine du dopage incluant : i) les attitudes (explicites) envers le dopage (6 items) ; ii) les normes subjectives (2 items) ; iii) le contrôle comportemental perçu (2 items) ; iv) les intentions comportementales de dopage (2 items) ; et v) les comportements de dopage (5 items). De la même manière, l’Agence mondiale antidopage (AMA, 2015renvoi vers) a développé une batterie de questionnaires permettant d’évaluer différents construits et facteurs identifiés dans la littérature scientifique (incluant notamment les variables issues du modèle du contrôle pour la consommation de produits en sport ; Donovan et coll., 2002renvoi vers) : i) la moralité incluant le désengagement moral (4 items) ; ii) la légitimité renvoyant à la justice distributive (3 items) ; iii) les évaluations cognitives de bénéfice (perception des conséquences positives du dopage ; 4 items) et de menace (menaces reliées à l’application de la loi et aux dangers pour la santé ; 4 items) ; iv) les traits de personnalité de l’auto-efficacité à ne pas recourir au dopage (1 item) et de l’orientation des buts (1 item) ; v) les normes subjectives du groupe de référence (3 items) ; vi) la disponibilité et l’accès aux produits dopants ainsi que les efforts des autorités compétentes pour faire respecter la loi (5 items) ; vii) l’accessibilité financière des produits dopants (1 item) ; viii) les croyances relatives au dopage et au groupe de pairs (4 items) ; ix) l’utilisation de suppléments nutritionnels et autres technologies (2 items) ; x) l’utilisation de substances dopantes durant les 12 derniers mois (2 items) ; xi) les caractéristiques démographiques et sportives (discipline sportive pratiquée, niveau de compétition, argent gagné par la pratique du sport, âge, genre ; 5 items) ; et xii) la susceptibilité, les attitudes (explicites) et l’intention de dopage (5 items). Toutefois, les qualités psychométriques des scores issus de cette batterie de questionnaires n’ont pas fait l’objet d’une évaluation psychométrique en tant que telle. Plus récemment, Nicholls et coll. (2019)renvoi vers ont développé et testé les qualités psychométriques de l’Adolescent Sport Drug Inventory (ASDI) auprès d’un échantillon de plus de 1 000 adolescents provenant de 4 continents (Asie, Europe, Amérique, Océanie). Ce questionnaire vise à mesurer une large variété de déterminants psychosociaux du dopage en s’appuyant sur la littérature existante. La version finale du questionnaire se compose de 9 dimensions (qui se recoupent pour bon nombre d’entre elles avec celles proposées par le questionnaire de l’Agence mondiale antidopage [AMA, 2015renvoi vers] précédemment mentionné) : i) l’attitude explicite envers le dopage (4 items) ; ii) les évaluations cognitives de la menace (4 items) et iii) des bénéfices (5 items) ; iv) l’estime de soi (5 items) ; v) la tricherie (5 items) ; vi) la légitimité (5 items) ; vii) l’opinion du groupe de référence (5 items) ; viii) le stress ressenti en contexte sportif (5 items) ; et ix) la susceptibilité au dopage (5 items) (Nicholls et coll., 2019renvoi vers). Ce questionnaire semble prometteur parce qu’il propose un outil fiable et valide à même d’évaluer des antécédents individuels et sociaux des comportements de dopage pouvant aider à identifier des sportifs adolescents à risque de comportement de dopage pour qui une intervention de prévention pourrait être particulièrement profitable (Nicholls et coll., 2019renvoi vers).
Pour résumer, nous avons pu voir que les mesures du dopage dans le champ de la psychologie sociale sont variées (attitudes, intention, susceptibilité, comportement auto-rapporté), dépendent du cadre théorique adopté (désengagement moral, efficacité autorégulatrice) et s’appuient largement sur des mesures auto-rapportées qui ne sont pas exemptes de biais (par exemple, celui de désirabilité sociale). Par ailleurs, la littérature relative au rôle des processus implicites dans le dopage sportif demeure récente mais prometteuse. Il semble ainsi nécessaire de mesurer, dans les études futures, à la fois les attitudes implicites et explicites envers le dopage pour prédire le comportement de dopage (Petróczi, 2021renvoi vers). La littérature s’accorde également à reconnaître que la combinaison de méthodes de mesure directe et indirecte augmente la validité des réponses et minimise le biais de réponse et la désirabilité sociale (Tsorbatzoudis et coll., 2015renvoi vers ; Lucidi et coll., 2016renvoi vers ; Elbe et Barkoukis, 2017renvoi vers). Toutefois, il importe de faire preuve de prudence en soulignant toutes les précautions à prendre concernant les mesures du dopage, de leur mise en œuvre à l’interprétation des données obtenues.

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