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Communications

L’Amérique latine
et la question des drogues

Christophe Ventura1 ,
Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)
La violence et la criminalité organisées – notamment celles liées au trafic de drogues – prolifèrent en Amérique latine. Le trafic se déploie dans un périmètre incluant désormais, avec la diversification de la consommation internationale et son augmentation dans la région, le Mexique, les pays d’Amérique centrale et de la Caraïbe – le « Triangle Nord » (Salvador, Guatemala et Honduras) –, l’Argentine, la Colombie, l’Équateur, la Bolivie, le Pérou, le Brésil et le Venezuela.
L’Amérique du Sud (Bolivie, Colombie, Pérou) est l’unique producteur et fournisseur mondial de cocaïne (marché estimé à 23,5 millions de consommateurs réguliers2 ). Le Mexique, le Guatemala et la Colombie produisent également de l’héroïne. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC)3 , la consommation de cocaïne aux États-Unis et en Europe connait une recrudescence (notamment sur le Vieux Continent où la consommation a augmenté de 80 % dans les grandes villes entre 2011 et 2023) après plusieurs années de stabilisation. Elle se développe également dans de nouvelles zones, en Asie de l’Est et du Sud-Est (Chine), en Afrique, en Océanie (Australie) et en Amérique latine/Caraïbe. Dans ce contexte, sa consommation globale a atteint des niveaux historiques en 2022 (2 700 tonnes produites, trois fois plus qu’en 2013 et 2014 et 20 % de plus qu’en 2021).
La Colombie est le premier fournisseur mondial de ce marché (plus de 60 % des surfaces de culture mondiale). Celle de la Bolivie – 12,5 % de la surface de culture mondiale – a sensiblement baissé ; celle du Pérou a, elle, augmenté pour représenter environ 26,5 % de la surface de culture mondiale. Ces deux pays fournissent essentiellement le marché européen. La cocaïne est traditionnellement acheminée depuis la Colombie vers le Mexique ou l’Amérique centrale par mer puis, par voie terrestre, vers les États-Unis et le Canada. L’intensification du trafic depuis ces pays a entrainé ces dernières années une vague de violence meurtrière liée à des groupes criminels locaux et transnationaux, notamment en Équateur où les taux d’homicides ont été multipliés par cinq entre 2019 et 2022. Ce pays attire de plus en plus les activités du narcotrafic. Il s’agit des effets de la délocalisation des activités des cartels en Colombie suite aux accords de paix de 2016, de la dollarisation de l’économie du pays (qui facilite le blanchiment sur place), de la moindre présence sécuritaire, etc. La cocaïne est exportée depuis les côtes maritimes équatoriennes du Pacifique.
Depuis quelques années, les routes d’exportation latino-américaines se sont diversifiées vers l’Afrique de l’Ouest pour atteindre le marché européen via le Brésil et le Venezuela, et vers l’Afrique de l’Est et du Sud pour atteindre l’Asie de l’Est, du Sud-Est et l’Océanie. Le phénomène d’extension de la consommation des drogues (notamment de la cocaïne) suit, depuis les années 2000, celui de l’expansion de l’économie internationale et des « classes moyennes » dans de nombreux pays « émergents » dont les modes de vie et de consommation se standardisent en tendance.
Au Mexique, plus de la moitié des municipalités sont contrôlées par les cartels (qui gèrent le contrôle des routes continentales et internationales pour l’acheminement de la drogue) et les gangs (qui gèrent, eux, des territoires délimités, quartiers ou villes). Près de 80 % de l’argent des narcotrafiquants est blanchi dans l’économie légale. Ces derniers font vivre les populations délaissées par l’État dans de nombreuses régions. Malgré la militarisation de la lutte contre le narcotrafic menant à plus de 400 000 morts depuis 2006 dans le cadre de la stratégie de « guerre contre les drogues » initiée par l’ancien président Felipe Calderon, jamais remise en cause structurellement, l’influence des cartels mexicains s’est étendue et leurs activités se sont même diversifiées : piraterie, enlèvements, vols de marchandises, émigration clandestine, etc.
Cette conjoncture a donné naissance au concept de « mexicanisation » de l’Amérique latine. Les cartels mexicains – dont les activités narcotiques embrassent cocaïne, marijuana, opioïdes et opiacés, drogues de synthèse – opèrent désormais directement dans de nombreux pays de la région, jusqu’en Amérique du sud. Ces cartels confrontent chaque État aux mêmes problématiques sécuritaires et de santé publique.

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