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Communications

La cocaïne en France : tendances d’usage, enjeux et perspectives211

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Ivana Obradovic2 , Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT)
Dans un contexte d’essor de la production mondiale de cocaïne, la circulation de ce produit sur le territoire européen, en particulier en France, s’est amplifiée depuis les années 2010 comme illustré par le niveau record des quantités saisies (27,7 tonnes saisies en 2022, dont plus de 15 tonnes dans les ports, en particulier celui du Havre). En moins de deux décennies, l’Europe est devenue un pivot de l’acheminement de la cocaïne à travers le monde. Selon l’estimation de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la quantité de cocaïne produite dans le monde a doublé en l’espace d’une décennie et atteint aujourd’hui un pic de 2 500 tonnes. La production en Colombie, principal pays producteur d’où provient la majorité de la cocaïne consommée en Europe, a quadruplé en dix ans pour dépasser 1 700 tonnes en 2022. L’essor de l’offre mondiale est allé de pair avec une plus forte accessibilité du produit en Europe et en France, à mesure que le prix de détail diminue et que la disponibilité de la cocaïne progresse, renforcée par sa présence sur les réseaux sociaux et le développement des livraisons à domicile par les réseaux locaux de trafic. La décennie 2010 a été marquée par plusieurs phénomènes qui expliquent la croissance de l’offre de cocaïne en Europe : la prolifération des canaux d’approvisionnement en cocaïne, la diversification des acteurs criminels et des modes opératoires du trafic, et le développement d’installations de production de cocaïne au sein même de l’espace européen.
Cette offre en expansion a favorisé la hausse de la consommation de cocaïne et contribué à un surcroît de visibilité du produit, ainsi que de ses conséquences sanitaires. Derrière le cannabis (209 millions de consommateurs à l’échelle mondiale), la cocaïne est le produit illicite le plus consommé (près de 21,5 millions d’usagers au moins une fois dans l’année, contre 14 millions à la fin des années 1990). Au sein de l’Union européenne (UE), la diffusion de ce produit n’a cessé de progresser et concerne 3,5 millions d’usagers dans l’année. La France n’est pas épargnée par ce phénomène : elle figure désormais dans le groupe des pays les plus consommateurs au sein de l’UE. D’après les derniers chiffres disponibles, on y dénombre 600 000 usagers (dans l’année), contre 5 millions pour le cannabis et 400 000 pour la MDMA3 /ecstasy. Ce chiffre augmente depuis vingt ans parmi les adultes, en particulier au-delà de 25 ans. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), en 2023, la cocaïne reste la drogue illicite la plus consommée après le cannabis : un adulte sur dix en a déjà consommé, soit un quasi-doublement en six ans (entre 2017 et 2023), et près de 3 % des adultes en ont pris au moins une fois dans la dernière année. Dans certaines classes d’âge, comme les 25-34 ans, on compte désormais plus de 5 % d’usagers occasionnels (dans la dernière année).
L’usage de cocaïne concerne donc une gamme de plus en plus large de classes d’âge mais aussi de milieux sociaux, ce qui se traduit notamment par une diversification des modes de consommation – sous forme sniffée (cocaïne-poudre), fumée (cocaïne basée ou crack) ou injectée. En miroir de cette évolution à la hausse, les signaux sanitaires sont convergents : triplement des recours aux urgences pour un usage de cocaïne entre 2010 et 2022, montée en charge conjointe des hospitalisations et des demandes de traitement pour un usage de cocaïne.
Alors que les indices d’aggravation des conséquences sanitaires liées à l’usage de cocaïne se multiplient dans l’UE et en France, les préoccupations des pouvoirs publics à cet égard deviennent de plus en plus prégnantes.

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