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| Communications |
Approches pharmacologiques du trouble lié à l’usage de cocaïne
Laurent Karila1
,
Centre d’Enseignement, de Recherche et de Traitement des Addictions,
Hôpital Universitaire Paul Brousse (AP-HP) – Université Paris Saclay – UR PSYCOMADD Villejuif
Centre d’Enseignement, de Recherche et de Traitement des Addictions,
Hôpital Universitaire Paul Brousse (AP-HP) – Université Paris Saclay – UR PSYCOMADD Villejuif
L’addiction à la cocaïne, quelle que soit sa forme, est une pathologie
complexe et multifactorielle impliquant de nombreux systèmes
neurobiologiques dont le système glutamatergique au premier plan (Karila
et coll., 2014
).
).Le programme de soins de ce trouble doit être intégré et comprendre
différents axes dont l’objectif de consommation, la gestion du syndrome
de sevrage pouvant durer de 1 à 6 mois (Li et Shoptaw,
2023
), la
notion d’urgences somatique, psychiatrique et addictologique et la
prévention de rechute (traitements pharmacologiques, psychothérapies,
groupes d’auto-support, prise en soins des comorbidités, implication des
patients experts).
), la
notion d’urgences somatique, psychiatrique et addictologique et la
prévention de rechute (traitements pharmacologiques, psychothérapies,
groupes d’auto-support, prise en soins des comorbidités, implication des
patients experts).Trois approches pharmacologiques – pharmacocinétique, pharmacodynamique
et substitutive – peuvent être envisagées dans le traitement de cette
pathologie mais aucune n’a d’autorisation de mise sur le
marché2
en France.
L’approche pharmacocinétique correspond à l’immunothérapie avec le
développement d’un vaccin curatif anti-cocaïne chez l’humain (Kosten,
2024
),
d’anticorps monoclonaux anti-cocaïne chez l’animal (Malik et Agrewala,
2023
). Il
existe également le développement d’enzymes génétiquement modifiées
telles que la cocaïne hydrolase à libération prolongée testée chez
l’animal (Shang et coll., 2023
). Des études sont en cours pour cette
approche prometteuse.
),
d’anticorps monoclonaux anti-cocaïne chez l’animal (Malik et Agrewala,
2023
). Il
existe également le développement d’enzymes génétiquement modifiées
telles que la cocaïne hydrolase à libération prolongée testée chez
l’animal (Shang et coll., 2023
). Des études sont en cours pour cette
approche prometteuse.L’approche pharmacodynamique est celle qui est la plus utilisée en
pratique clinique avec la prescription d’agents pharmacologiques testés
dans des études (Kampman, 2019
). Cette approche implique de nombreux
éléments dans l’interactome3
: transporteurs de la dopamine, de la sérotonine, de la
noradrénaline, du glutamate, de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA). Les
tendances pharmacologiques actuelles restent les prescriptions de
N-acétyl-cystéine (Cuocina et coll.,
2024
),
topiramate, et disulfiram en seconde intention (Traccis et coll.,
2024
).
Les antagonistes des récepteurs alpha noradrénergiques (doxazozin,
biperidene) ou la galantamine (inhibiteur de l’acétylcholinestérase et
agoniste des récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine) ont été testés
(Brandt et coll., 2021
). La kétamine couplée à la thérapie
cognitive et comportementale en pleine conscience a quant à elle montré
des résultats intéressants à six mois (Dakwar et coll.,
2019
). La
progestérone chez la femme (Oliva et coll.,
2022
), les
psychédéliques (psilocybine, LSD) (Jones et Nock,
2022
),
l’association topiramate-phentermine (Rush et
coll., 2021
) et l’acide clavulanique (Maser et coll.,
2024
) sont
également des pistes testées.
). Cette approche implique de nombreux
éléments dans l’interactome3
: transporteurs de la dopamine, de la sérotonine, de la
noradrénaline, du glutamate, de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA). Les
tendances pharmacologiques actuelles restent les prescriptions de
N-acétyl-cystéine (Cuocina et coll.,
2024
),
topiramate, et disulfiram en seconde intention (Traccis et coll.,
2024
).
Les antagonistes des récepteurs alpha noradrénergiques (doxazozin,
biperidene) ou la galantamine (inhibiteur de l’acétylcholinestérase et
agoniste des récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine) ont été testés
(Brandt et coll., 2021
). La kétamine couplée à la thérapie
cognitive et comportementale en pleine conscience a quant à elle montré
des résultats intéressants à six mois (Dakwar et coll.,
2019
). La
progestérone chez la femme (Oliva et coll.,
2022
), les
psychédéliques (psilocybine, LSD) (Jones et Nock,
2022
),
l’association topiramate-phentermine (Rush et
coll., 2021
) et l’acide clavulanique (Maser et coll.,
2024
) sont
également des pistes testées.L’approche substitutive est une piste très prometteuse sur le même modèle
que ce qui est fait pour les troubles liés à l’usage des opioïdes ou du
tabac. Les amphétamines partagent des propriétés cliniques et
pharmacologiques avec la cocaïne (Tardelli et coll.,
2023
). Une
réduction de la consommation de cocaïne a été montrée avec la
d-amphétamine mais il existe un potentiel addictif (Karila et coll.,
2011
). La
lis-dextroamphétamine, 40 à 50 % aussi puissante que la
dextroamphétamine, a été testée dans des études pilotes (Tardelli et
coll., 2023
).
Il existe des résultats positifs et négatifs avec les sels
d’amphétamines à libération prolongée (LP) (Brandt et coll.,
2021
).
Optimiser une intervention comportementale avec des sels d’amphétamines
LP n’augmente pas significativement le taux d’abstinence chez les
personnes continuant à consommer de la cocaïne après un mois de thérapie
comportementale (Carpenter et coll.,
2024
). Un
encouragement à l’abstinence avec la combinaison topiramate – sels
d’amphétamines LP a été montrée (Levin et coll.,
2020
). Le
modafinil entraine une réduction de l’euphorie, du craving et a
permis un maintien de l’abstinence. Il existe une amélioration
cognitive, de l’architecture du sommeil et une action sur les circuits
cérébraux motivationnels et cognitifs (Sofuoglu et coll.,
2016
;
Kampman, 2019
).
Malgré des premiers résultats encourageants sur le plan clinique, les
résultats finaux sont cependant contradictoires (Karila et coll.,
2016
).
). Une
réduction de la consommation de cocaïne a été montrée avec la
d-amphétamine mais il existe un potentiel addictif (Karila et coll.,
2011
). La
lis-dextroamphétamine, 40 à 50 % aussi puissante que la
dextroamphétamine, a été testée dans des études pilotes (Tardelli et
coll., 2023
).
Il existe des résultats positifs et négatifs avec les sels
d’amphétamines à libération prolongée (LP) (Brandt et coll.,
2021
).
Optimiser une intervention comportementale avec des sels d’amphétamines
LP n’augmente pas significativement le taux d’abstinence chez les
personnes continuant à consommer de la cocaïne après un mois de thérapie
comportementale (Carpenter et coll.,
2024
). Un
encouragement à l’abstinence avec la combinaison topiramate – sels
d’amphétamines LP a été montrée (Levin et coll.,
2020
). Le
modafinil entraine une réduction de l’euphorie, du craving et a
permis un maintien de l’abstinence. Il existe une amélioration
cognitive, de l’architecture du sommeil et une action sur les circuits
cérébraux motivationnels et cognitifs (Sofuoglu et coll.,
2016
;
Kampman, 2019
).
Malgré des premiers résultats encourageants sur le plan clinique, les
résultats finaux sont cependant contradictoires (Karila et coll.,
2016
).Il existe une potentielle efficacité du méthylphénidate à libération
prolongée pour le traitement du trouble de l’usage de cocaïne chez les
personnes atteintes de trouble déficit de l’attention avec ou sans
hyperactivité (TDAH). Cependant, les résultats sont négatifs dans
certaines études avec ou sans TDAH comorbide (Young et coll.,
2024
).
).Sur un plan purement médical et fondé sur les « données
probantes »4
, certaines classes médicamenteuses ne doivent pas être
prescrites pour l’indication « trouble de l’usage de cocaïne » mais dans
leur indication princeps : antipsychotiques (haloperidol, risperidone,
aripiprazole, olanzapine, quetiapine) ; anticonvulsivants ; agonistes
dopaminergiques (amantadine, bromocriptine, pergolide) ;
antidépresseurs ; traitements de substitution aux opiacés (TSO) ;
naltrexone à libération prolongée injectable.
Ces approches pharmacologiques doivent être combinées à des approches
psychothérapeutiques (entretiens motivationnels, thérapie cognitive et
comportementale). Devant l’absence de preuves évidentes avec les
approches médicamenteuses, une méta-analyse de 50 études cliniques sur
différentes interventions psychosociales pour l’addiction à la cocaïne
et/ou aux amphétamines a montré que la combinaison de deux interventions
psychosociales différentes (gestion des contingences et approche de
renforcement communautaire) était potentiellement le traitement le plus
efficace et le plus acceptable à court et à long terme (De Crescenzo et
coll., 2018
).
Des études doivent être envisagées en France en particulier sur la
gestion des contingences.
).
Des études doivent être envisagées en France en particulier sur la
gestion des contingences.Références
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mindfulness-based behavioral modification to treat
cocaine dependence: a randomized clinical
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clinical replication trial with frequent
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