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| Communications |
Complications sanitaires liées à la cocaïne : focus des dispositifs d’addictovigilance
Céline Eiden,
Centre d’addictovigilance, CHU de Montpellier
Centre d’addictovigilance, CHU de Montpellier
En France, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des
produits de santé) est responsable de cinq
vigilances1
, qui ont toutes pour but d’identifier le plus tôt
possible les signaux d’alerte inattendus. Dans le cadre de la gestion du
risque de l’usage de substance psychoactive (médicamenteuse ou non),
cette vigilance se nomme l’addictovigilance.
Le réseau français d’addictovigilance
Le réseau français d’addictovigilance2
a pour objectif de surveiller toutes les substances
psychoactives à potentiel d’abus, y compris les médicaments, les
autres substances légales et illégales telles que les nouvelles
substances psychoactives (NPS) et leurs conséquences sanitaires chez
l’Homme.
Créé en 1990 autour d’un réseau de centres régionaux
d’addictovigilance couvrant l’ensemble du pays, il regroupe des
pharmacologues experts en addictovigilance. Les équipes de chaque
centre ont développé une interface avec différents partenaires
(médecins, pharmaciens, toxicologues, structures spécialisées en
addictologie…) et mis en œuvre plusieurs outils originaux de
pharmaco-surveillance (ASOS : Antalgiques Stupéfiants et Ordonnances
Sécurisées ; OSIAP : Ordonnances Suspectes, Indicateur d’Abus
Possible ; OPPIDUM : Observation des Produits Psychotropes Illicites
ou Détournés de leur Utilisation Médicamenteuse ; DRAMES : Décès en
Relation avec l’Abus de Médicaments Et de Substances ; DTA : Décès
Toxiques par Antalgiques ; Soumission chimique), complémentaires de
la notification spontanée par des professionnels de santé.
Cette approche multidimensionnelle incluant une surveillance
proactive par ces outils et également par plusieurs sources de
données hétérogènes (incluant aussi les bases hospitalières et les
bases de remboursement des médicaments) est capable de détecter
précocement des signaux et des alertes d’addictovigilance (Micallef
et coll., 2019
).
).Les complications sanitaires liées à la cocaïne
Dès 2013, trois cas marquants de vascularite liés à la prise de
cocaïne coupée avec du lévamisole3
ont été signalés lors d’un comité technique des
centres d’addictovigilance. L’ANSM a décidé d’ouvrir une enquête
officielle d’addictovigilance spécifique sur la problématique de
l’adultération de la cocaïne, notamment par le lévamisole, et de ses
complications. Cette première expertise sur le sujet de la cocaïne a
été confiée au Centre d’addictovigilance de Montpellier et un
rapport a été présenté en comité technique le 3 avril 2014. Les
conclusions de cette expertise ont montré une augmentation de la
prévalence de la consommation de cocaïne et de la présence de
lévamisole contaminant la cocaïne en France. Une information sur la
circulation de cocaïne coupée et des risques afférents a également
été produite4
. L’état des lieux de cette problématique en Europe
a été rapporté dans un article (Eiden et coll.,
2014
).
Enfin, deux publications issues de cette enquête ont décrit la
prévalence du lévamisole chez les patients dépistés positifs à la
cocaïne au CHU de Montpellier (Eiden et coll.,
2015
),
puis les effets indésirables du lévamisole en fonction des usages
par une analyse de VigiBase5
(Campillo et coll.,
2022
).
).
Enfin, deux publications issues de cette enquête ont décrit la
prévalence du lévamisole chez les patients dépistés positifs à la
cocaïne au CHU de Montpellier (Eiden et coll.,
2015
),
puis les effets indésirables du lévamisole en fonction des usages
par une analyse de VigiBase5
(Campillo et coll.,
2022
).En 2017, une expertise pharmaco-épidémiologique ciblée sur la cocaïne
et ses complications a été requise par l’ANSM à la suite d’une
augmentation de signalements au réseau des centres
d’addictovigilance. Il s’agissait en particulier de cas de
complications graves et d’hospitalisation (signes cliniques ou
psychiques importants) en lien avec la consommation de cocaïne. Une
alerte avait alors été diffusée aux professionnels de santé le
11 août 2017 sous la forme d’un Message d’Alerte Rapide Sanitaire
(MARS).
Cette première analyse des données issues des différents outils
pharmaco-épidémiologiques6
du réseau d’addictovigilance réalisée sur la
période 2010-2017 avait mis en évidence : i) une augmentation
des cas graves déclarés à la suite de complications en lien avec la
consommation de cocaïne (données NotS) ; ii) une augmentation
des consommations de cocaïne/crack (données OPPIDUM) ; iii)
une augmentation des prises en charge hospitalières en lien avec la
consommation de cocaïne (données PMSI) ; iv) une augmentation
du nombre de cas de décès à partir de 2014-2015 (données DRAMES) ;
v) une augmentation des teneurs en cocaïne et des saisies
(données SINTES/OCRTIS) (Eiden et coll.,
2021
,
2022
;
Blayac et coll., 2023
; Revol et
coll., 2023
).
,
2022
;
Blayac et coll., 2023
; Revol et
coll., 2023
).À la suite de ces observations, une note d’information nationale a
été diffusée sur le portail internet de l’ANSM afin de communiquer
sur les différents constats. De plus, un bulletin national du réseau
d’addictovigilance a été diffusé auprès des correspondants. Dans
leur ensemble, ces données ont permis d’alimenter des états des
lieux pour des groupes de travail de la Mildeca (Mission
interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites
addictives) sur le crack (Île-de-France), notamment sous la forme
d’une capsule vidéo. Un programme de détection des évènements
iatrogènes aux Urgences du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de
Montpellier (URGEIM), en 2018, a montré que la cocaïne était la
première substance psychoactive retrouvée, avec une augmentation
constatée sur la période d’étude 2014-2016 (Serre et coll.,
2018
).
).En 2020, suite à la notification de signalements marquants, une mise
à jour des données a été décidée par l’ANSM (période d’analyse de
juin 2017 à décembre 2019) consistant en l’analyse de
2 225 notifications. Ces notifications étaient en augmentation
depuis 2010 (date de début du suivi de l’enquête) avec une
multiplication par 10 des cas notifiés. Les complications décrites
étaient majoritairement classées comme sévères avec 82 % des
notifications graves nécessitant une hospitalisation. Cette gravité
des tableaux cliniques, allant jusqu’au décès, pouvait être en
partie expliquée par une disponibilité de cocaïne accrue ces
dernières années sur le territoire (reflétée par la hausse des
saisies), et par l’augmentation de la teneur en cocaïne (teneur
moyenne de 66 % en 2018). À noter que ces complications concernaient
une population de mineurs non négligeable et en légère augmentation
(2,6 % des notifications versus 2,4 % sur la période
d’analyse précédente). Ces données ont conduit à un encart dans un
rapport de l’OFDT (Observatoire français des drogues et des
tendances addictives) sur la cocaïne (OFDT, 2023 ;
p. 43)7
, et à la participation du réseau d’addictovigilance
français au groupe de travail AIPAUC (Améliorer l’information, la
prévention et l’accompagnement des usagers de cocaïne) de la
Fédération Addiction.
Pour compléter ces travaux, une étude rétrospective de cohorte sur le
sevrage de la cocaïne chez 144 patients a été réalisée dans le
service d’addictologie du CHU de Montpellier et a montré la
difficulté de la prise en charge de cette addiction (Roy et coll.,
2022
).
Récemment, l’ANSM a demandé une réactualisation des données de
l’enquête sur la cocaïne (période du 1er avril 2021 au
31 mars 2024)8
.
).
Récemment, l’ANSM a demandé une réactualisation des données de
l’enquête sur la cocaïne (période du 1er avril 2021 au
31 mars 2024)8
.Depuis une trentaine d’années, le réseau français d’addictovigilance
a développé et affiné des outils de plus en plus performants pour
relater l’impact sanitaire de l’usage de substances psychoactives
licites et illicites. Au cours de la dernière décennie, les données
de pharmaco-surveillance convergent et révèlent une augmentation des
complications sanitaires liées à l’usage de cocaïne. Cette
surveillance permet de mesurer les impacts sanitaires liés aux
accroissements de l’accessibilité et de l’usage de cocaïne. Ces
outils sont indispensables à l’ajustement des politiques publiques
pour une prise en charge optimale des problématiques actuelles et
futures en lien avec la consommation de cocaïne et de crack. La
pérennisation et la systématisation des notifications
d’addictovigilance par les professionnels de santé sont nécessaires
pour assurer une captation plus vaste des conséquences de la
consommation de crack et de cocaïne.
Références
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pregnant women in France from 2005 to 2018: Insights of
the annual cross sectional OPPIDUM
survey.
Therapies. 2023;
78:201- 11
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according to its indications and misuse: A systematic
pharmacovigilance study.
Br J Clin Pharmacol. 2022;
88:1094- 106
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related to cocaine abuse in France.
Fundam Clin Pharmacol. 2022;
36:1128- 32
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France: data from the French Addictovigilance
Network.
Fundam Clin Pharmacol. 2021;
35:455- 65
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patients tested positive for cocaine in a French
University Hospital.
Clin Toxicol (Phila). 2015;
53:604- 8
[6] Eiden C, Diot C, Mathieu O, et al. . Levamisole-adulterated cocaine: what
about in European countries?.
J Psychoactive Drugs. 2014;
46:389- 92
[7] Micallef J, Jouanjus É, Mallaret M, et al. . Détection des signaux du réseau français
d’addictovigilance : méthodes innovantes
d’investigation, illustrations et utilité pour la santé
publique.
Therapie. 2019;
74:579- 90
[8] Revol B, Willeman T, Manceau M, et al. . Trends in Fatal Poisoning Among Drug
Users in France From 2011 to 2021: An Analysis of the
DRAMES Register.
JAMA Netw Open. 2023;
6:e2331398.
[9] Roy S, Eiden C, Nogue E, et al. . Follow-up of patients hospitalized for
cocaine detoxification. Inpatient cocaine
detoxification.
Therapie. 2022;
78:745- 9
[10] Serre A, Eiden C, Gourhant V, et al. . Implication de l’addictovigilance dans un
service d’urgence pour la détection et le recueil des
cas d’abus et de dépendance : bilan de 3 ans
d’expérience.
Therapies. 2018;
73:501- 9