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| Communications |
Association Techno+
Fabrice Perez,
Volontaire – Association Techno+
Volontaire – Association Techno+
Objectifs, fonctionnement et activité de l’association
Objectifs
Techno+ est une association de santé communautaire issue du mouvement musical Tekno1
qui informe sur les risques liés aux pratiques festives et favorise l’accès aux moyens adaptés pour réduire ces risques.
À ce titre, Techno+ :
• produit et diffuse des informations et du matériel approprié (matériel propre à usage individuel, préservatifs, nourriture, bouchons d’oreilles, éthylotests…) ;
• forme des intervenants spécialisés à l’écoute, à la réassurance, à l’analyse de produits2
, au secourisme, etc. ;
• intervient dans les événements festifs Tekno en s’efforçant de créer un espace propice à l’accueil, à l’information, aux pratiques à moindre risque et au repos des participants ;
• promeut et défend les concepts de santé communautaire et de réduction des risques liés aux pratiques festives auprès des amateurs de musique, des organisateurs, des intervenants sanitaires, professionnels ou non, et des pouvoirs publics ;
• veille sur les pratiques festives à risque par un travail continu d’observation sur le terrain et d’évaluation des actions menées afin de les améliorer et d’innover.
Fonctionnement
Depuis sa restructuration en 2014, l’association se compose de trois antennes : Techno+ InDa Free (T+ IdF) basée à Paris ; Techno+ à l’Ouest (T+ ALO) basée à Nantes ; Techno+ Sud Ouest (T+ SO) basée à Bordeaux.
L’association repose sur trois piliers. Le pilier principal, Agir, est celui de la réduction des risques (RdR) liés aux pratiques festives qui regroupe les actions directes de terrain, la diffusion de matériel auprès de relais et les actions de promotion et d’expertise (médias, rencontres…). Ce pilier est en constante interaction avec deux piliers secondaires : i) le pilier Former-Évaluer, davantage tourné vers les pratiques des intervenants en RdR festive qu’ils soient internes ou externes à l’association ; ii) le pilier Observer-Innover, concentré sur les pratiques et les besoins des bénéficiaires des actions de RdR.
Activité
Au niveau national
Les trois antennes de Techno+ (Paris, Nantes et Bordeaux) signalent un maintien voire une augmentation des taux de pureté de la cocaïne, cette dernière étant désormais habituellement très forte (60, 70 voire 80 % et plus). Cette tendance n’est pas nouvelle mais elle constitue un changement majeur (pour comparaison, il y a une dizaine d’années le taux moyen de pureté de la cocaïne sur les terrains de l’association était d’environ 25 %).
Par ailleurs, les trois antennes décrivent des signaux faibles concernant une diffusion de la consommation de cocaïne basée. Pour l’antenne d’Île-de-France, c’est simplement un ressenti de plusieurs volontaires mais pour les autres antennes des données chiffrées viennent appuyer cette hypothèse (augmentation des échanges et des kits base distribués).
Cela pourrait être lié à l’augmentation des taux de pureté de la cocaïne. En effet, les changements de contenus des produits peuvent induire des changements de pratiques : il a par exemple été observé la diminution de la taille des lignes sniffées par les personnes consommant de la cocaïne afin d’adapter les prises à la puissance du produit. Pour la cocaïne base, il faut rappeler qu’il y a dix ans, baser la cocaïne revenait à en perdre quasiment la moitié. Les grammes pesant généralement 0,8 g, les consommateurs se retrouvaient au final avec moins d’un demi-gramme de crack3
après opération de basage, ce qui pouvait agir comme un frein à la diffusion de cette pratique. Frein qui aujourd’hui n’existe peut-être plus.
Au niveau de l’Île-de-France
Le trio de tête des produits illicites les plus disponibles reste inchangé : cocaïne, kétamine et MDMA4
. Il y a peu de changements au niveau des prix ; on note tout de même que la déstabilisation du marché de la cocaïne se confirme avec un éventail des prix encore plus large que l’an dernier (40 à 80 €/g !). Les taux de pureté de ce produit ont tellement augmenté ces dernières années qu’ils arrivent à des niveaux difficilement dépassables (80 % et plus). Si le processus à l’œuvre depuis une dizaine d’années persiste, la baisse de prix va devenir pour les vendeurs le seul moyen de dépasser la concurrence (ce qu’ils avaient pour l’instant réussi à préserver). Si cela arrive, il est possible que cela entraine des changements sur les pratiques de consommation du public. Certains volontaires observent ainsi une légère recrudescence de la consommation de crack sur les free parties, ce qui pourrait être directement lié à ces changements. Le nombre de kits base distribués est inférieur à celui de l’an dernier mais il reste relativement élevé. C’est un phénomène à suivre.
Au niveau des Pays de la Loire
La cocaïne est disponible sur tous les types de soirée et son usage semble toujours plus se banaliser auprès du public jeune et urbain. De nombreux échanges témoignent d’un usage privé lors d’apéritifs ou de soirées entre amis.
Les retours des consommateurs quant à l’intensité des effets de la cocaïne semblent assez élevés. Il n’y a eu aucun retour sur une cocaïne qui ne correspondrait pas aux effets attendus des consommateurs.
Au niveau de la Nouvelle-Aquitaine
La cocaïne sniffée ou basée est, en 2023, le 4e produit le plus consommé d’après les observations de terrain de l’association.
On constate aussi de nombreuses discussions avec le public, portant sur le crack, les conséquences sur la personne, son entourage, son caractère addictif, les difficultés sociales et financières qu’il peut entrainer, etc. Tous ces indices laissent penser que la consommation de cocaïne basée serait en augmentation.
Focus sur l’analyse de produits
Depuis les toutes premières années de son existence, Techno+ a jugé nécessaire de mettre en place un dispositif d’analyse de drogues, destiné à informer le consommateur sur la composition de son produit. En effet, la connaissance du contenu des produits psychoactifs illicites répond à une préoccupation fréquente des consommateurs et les aide à gérer leurs usages.
Ce dispositif permet aussi de susciter le dialogue avec les consommateurs à propos des substances disponibles sur le marché, leur connaissance de ces substances (et ainsi couper court aux légendes urbaines), mais aussi sur leurs pratiques de consommation, leur connaissance des risques encourus et enfin leur gestion de ces risques.
Par ailleurs, l’analyse de produits aide à détecter l’éventuelle présence de produits de coupe, la circulation de produits hyper dosés, ou enfin la présence d’arnaques parfois dangereuses.
Elle aide également à enrichir les connaissances des intervenants de Techno+ sur la composition des produits, les effets que ceux-ci peuvent générer, et les éventuelles conséquences qu’ils peuvent engendrer.
Cet outil permet d’entrer en contact avec un public qui ne passe pas nécessairement au stand habituellement, de réaliser des entretiens personnalisés, et aussi d’améliorer le dispositif de veille sanitaire et d’émettre des alertes adaptées et apportant une information fiable et scientifiquement validée, accessible et compréhensible par le public.
Actuellement, Techno+ propose différents types d’outils d’analyse :
• la chromatographie sur couche mince (CCM), qui peut être réalisée soit sur site pendant les interventions par l’association, ou après en partenariat avec la mission XBT de Médecins du Monde ou certains CAARUD5
équipés :
- sur site : lors d’événements importants, nous mettons en place un dispositif d’analyse sur site par CCM. Nous mettons à disposition du public un espace dans lequel sont réalisés un entretien préalable à la collecte ainsi qu’un entretien de rendu de résultat. L’analyse par CCM elle-même est réalisée dans un espace dédié : l’ensemble du processus dure environ 45 minutes, mais l’attente peut durer parfois près de deux heures, jusqu’à ce qu’un nombre suffisant d’échantillons aient été collectés. Les résultats sont délivrés une fois l’analyse effectuée, au cours même de la soirée ;
- hors site (Toxi-Tubes) : le prélèvement est réalisé après un entretien de collecte effectué par un volontaire. L’échantillon prélevé dans un Toxi-Tube est déposé ou envoyé à la mission XBT de Médecins du Monde. Une fois le résultat obtenu (délai moyen d’une semaine), la personne concernée est contactée, généralement par mail ou par téléphone ;
• la chromatographie en phase liquide à haute performance (HPLC) ou par spectrométrie de masse (SM), réalisée en laboratoire par le dispositif « Système d’identification national des toxiques et des substances » (SINTES) de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) ;
• le spectromètre infrarouge (IR) qui est un appareil couplé à un logiciel qui permet de déterminer rapidement le spectre IR d’une substance, c’est-à-dire la façon dont ses molécules réfléchissent ou non la lumière infrarouge. Lors de l’analyse d’un produit, le logiciel compare le spectre obtenu avec ceux présents dans des bases de données et donne en quelques minutes un résultat et sa probabilité. En général, cette technique permet de bien identifier (analyse qualitative) la principale molécule d’un échantillon. Elle peut aussi donner jusqu’à deux autres composants (produits de coupe) qui seraient présents en quantité significative. Au-delà, les résultats sont peu fiables. Dans certains cas, le logiciel peut aussi estimer le dosage de ces composants ; on parle alors d’analyse semi-quantitative. Cette technique est très peu utilisée en France car un spectromètre coûte cher. Cependant, c’est à ce jour la technique avancée la plus pratique pour faire des analyses lors des free parties : elle est facilement transportable, rapide et son utilisation est accessible à tous après une formation. Seules quelques associations de RdR, dont Techno+, en disposent.