ANALYSE

-

Analyse


1-

Spécificités des publics consommateurs de cocaïne

Ce chapitre vise à décrire et comprendre les profils et les contextes de consommation de cocaïne et de cocaïne basée. Il s’appuie sur un corpus de publications comprenant à la fois des articles scientifiques et des rapports nationaux ou internationaux. Les données présentées ici sont basées sur ces productions scientifiques et ne peuvent donc pas refléter la réalité complète des usages et des personnes qui consomment de la cocaïne ou de la cocaïne basée. Nous débuterons le chapitre par les usages chez les jeunes et les usages expérimentaux. Nous décrirons ensuite les usages en population générale. Une attention particulière sera portée sur la cocaïne basée et les usages chez les personnes vivant en situation de précarité. Enfin, nous développerons les usages problématiques et en milieu de soins.

Expérimentation et usage de cocaïne chez les jeunes

Données en France

Prévalence des usages

Les données françaises concernant les usages de cocaïne chez les jeunes proviennent de l’enquête ESCAPAD1 conduite durant les Journées Défense et Citoyenneté (JDC). Représentative des jeunes Français de 17 ans, cette enquête s’intéresse également à leur statut scolaire. En 2000, 0,9 % des participants à l’enquête déclaraient avoir consommé de la cocaïne au moins une fois dans leur vie. Ce pourcentage a quadruplé en 2014 pour ensuite diminuer progressivement, atteignant 2,8 % en 2017 et 1,4 % en 2022 (OFDT, 2022renvoi vers ; Spilka et coll., 2024arenvoi vers). L’enquête ESCAPAD conduite dans les Départements et régions d’outre-mer (DROM) en 2023 montre des chiffres similaires à ceux observés en France hexagonale, excepté pour La Réunion où le niveau d’expérimentation de cocaïne est plus élevé chez les garçons (3,3 %) et en Polynésie française où l’expérimentation de cocaïne est presque deux fois supérieure à celle des jeunes de 17 ans de la France hexagonale (2,6 % contre 1,4 %) (Spilka et coll., 2025renvoi vers).

Profil des jeunes usagers

Si la part des jeunes filles ayant expérimenté la cocaïne au cours de la vie était moins importante que celle des jeunes garçons en 2017 (2,4 % contre 3,1 %), cette différence tend à se réduire en 2022 (1,3 % contre 1,5 %) (Spilka et coll., 2024arenvoi vers).
L’enquête ESCAPAD de 2022 montre que cette prévalence de l’expérimentation de cocaïne varie selon le statut scolaire (Spilka et coll., 2024arenvoi vers) : si la prévalence globale est de 1,4 %, elle atteint ainsi 4,4 % chez les jeunes non scolarisés, 3,5 % chez les apprentis et 1,9 % chez les élèves en lycée professionnel. Elle est de 0,9 % chez les élèves en lycée général ou technologique.
En termes de lieu de résidence, les prévalences selon la taille des unités urbaines ne varient pas beaucoup. La prévalence la plus élevée se trouve dans les unités urbaines intermédiaires de 20 000 à 199 999 habitants où elle atteint 1,9 %. Les régions où l’expérimentation de cocaïne est la plus élevée sont les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bretagne.
Une enquête réalisée auprès des élèves du secondaire, l’enquête EnCLASS (Enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances), apporte quelques données complémentaires et permet d’identifier les niveaux scolaires où les consommations d’alcool, de tabac et de cannabis s’initient. Conduite en 2022 auprès de 9 566 élèves du secondaire, cette enquête scolaire en ligne questionne l’usage de cocaïne au lycée et montre que 2,2 % des lycéens ont déjà expérimenté la cocaïne (2,4 % des garçons et 2,1 % des filles), proportion moins importante qu’en 2018 (3,8 %) (OFDT, 2024brenvoi vers).
Un article publié en 2019 utilisant les données de l’enquête ESCAPAD conduite en 2017 permet de mieux comprendre le profil des jeunes consommant de la cocaïne dans la population des adolescents âgés de 17 ans (Bonnaire et coll., 2019). Sur un total de 15 205 adolescents, 120 participants déclaraient avoir consommé de la cocaïne au cours de leur vie (dont 52 adolescentes). Les analyses montrent une association entre la consommation de stimulants et la consommation d’autres produits comme le tabac, l’alcool et le cannabis. Concernant la cocaïne, l’association avec une consommation régulière de cannabis est présente chez les filles et les garçons. La consommation de cocaïne est associée seulement chez les filles à la consommation problématique de cannabis, à une initiation plus précoce du tabac et à un usage quotidien d’alcool (risque multiplié par 25). Cette dernière association pourrait être motivée par son effet inhibant l’ivresse et antagonisant le déficit sur les performances psychomotrices (Pennings et coll., 2002renvoi vers). Si la consommation d’ecstasy est associée à des tentatives de suicide chez les lycéens, celle de cocaïne ne l’est pas. Seules les idées suicidaires sont associées à la consommation de cocaïne, qui est par ailleurs plus fréquente chez les lycéens dont les parents ont divorcé et moins fréquente chez ceux entretenant de bonnes ou très bonnes relations avec leurs parents (Bonnaire et coll., 2019renvoi vers).

Données dans les autres pays

Prévalence des usages

À l’échelle européenne, l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (European Union Drugs Agency, EUDA) révèle une prévalence chez les 15-34 ans de 2,7 % de personnes qui déclarent avoir consommé de la cocaïne au cours des 12 derniers mois (EUDA, 2025renvoi vers).
L’étude européenne ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs) permet de situer la France en termes de niveau d’usages chez les jeunes. Conduite auprès de 96 783 élèves de 15-16 ans dans 49 pays européens en 2019 (dont 2 588 en France), cette étude (ESPAD Group, 2020renvoi vers) montre que la proportion d’élèves déclarant un accès facile à la cocaïne est de 13 %, une proportion similaire à celle enregistrée en France. Dans l’échantillon total, 1,9 % des élèves ont consommé de la cocaïne au moins une fois au cours de la vie, contre 2,7 % en France (2,5 % pour les garçons et 2,8 % pour les filles).
Une enquête nationale conduite aux États-Unis, l’étude Monitoring the Future coordonnée par le National Institute of Health (NIH) entre 1975 et 2022 auprès d’élèves du secondaire (4e, seconde et terminale) (Miech et coll., 2023), donne des chiffres sur la consommation de cocaïne chez les jeunes Américains. En 2022, parmi les élèves de 4e et de seconde, la proportion de ceux qui déclarent avoir consommé de la cocaïne au cours de la vie est de 0,8 % ; parmi les élèves de terminale, 2,4 % déclarent en avoir consommé2 au cours de la vie, 1,5 % au cours de l’année, et 0,8 % au cours du dernier mois. Si la consommation de cocaïne semble plus élevée qu’en France, les États-Unis connaissent cependant une diminution marquée de ces usages depuis les deux dernières décennies. Aussi bien en France qu’aux États-Unis, cette diminution de l’usage de cocaïne chez les jeunes s’accompagne d’une diversification des types de drogues consommées.
L’enquête nationale canadienne CSTADS (Canadian Student Tobacco, Alcohol and Drugs Survey) montre des résultats assez similaires à ceux de l’enquête du NIH, avec une prévalence de l’usage de 2,2 % au cours des 12 derniers mois chez les élèves de la 4e à la terminale en 2018-2019 (3,4 % chez les lycéens et 0,9 % chez les collégiens) (Canadian Centre on Substance Use and Addiction, 2022renvoi vers).

Profil des jeunes usagers

Si ces enquêtes nationales nous permettent d’estimer la prévalence des usages de cocaïne parmi les jeunes, d’autres publications viennent compléter ces informations en précisant les spécificités des personnes qui consomment ces produits.
Chamberlain et coll. publient les résultats d’une enquête menée auprès de 3 520 étudiants de Midwestern University (Chamberlain et coll., 2021renvoi vers), dont 3,1 % déclarent avoir consommé de la cocaïne au cours de la dernière année et 4,6 % au cours de la vie. La consommation de cocaïne est plus fréquente chez les étudiants plus âgés. Elle est également associée à des résultats universitaires inférieurs, à une polyconsommation (incluant le tabac, l’alcool et d’autres drogues illicites), à une activité sexuelle plus importante et à une initiation à la sexualité plus précoce. En termes de santé mentale, la consommation de cocaïne est associée au trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), au trouble du stress post-traumatique et à l’impulsivité, mais n’est pas associée à l’anxiété ou à la dépression.
Une étude conduite dans 7 pays auprès de 4 482 étudiants universitaires s’intéresse au lien entre consommation de drogues et conséquences négatives liées à ces consommations (McAlaney et coll., 2021renvoi vers). Après avoir pris en compte le pays, le genre, l’âge et le fait de vivre seul ou avec d’autres étudiants, les conséquences documentées sont les suivantes : avoir la « gueule de bois », être absent au cours, être à court d’argent, avoir des pertes de mémoire, de mauvais résultats aux examens, et des rapports sexuels non protégés. Vivre avec d’autres étudiants est associé au fait d’avoir moins de conséquences négatives liées à l’usage de drogues, une des limites de l’étude étant que l’échantillon d’étudiants n’est pas assez grand pour pouvoir distinguer les conséquences selon les différentes drogues consommées.
Enfin, une enquête en ligne auprès de 543 étudiants de deux universités anglaises (Foster et coll., 2023renvoi vers) a montré que 13,4 % déclaraient avoir consommé de la cocaïne au cours du dernier mois, 25,7 % au cours de le dernière année et 31,2 % au cours de la vie. Dans cet échantillon, l’âge moyen était de 20 ans et 82 % des personnes étaient des femmes. Aucun lien n’a été observé entre la consommation de cocaïne et les troubles psychiatriques.
Ces données issues de rapports et de publications scientifiques montrent que malgré une diminution de la consommation de cocaïne parmi les jeunes (allant des collégiens aux étudiants), les prévalences sont importantes surtout chez les jeunes adultes et les étudiants. Cependant, peu de données nous éclairent sur les motivations à l’initiation de l’usage, les motivations associées à différentes formes d’usage (occasionnel, régulier ou problématique) et les facteurs associés à des consommations problématiques.

Cocaïne basée

L’expérimentation et la consommation de cocaïne basée chez les jeunes (comme en population générale) font l’objet de très rares publications. Des prévalences d’usage sont fournies par des enquêtes précédemment présentées (ESCAPAD, ESPAD, Monitoring the Future).
Concernant l’expérimentation de cocaïne basée au cours de la vie, les enquêtes ESCAPAD montrent que la prévalence était de 1,1 % en 2014 puis a diminué progressivement à 0,6 % en 2017 puis à 0,4 % en 2022 (OFDT, 2022renvoi vers ; Spilka et coll., 2024arenvoi vers). Cette prévalence est plus élevée chez les apprentis et les jeunes non scolarisés, et en région Auvergne Rhône-Alpes.
L’étude européenne ESPAD menée en 2019 permet de situer la France en termes de niveau d’usages chez les jeunes, et révèle pour sa part que 1,1 % de l’ensemble de l’échantillon a consommé de la cocaïne basée au cours de la vie, contre 2,0 % en France avec 2,6 % chez les garçons et 1,5 % chez les filles (ESPAD Group, 2020renvoi vers).
Enfin, dans l’étude Monitoring the Future, 1,3 % des élèves de terminale déclarent avoir consommé de la cocaïne basée au cours de la vie en 2022 (Miech et coll., 2023renvoi vers).

Usage de cocaïne en population générale

Prévalence des usages

Dans le rapport de 2023 de l’United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), il était estimé à 22 millions le nombre d’usagers de cocaïne en 2021, soit 0,4 % de la population adulte mondiale au lieu de 0,32 % en 2004 (UNODC, 2023renvoi vers). Le rapport de 2025 estime qu’en 2023 un nouveau record de consommation a été établi avec 25 millions de consommateurs soit 0,47 % de la population adulte mondiale (UNODC, 2025renvoi vers).
En France, si la prévalence de l’usage de cocaïne a baissé au cours des dernières années chez les jeunes, elle n’a cessé d’augmenter dans la population adulte. Les données du Baromètre de Santé publique France comparées aux données EROPP3 de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) depuis les années 2000 montrent en effet une consommation de cocaïne en perpétuelle augmentation chez les adultes de 18 à 64 ans, parmi lesquels l’expérimentation est passée de 1,8 % en 2000 (OFDT, 2012renvoi vers) à 9,4 % en 2023 (Spilka et coll., 2024brenvoi vers). Concernant l’usage récent (au cours de la dernière année), il a suivi une courbe similaire, allant de 0,3 % en 2000 à 2,7 % en 2023 (contre 1,6 % en 2017) (figure 1.1). Il est intéressant de noter que ce sont les 25-34 ans qui présentent les plus fortes prévalences jusqu’en 2023 (3,4 % en 2017 et 5,4 % en 2023), avec une prévalence chez les 35-44 ans de 4,0 % en 2023 (Spilka et coll., 2024brenvoi vers). Ces données montrent que l’usage se diffuse dans différentes tranches d’âge, questionnant le rapport entre l’usage et le travail et celui de sa diffusion hors des cercles d’initiés, principalement vers des milieux sociaux plus diversifiés (Cadet-Taïrou et coll., 2020arenvoi vers). Comme le relèvent les rapports de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), l’offre est de plus en plus attractive et la demande en phase avec les valeurs d’une époque caractérisées par l’individualisme, l’hédonisme et la performance, comme le soulignait déjà Ehrenberg en 1991 (Le Breton, 1992renvoi vers).
Figure Figure 1.1 Évolution de l’usage au cours des 12 derniers mois des principales drogues illicites autres que le cannabis entre 1992 et 2023 parmi les 18-64 ans (en %) (Source : Spilka et coll., 2024brenvoi vers)
De nombreuses similitudes existent par ailleurs en comparant les données étrangères aux données françaises. Au Canada, les données nationales montrent des prévalences proches de celles retrouvées en France avec par exemple, en population de jeunes adultes (15-24 ans), une prévalence de l’usage au cours de la dernière année qui se situe autour de 5 % en 2023 (Canadian Centre on Substance Use and Addiction, 2024renvoi vers), comparable en ordre de grandeur aux 4,4 % relevés pour la tranche 15-34 ans en France la même année.

Profil des usagers en population générale

Concernant les différences selon le genre, l’écart entre les hommes et les femmes persiste. En 2017, l’usage au cours de la vie était ainsi de 5,6 % chez les 18-64 ans, mais de 8 % chez les hommes contre 3,2 % chez les femmes (Spilka et coll., 2018renvoi vers). En 2023, ce taux dans cette tranche d’âge était de 9,4 %, avec 13,4 % chez les hommes contre 5,5 % chez les femmes (Spilka et coll., 2024brenvoi vers).
Afin d’analyser les différents profils de personnes selon les moments de consommation de plusieurs produits au cours de la journée, un article décrit les phases temporelles de consommation de cocaïne, cannabis et alcool (Fitzgerald et coll., 2024renvoi vers). Les auteurs identifient aux États-Unis cinq profils selon les types de polyconsommation : les profils avec le plus de moments sans consommation concentrent l’usage de cocaïne en fin d’après-midi et semblent polyconsommer davantage alors que ceux qui consomment de la cocaïne en journée, voire le matin, auraient un profil plus addictif et moins polyconsommateur.
En écho à cet article, les résultats d’une étude expérimentale en Suisse auprès de personnes consommant de la cocaïne montrent que les personnes utilisent la cocaïne pour compenser des déficits cognitifs en contexte social, et pour des motivations cognitives (performance au travail) ou sociales (Kexel et coll., 2020renvoi vers).
Ces données sur la compréhension des motivations à l’usage ou des fonctions de la cocaïne dans certaines situations mériteraient d’être complétées par d’autres investigations afin de mieux saisir les raisons pour lesquelles les personnes consomment ces produits et ainsi pouvoir apporter des informations de réduction des risques.

Usages « ordinaires48 »

4
Si peu d’études épidémiologiques s’intéressent aux usagers cachés qui pourtant représenteraient la majorité des personnes consommatrices en population générale, un certain nombre de travaux en sciences sociales ont permis d’éclairer ces usages dits « ordinaires », dès les années 1970 en Amérique du nord (Siegel, 1984renvoi vers ; Murphy et coll., 1989renvoi vers ; Erickson et Weber, 2009renvoi vers), puis à partir des années 1990 en Europe et en Australie (Mugford et Cohen, 1988renvoi vers ; Hammersley et Ditton, 1994renvoi vers ; Mugford, 1994renvoi vers).
Dans la lignée de ces recherches, une étude sociologique conduite en France auprès de 50 personnes consommatrices de cocaïne qui n’ont jamais été en contact avec le dispositif sanitaire et social ou les institutions répressives pour leur usage de cocaïne a permis de comprendre les trajectoires d’usage de ces personnes (Reynaud-Maurupt et coll., 2011renvoi vers). Guidés par les travaux de Becker sur les carrières d’usagers (Becker, 1985renvoi vers), les auteurs analysent les récits rétrospectifs des personnes pour décrire les étapes dans la consommation et les différents profils. Les deux premières étapes, découverte et persévérance dans l’usage festif de la cocaïne, sont communes à l’ensemble des participants. S’opère ensuite une bifurcation dans les usages, certains décrivent un usage au moins pluri-hebdomadaire hors de l’environnement festif alors que les autres semblent maintenir un usage de cocaïne strictement festif, autrement dit contrôlé. La dernière étape décrite par la quasi-totalité des personnes concerne la sortie de l’usage intensif. Il existe donc des trajectoires qui malgré des épisodes de rapport compliqué à la cocaïne reviennent à un état de consommation contrôlée. Il est intéressant de noter que les deux tiers des personnes avaient expérimenté la cocaïne fumée.
La thèse de sociologie d’Aude Wyart (2016renvoi vers) apporte des éléments de compréhension des usages cachés de cocaïne dans des populations qui ne sont pas visibles dans les grandes enquêtes ou les études conduites dans des lieux spécialisés de prévention ou de soins tels que les CAARUD (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) et les CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie). Ce travail de thèse s’inscrit dans une approche méthodologique qui tente de se distinguer du « paradigme de la pathologie », faisant référence aux conséquences sanitaires et sociales de l’usage de drogue en s’appuyant sur l’approche de l’anthropologue Mary Douglas « don’t necessarily treat it as a problem » (Douglas, 2003renvoi vers). Dans cette démarche, le travail d’Aude Wyart (2016renvoi vers) tente de comprendre la place et les fonctions que ces usages de cocaïne occupent dans l’existence des usagers. Pour cela, elle a recueilli des données ethnographiques entre 2011 et 2013, à Lille et Paris, dans trois réseaux de sociabilités différents. Elle s’est intéressée aux usages de cocaïne dits « ordinaires », comme adjuvants dans des situations de détente, de socialisation et de fête, sans les considérer d’emblée au prisme du risque mais à travers la description et l’analyse d’usages récréatifs, occasionnels ou festifs. Ces données permettent de dégager deux idéaux-types : l’usager conservateur, qui condamne les usages de drogues en général, mais qui justifie les siens, qui selon lui s’en distinguent ; et l’usager réformateur, qui rejette les normes morales dominantes pour en élaborer d’autres, comme ne pas se cacher et plutôt remettre en cause les idées reçues de son entourage sur l’usage de drogues. Au-delà de ces typologies, plusieurs usagers expriment la satisfaction qu’ils tirent de leur consommation : « Un rail de bonne poudre, c’est comme un verre de bon vin » (Éric, réseau A), « Je m’offre un gramme comme je m’offrirais un bon osso-buco au resto » (Jag, réseau A). La cocaïne est présentée comme un plaisir et non pas comme une simple recherche de « défonce ». Ces résultats rejoignent l’analyse d’Aude Lalande qui raconte comment certains usagers tentent de maintenir un équilibre dans leur usage afin de garder la possibilité de ce plaisir, entre éthique de la tempérance et sélection des expériences privilégiant la qualité sur la fréquence (Lalande, 2010renvoi vers).
Plus généralement, les études épidémiologiques questionnant les fonctions des usages de drogues ou les effets recherchés par les personnes utilisatrices, et plus particulièrement de cocaïne, sont quasiment inexistantes. Seules des tentatives d’études sur les publics consommateurs insérés utilisant des méthodes « boule de neige » pour toucher ces publics difficiles d’accès (Cohen, 1992renvoi vers) ou dans des contextes très expérimentaux (Müller et Schumann, 2011renvoi vers) ont vu le jour de manière très sporadique depuis des décennies et souvent avec des méthodologies peu adaptées. Une récente revue de la littérature portant sur les motivations à l’usage de drogues fait état de 11 articles traitant de cette question avec des méthodologies variées (quantitatives et qualitatives) (Lojszczyk et coll., 2023renvoi vers). Apporter des éléments de connaissance sur ces usages dits « ordinaires » à travers des études longitudinales sur de larges populations permettrait de mieux comprendre les raisons pour lesquelles certaines d’entre elles rejoignent des trajectoires problématiques et d’adapter les réponses en termes de prévention et de prise en soins.

Usages en milieu professionnel

Les données du Baromètre santé de 2017 apportent des indications sur la consommation selon le milieu professionnel dans lequel les personnes évoluent (Andler et coll., 2021renvoi vers). La proportion de personnes ayant consommé de la cocaïne au moins une fois au cours de la vie est supérieure à la moyenne dans les secteurs de l’hébergement/restauration et des arts, spectacles et activités récréatives, aussi bien parmi les hommes actifs occupés (7,9 %) que parmi les femmes actives occupées (3,2 %). Aucun secteur d’activité ne se distingue par une proportion franchement inférieure à la moyenne. La proportion des personnes déclarant avoir déjà expérimenté la cocaïne est également plus élevée dans le secteur de l’information et la communication. Selon la catégorie socio-professionnelle, aucune différence n’est observée parmi les hommes, la proportion de femmes ayant expérimenté la cocaïne étant pour sa part plus élevée parmi les femmes cadres et celles des professions intellectuelles supérieures (5,3 %).
Bien que les données issues du monde du travail soient rares, quelques publications témoignent d’un usage en contexte professionnel ou dans des milieux professionnels spécifiques. Une étude conduite auprès de 489 travailleurs sociaux (assistants sociaux, ergothérapeutes, juristes ou experts-comptables) (Kiepek et coll., 2019renvoi vers) montre une prévalence importante de l’usage de drogues illicites, avec 18,6 % des personnes déclarant un usage de cocaïne au cours de la vie, 4,5 % dans les 12 derniers mois et 1,2 % dans le dernier mois.
De nombreux rapports, plans, dispositifs et outils dits de prévention des conduites addictives (dont les usages de cocaïne) en milieu professionnel sont publiés chaque année en France par le milieu institutionnel. Crespin et coll. (2024renvoi vers) ont ainsi traité une abondante littérature grise provenant de nombreux organismes publics et privés. Plusieurs auteurs (Negura et coll., 2012renvoi vers ; Lutz et Coibion, 2024renvoi vers) observent que ces écrits partagent une problématisation de type « usage de psychotropes = conduite addictive = risques au travail » qui ne satisfait pas la compréhension du phénomène et l’impact du travail sur les usages. Crespin et coll. (2024renvoi vers) montrent que les données probantes manquent sur la prévention des addictions en milieu de travail.
Dans une étude reposant sur 70 entretiens semi-directifs individuels et 15 entretiens semi-directifs collectifs et mobilisant la clinique du travail et l’analyse biographique, Gladys Lutz et coll. (2019renvoi vers) évoquent quatre fonctions professionnelles des usages de psychotropes : i) anesthésier pour tenir physiquement et psychiquement ; ii) stimuler, euphoriser, désinhiber ; iii) récupérer ; iv) intégrer, insérer, entretenir les liens professionnels. S’intéresser aux usages de drogues, y compris de cocaïne, dans le contexte professionnel, permettrait d’éclairer les conditions et l’organisation du travail, les moyens de les améliorer et d’adapter les interventions en milieu professionnel aux perspectives de la réduction des risques liés aux consommations. Réciproquement, ces éclairages permettraient d’adapter la réduction des risques aux milieux de travail.

Usages en contextes spécifiques

Le milieu festif, qui se compose de différents types de scènes festives, légales ou illégales, est caractérisé par de fortes prévalences d’usage de substances psychoactives, incluant la cocaïne. L’étude OCTOPUS5 conduite en France auprès de 383 festivaliers (Istvan et coll., 2023renvoi vers) montre que la cocaïne est le troisième produit le plus consommé avec 42 % de personnes déclarant en consommer, derrière le cannabis (63 %) et l’ecstasy/MDMA6 (49 %). Deux profils de personnes consommatrices ont émergé : i) les festivaliers consommant essentiellement ecstasy/MDMA et cocaïne (respectivement 42 % et 22 % au cours de la dernière année) ainsi que des psychédéliques ; ii) les festivaliers consommant ecstasy/MDMA et cocaïne (respectivement 79 % et 83 %), LSD (35 %), kétamine (25 %), speed (22 %), et nouveaux produits de synthèse (NPS) (13 %). On voit ici que la cocaïne est un produit très présent et que le second profil de festivaliers se distingue par la polyconsommation avec une prévalence d’usage de cocaïne très élevée.
Dans une étude belge menée auprès de 1 345 participants à des événements festifs, 24 % d’entre eux déclarent avoir consommé de la cocaïne au cours des 12 derniers mois (essentiellement dans des night-clubs et environnements privés) (Van Dyck et coll., 2023renvoi vers). Les principales motivations à ces pratiques festives sont : pour écouter de la musique, pour prendre des drogues, pour explorer mon esprit, pour ressentir de l’excitation, pour trouver un partenaire, pour du sexe.
Enfin, une revue de la littérature s’intéressant aux usages de substances parmi les voyageurs internationaux (international travellers) à l’heure du « tourisme de la drogue » questionne ces usages et leurs conséquences (Charoensakulchai et coll., 2024renvoi vers). L’analyse de 58 articles révèle parmi ces voyageurs, une prévalence d’usage allant de 2 % à 22,2 % pour la cocaïne, prévalence qui varie selon la destination du voyage (les îles baltiques et l’Amérique du Sud sont associées à une prévalence d’usage très importante), et du type de voyageurs (jeunes voyageurs professionnels, routards).
Les enquêtes en population générale détaillant peu les usages de drogues et s’adressant à une majorité de personnes non consommatrices, il est important de s’intéresser spécifiquement aux personnes utilisatrices de drogues, afin notamment de comprendre les usages occasionnels ou réguliers de cocaïne chez les personnes que l’on ne retrouve pas dans ces grandes enquêtes ou dans les enquêtes plus spécifiques aux milieux du soin ou de la prévention (CSAPA, CAARUD). Ainsi, l’enquête en ligne réalisée dans le cadre de l’étude européenne EWSD (European Web Survey on Drugs) auprès de 2 098 personnes usagères de drogues en France, redressée via le Baromètre santé (Spilka et coll., 2022renvoi vers), a permis d’estimer que le pourcentage de personnes dans la population générale d’adultes (18-44 ans en France) déclarant avoir consommé de la cocaïne au cours des 30 derniers jours devrait être de l’ordre de 1,0 % (contre 24 % dans l’enquête EWSD non représentative auprès d’usagers)7 . Ces différences montrent l’importance de mobiliser des enquêtes représentatives afin de pouvoir apporter des données concernant les usages cachés de cocaïne, y compris l’usage de cocaïne basée.

Usage de cocaïne basée et précarité

Si l’usage de la cocaïne basée n’a été qu’effleuré dans les précédentes sections de ce chapitre, il mérite qu’une partie dédiée lui soit consacrée, en lien avec la précarité. En effet, alors que l’usage de cocaïne basée semble se diffuser, le phénomène fait l’objet d’un grand nombre de données aussi bien en France qu’à l’international, mais presque toujours en lien avec la précarité.

Cocaïne basée/crack/free-base

Une fois basée au bicarbonate de soude ou à l’ammoniaque, la cocaïne poudre se transforme en « caillou » ou « crack », une appellation plus courante en contexte de précarité. Certains parlent aussi de free-base.
Il est intéressant de constater que l’utilisation du terme crack plutôt que cocaïne basée est d’abord spécifique au territoire parisien, même s’il s’emploie aujourd’hui dans tous les contextes de la grande précarité, voire même en dehors. Alors que le terme crack est beaucoup plus stigmatisant que celui de cocaïne, un article utilisant les données de l’enquête RECAP (Recueil commun sur les addictions et les prises en charge) tente d’analyser comment les personnes nomment leur usage, avec en filigrane l’objectif de caractériser les personnes qui sont confrontées à l’auto-stigmatisation (Vuolo et coll., 2023renvoi vers). Se présentent-elles comme des personnes qui « fument la cocaïne basée » ou qui « consomment du crack » ? Les résultats montrent que les personnes qui déclarent consommer du crack plutôt que fumer de la cocaïne basée sont plus précaires et vivent plus en région parisienne.
Cette étude montre également que la diffusion de l’usage de cocaïne basée à des publics plus insérés est visible à différents niveaux, qu’ils soient liés aux pratiques ou au langage utilisé (Vuolo et coll., 2023renvoi vers) : « Les publics dits « insérés » souvent rétifs à la « galette toute faite » n’hésitent plus à l’acheter et sont identifiés sur des scènes de trafic. » ; « La distinction crack/free-base semble peu opérante chez la quasi-totalité des usagers car ils ont tous connaissance du fait qu’il s’agit de la même molécule active, la cocaïne. Néanmoins, une frange d’usagers continue à considérer le crack, vendu tout fait, de piètre qualité en comparaison du free-base. La différence effectuée ici selon les usagers rencontrés reposerait principalement sur le mode de préparation cuisiné à l’ammoniaque ou transformé avec du bicarbonate de soude. » (Vuolo et coll., 2023renvoi vers ; traduction par l’auteur du chapitre).

Données en France

Les données françaises sur la cocaïne basée sont nombreuses bien que majoritairement circonscrites à la situation en Île-de-France.
En France, la diffusion de l’usage de cocaïne basée serait originaire des ghettos noirs et hispaniques américains (Bourgois, 2001renvoi vers) dans lesquels la cocaïne basée, appelée aussi la pâte base (pasta basica), s’est répandue dans les années 70 via les nouveaux marchés illicites issus de Colombie (Gootenberg, 2004renvoi vers). Ces usages ont ensuite touché les départements d’outre-mer puis la France métropolitaine, avec le développement d’une « scène ouverte »8 de consommation au nord-est de Paris (Gandilhon et coll., 2013renvoi vers). Ces personnes utilisatrices de cocaïne basée se trouvaient alors dans des situations de grande précarité.
En 2015, l’Île-de-France compte ainsi la plus forte prévalence de personnes utilisatrices de cocaïne basée parmi les usagers des CAARUD (50,25 %), dépassant de loin les autres régions de France (figure 1.2) (Pfau et Cadet-Taïrou, 2018renvoi vers). À cette période, les données montraient que la galette de crack, vendue par les « modous »9 , coûtait entre 15 à 20 euros, ce qui était encore le cas en 2023 d’après les professionnels des CAARUD et des CSAPA (Gérome, 2024renvoi vers).
Figure Figure 1.2 Prévalence des usages de cocaïne basée parmi les usagers des CAARUD, par région en 2015 (Source : Pfau et Cadet-Taïrou, 2018renvoi vers, p. 4)
L’enquête Coquelicot menée en 2004 montrait que la cocaïne basée était le premier produit consommé au cours du dernier mois par les usagers des CAARUD interrogés (30 %), devant la cocaïne poudre (27 %) (Jauffret-Roustide et coll., 2009renvoi vers). À l’échelle des CSAPA, l’usage de cocaïne basée par les patients suivis a connu une augmentation de 52 %, passant de 3 388 à 5 143 personnes utilisatrices entre 2010 et 2017. L’estimation du nombre d’usagers de cocaïne basée aurait triplé au cours de la même période (de 9 775 personnes à 28 983) (Janssen et coll., 2020renvoi vers). En 2019, ce nombre estimé se situe à 42 800, dont 13 000 en Île-de-France, surtout à Paris et proche banlieue (Cadet-Taïrou et coll., 2021renvoi vers). La cocaïne basée est également très présente dans les départements français d’Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane), où elle se caractérise par un contraste entre une « forte visibilité sociale » et « un périmètre de consommation circonscrit à des publics très marginalisés » (Obradovic, 2020renvoi vers). Cette situation retrouvée dans les départements français d’Amérique rejoint aujourd’hui la situation parisienne où les « scènes ouvertes » sont de plus en plus visibles avec des personnes de plus en plus précaires, dans des zones très circonscrites (la « Colline du crack », les « Jardins d’Éole » ou le « camp de Forceval »). Ceci a été démontré grâce à l’étude « Crack en Île-de-France » entre 2018 et 2020, dont le rapport en 2021 a permis de documenter les usages de cocaïne basée en Île-de-France, les conditions de vie des personnes concernées et les réponses apportées par les professionnels du champ de la réduction des risques (Cadet-Taïrou et Jauffret-Roustide, 2021renvoi vers). Ce rapport s’appuie sur une revue de la littérature et sur 54 entretiens conduits auprès de personnes utilisatrices de cocaïne basée entre 2018 et 2020. Alors que les données issues d’enquêtes menées après les années 1980 permettaient d’ébaucher quatre profils – usagers de cocaïne basée du nord-est parisien vivant en situation de précarité et souvent anciens injecteurs d’opiacés ; personnes consommatrices de cocaïne basée issues du milieu festif techno ; usagers vivant dans les départements d’outre-mer, en Martinique et en Guadeloupe ; femmes travailleuses du sexe –, celles issues de l’étude « Crack en Île-de-France » font émerger quatre nouveaux profils de personnes utilisatrices de cocaïne basée : des personnes usagères plus insérées, anciennement consommatrices d’opiacés ; des profils de jeunes consommateurs de cocaïne basée ; des usagers russophones originaires d’Europe de l’Est et des usagers semi-insérés (Cadet-Taïrou et Jauffret-Roustide, 2021renvoi vers).

Données dans les autres pays

Le rapport de 2022 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT)10 fait état d’une augmentation sensible de l’usage de cocaïne basée dans de nombreux pays depuis 2014 (OEDT, 2022renvoi vers). Celle de l’usage problématique est plus marquée en Belgique, en Irlande, en Italie, au Portugal ainsi qu’en Allemagne. En 2022, les chiffres montrent que cette consommation augmente chez les personnes en situation de précarité qui fréquentent les centres de réduction des risques à Bruxelles, Lisbonne, Copenhague. En Suisse, près de la moitié des personnes interrogées dans les centres de réduction des risques en 2022 déclare consommer de la cocaïne basée (44,8 %) (Stadelmann, 2023renvoi vers). Ces chiffres sont confortés par les données issues d’un rapport sur les espaces suisses de consommation supervisée (encore appelés salles de consommation à moindre risque) qui montre qu’entre 2018 et 2023, les passages pour consommation de cocaïne basée dans ces espaces ont augmenté, passant de 10 % à plus de 50 % (Debons et Samitca, 2023renvoi vers). Ces données corroborent les résultats observés dans la salle de consommation de Genève, Quai 9, où la prévalence d’usage de cocaïne basée est restée stable jusqu’en 2015 pour progressivement augmenter jusqu’à atteindre 62 % en 2022. S’ajoute à cela une augmentation très marquée des passages à la salle de consommation liés à la cocaïne basée à partir de 2021, atteignant un tiers de tous les épisodes de consommation de Quai 9 en 2022 (soit 17 066 passages) (Egli Anthonioz et Zobel, 2023renvoi vers).
Cet usage de cocaïne basée a également été documenté chez les jeunes de la rue (street-involved children and youth) à travers une méta-analyse rassemblant les données de 73 articles (Armoon et coll., 2023renvoi vers). Les résultats concernent essentiellement le continent américain, avec des prévalences d’usage de cocaïne basée (ou cocaïne issue de la pâte de coca séchée appelée également « crack » ; Costa et Rui, 2023renvoi vers) au cours de la vie de 13,3 % au Brésil à 50 % aux États-Unis chez ces jeunes de la rue, la prévalence moyenne de l’usage au cours de la vie étant de 44 % et celle de l’usage actuel de 21 %. Ces prévalences sont plus élevées chez les personnes les plus âgées.
L’enquête qualitative menée par des chercheurs suisses auprès de personnes utilisatrices de cocaïne basée /free-base apporte des éléments de compréhension intéressants sur cette augmentation de la consommation de cocaïne par inhalation (Debons et Samitca, 2023renvoi vers). Les résultats des entretiens menés auprès de 22 personnes utilisatrices de cocaïne basée (free-base) et 9 professionnels suggèrent 3 manières d’entrer dans cette consommation. La première concerne des situations de reprise d’une consommation intensive liées à des moments de ruptures, à des « coups durs ». La deuxième survient dans le contexte d’usages alternés, où les personnes utilisatrices de cocaïne/free-base qui pratiquent l’injection peuvent recourir à l’inhalation « non seulement pour ses effets psychotropes proches de ceux procurés par l’injection, mais aussi (voire surtout) parce qu’elle est perçue comme moins nocive pour le capital veineux que l’injection, et offre une alternative intéressante lorsque ce dernier est trop dégradé et rend difficile l’injection ». Et la troisième manière d’initier la consommation de cocaïne basée est une entrée par le sniff de cocaïne ou l’inhalation d’héroïne. Ces personnes sont peu concernées par l’injection et viennent plutôt d’un usage « festif » de cocaïne ou d’héroïne qui vient s’ancrer dans une régularité et en dehors des moments de fêtes. Le passage du sniff à l’inhalation de cocaïne basée procure un effet flash dont « la première expérience d’inhalation provoque un basculement dans le parcours, de sorte qu’en quelques mois, ce mode de prise va supplanter, ou du moins placer au second plan, l’usage d’autres produits ou le recours à d’autres modes de consommation » (Debons et Samitca, 2023renvoi vers).

L’« effet » territoire

Les personnes consommatrices de cocaïne basée sont structurellement vulnérables, non seulement par les risques et les méfaits résultant de la consommation de drogues, mais surtout parce qu’elles sont exposées à des désavantages sociaux ou à des inégalités liées à l’environnement dans lequel elles se trouvent (Rhodes, 2009renvoi vers ; Bourgois et coll., 2017renvoi vers). En revanche, dans ces contextes de grande précarité, certaines études ont montré qu’il existait le développement de différents réseaux de soutiens émotionnels, informatifs ou matériels qui font de ces territoires des territorialités à part entière.
Ainsi, les travaux de Julie Costa lors de ses incursions ethnographiques laissent apparaître des sociabilités liées aux territoires de la cocaïne basée à Paris (Costa, 2021renvoi vers) : « Entre fragments de vies cachées et expériences intimes, s’y décèlent des grammaires et des entrelacements relationnels d’amitié, d’amour et d’entraide sur lesquels s’édifie, même de manière fragile et fugace, tout un univers éthique et affectif singulier et particulier à ces acteurs. En parallèle, se concentre dans ces quartiers tout un réseau institutionnel et associatif indispensable de solidarité et de soins, avec les possibilités d’existence, de survie et de reconnaissance qu’il autorise […] Paradoxalement, dans ce contexte, le « crack » opère comme un unificateur structurant du champ social. Il opère également comme un créateur et catalyseur de liens dans la vie de ces personnes aux marges d’une société qui leur est particulièrement hostile. »
Cette analyse de Julie Costa est comparable à celle de l’étude de Peiter et coll. (2019renvoi vers), qui voit le territoire comme « espace de dispute, de pouvoir, de violence, d’expériences de douleur et de souffrance, mais aussi de socialisation. Il existe des formes d’organisation de l’espace qui permettent souvent des interactions, ainsi que des dynamiques territoriales qui varient du jour à la nuit et contribuent à favoriser les liens et à construire des réseaux de solidarité sociale entre les usagers, où le « don des mots » (Caillé, 2002renvoi vers), et la boisson, entre autres « cadeaux », circulent. » Il s’agit de territorialités « très instables, changeantes et sujettes à des fluctuations volontaires et involontaires », principalement conditionnées par la répression policière, l’exclusion des personnes vivant dans la rue, voire par les conflits entre trafiquants locaux. « Cette territorialité est clairement marquée par une vulnérabilité structurelle et des violences qui obligent les personnes consommatrices de « crack » à se déplacer constamment, à changer de lieu de consommation (scènes de drogue), de repos et d’abri. » (Peiter et coll., 2019renvoi vers ; traduction par l’auteur du chapitre).

Usages chez les femmes

La question de l’usage de cocaïne basée chez les femmes revient à prendre en compte, comme c’est le cas pour les autres substances, les effets du genre sur les usages et leurs conséquences.
Les entretiens conduits auprès des femmes en Île-de-France dans le cadre de l’étude « Crack en Île-de-France » montrent qu’« une des premières caractéristiques des femmes usagères de crack rencontrées dans l’étude est leur précarité à la fois vis-à-vis du logement et de l’emploi […]. Par ailleurs, plusieurs femmes ont indiqué avoir arrêté durant plusieurs années leur consommation de crack pour mettre en avant l’absence de dépendance. Ces périodes d’arrêt peuvent concorder avec la maternité, l’obtention d’un emploi et d’une situation plus stable, ou la simple envie d’arrêter » (Cadet-Taïrou et Jauffret-Roustide, 2021renvoi vers).
Ces enjeux autour des spécificités du vécu des femmes soulignent l’importance d’adapter les réponses.
L’étude de Sarah Perrin (2023renvoi vers), basée sur 27 entretiens réalisés avec des usagères-revendeuses, 12 entretiens réalisés avec des usagers-revendeurs et 11 entretiens effectués avec des policiers et une magistrate, montre pour sa part que « les femmes y font l’objet de stigmates genrés en soi assez classiques, mais qui prennent un sens particulier dans le milieu illicite des ventes et usages de drogues. Bien que cette étude ne soit pas spécifique au produit cocaïne, elle permet de souligner que les femmes sont stéréotypées comme des êtres passifs, sensuels, obéissants et inaptes à la violence (Goffman, 1977renvoi vers) » et que « les usagères-revendeuses développent des stratégies qui leur sont propres, en performant une féminité fragile, respectable ou sensuelle pour ne pas attirer le regard policier. »

Une réduction des risques spécifique ?

Un article publié en 2023 (Jauffret-Roustide et coll., 2023renvoi vers) évoque le « pessimisme productif » (Porto, 2022renvoi vers) qui renvoie à l’idée selon laquelle les publics consommateurs de cocaïne basée devraient bénéficier d’une approche exclusive de réduction des risques. Les données qualitatives collectées dans l’étude « Crack en Île-de-France » montrent que la plupart des usagers de cocaïne basée rencontrés « mettent en évidence dans leurs récits qu’ils souffrent d’une « addiction au crack » et font remonter leurs souhaits de se mettre à distance des produits, dans une démarche de « rétablissement », tout en ayant dans le même temps des demandes en matière de réduction des risques (accès à des espaces de consommation sécurisés et à du matériel stérile). Une de leurs demandes prioritaires pour mettre à distance le crack est de pouvoir bénéficier d’un hébergement éloigné des scènes de consommation. » (Jauffret-Roustide et coll., 2023renvoi vers). Les dispositifs d’hébergement de type PHASE11 et ASSORE12 incluant accès au logement et accompagnement médico-social apparaissent comme « globalement appréciés par les usagers » et « décrits comme efficaces par les professionnels », le développement de centres de cure et autres postcures/zones d’accueil suffisamment nombreux et pérennes semblant tout aussi important.

Usages problématiques de cocaïne

Données en France

Cette section s’intéresse aux personnes ayant des troubles liés à l’usage de cocaïne ou de cocaïne basée, notamment à travers l’enquête RECAP, dans laquelle l’OFDT rassemble toutes les données issues des CSAPA afin de décrire ces populations de patients suivis en addictologie.
La consommation de cocaïne au cours du dernier mois par l’ensemble des patients de CSAPA continue d’augmenter. Elle était de 6,9 % en 2015 et de 9 % en 2019 pour la cocaïne poudre ; cette tendance à la hausse est également visible pour la cocaïne basée dont le pourcentage est passé de 2,9 % en 2015 à 4,9 % en 2019 (Palle, 2021renvoi vers). En 2021, la consommation de cocaïne parmi l’ensemble des patients des CSAPA était de 11 % (OFDT, 2024arenvoi vers).
Il s’agit d’une consommation qui augmente encore plus fortement parmi les nouvelles personnes accompagnées : entre 2015 et 2019, au sein du groupe de personnes prises en charge principalement pour leur consommation de substances illicites autres que le cannabis (très majoritairement usagers d’opioïdes et/ou de cocaïne), les données passent de 22 % à 30 % de ces nouveaux patients pour la cocaïne poudre et de 8,2 à 16 % pour la cocaïne basée. Durant la même période, parmi les nouveaux patients, le pourcentage de personnes déclarant la cocaïne poudre comme produit principal est passé de 10 % à 18 % et la cocaïne basée de 3,9 % à 9,6 % (Palle, 2021renvoi vers).
Parmi l’ensemble des patients déclarant avoir consommé de la cocaïne (30 000 en 2019), « Une large majorité d’entre eux (61 %) présente cependant un profil de polyconsommateur dont la prise en charge est principalement liée aux opioïdes (opioïdes cités en produit no 1 ou TSO13 ). Les prises en charge exclusivement ou principalement liées à la cocaïne concernent 10 000 personnes (soit 12 % des effectifs du groupe), dont les deux tiers la consomment sous sa forme poudre et un tiers sous sa forme crack/cocaïne basée. » (Palle, 2021renvoi vers).
Si l’on s’intéresse aux données issues des CAARUD grâce à l’enquête nationale menée auprès des usagers des CAARUD (ENa-CAARUD), la consommation de cocaïne basée dans le mois précédant l’enquête a également augmenté entre 2015 et 2019 : elle concerne 54 % des personnes en 2019 contre 32 % en 2015 (Cadet-Taïrou et coll., 2020brenvoi vers).
Enfin, une étude menée récemment à Montpellier, et mobilisant une méthodologie permettant d’estimer la taille de la population des personnes utilisatrices de drogues en allant toucher des publics difficiles d’accès, a montré que 73,1 % et 42,6 % des personnes recrutées déclarent respectivement avoir consommé de la cocaïne et de la cocaïne basée au cours du dernier mois (Donnadieu et coll., 2023renvoi vers).
Les demandes de prise en soins pour un problème lié à la cocaïne/cocaïne basée ont augmenté, passant de 7 900 à 14 500 patients entre 2015 et 2019 (Palle, 2021renvoi vers).
En 2021, parmi les nouveaux patients qui consultent pour un problème lié à l’usage de substances illicites, 22 % d’entre eux sont concernés par la cocaïne/cocaïne basée (OFDT, 2024arenvoi vers). Il est également relevé que pour les patients dont la cocaïne est la substance la plus problématique, le produit est sniffé par 64 % d’entre eux, inhalé par 25 % et injecté par 9 % (OFDT, 2024arenvoi vers).
Ces données confirment l’augmentation du nombre de personnes demandant une prise en charge liée à la consommation de cocaïne ou de cocaïne basée. À l’inverse, les demandes de prise en charge pour l’héroïne ont diminué au cours du temps. Il est intéressant de noter que selon les données du dispositif Trend (Tendances récentes et nouvelles drogues), certains patients sous TSO utiliseraient la cocaïne pour retrouver la sensation perdue du « high » (Cadet-Taïrou et coll., 2020arenvoi vers). Un article récent issu de la cohorte Cosinus14 en France corrobore ces données en montrant que les personnes recevant un TSO à base de sulfate de morphine présenteraient moins d’usage problématique de stimulants que les personnes recevant de la méthadone (Roux et coll., 2024renvoi vers).
À l’échelle européenne, la cocaïne est le second produit pour lequel les personnes viennent pour la première fois consulter un spécialiste (EUDA, 2025renvoi vers).

Données en Suisse

En comparant les données de la Suisse aux données françaises, quelques similitudes apparaissent en regardant les données de monitorage recueillies en 2021 par le système national suisse act-info15 auprès des structures d’addictologie (résidentielles et ambulatoires) (Krizic et coll., 2024renvoi vers). Entre 2013 et 2022, les demandes de prise en soins pour un problème lié à la cocaïne ont augmenté considérablement, de +116,9 % pour toute consultation liée à la cocaïne et de +148,8 % pour les premières demandes de prise en charge.
L’âge moyen auquel les personnes suivies dans des centres d’addictologie (n=8 380) initient la consommation de cocaïne est de 20,9 ans pour les hommes et de 21,2 ans pour les femmes (Balsiger et coll., 2022), la cocaïne étant le problème principal à l’admission pour 8,4 % des patients.

Profil des personnes ayant un usage problématique de cocaïne

Les données suisses présentées selon le genre apportent également des éclairages intéressants (Balsiger et coll., 2022). En effet, si les femmes sont moins nombreuses dans le groupe cocaïne (20,1 %) comparé aux autres produits, elles présentent une sévérité du trouble de l’usage plus marquée lorsqu’elles consultent pour une prise en charge : 9,3 % des femmes déclarent avoir injecté la cocaïne au cours des 12 derniers mois contre 6,7 % des hommes ; 25,2 % des femmes déclarent avoir injecté au cours de la vie contre 11,2 % des hommes et 26,9 % des femmes présentent un usage quotidien de cocaïne avant admission contre 19,5 % des hommes.
Ces données quantitatives trouvent une interprétation possible dans une enquête sociologique menée auprès de 21 Suissesses, dont les résultats, bien que peu spécifiques à la cocaïne, apportent quelques pistes de réflexion (Canevascini et Kleinhage, 2023renvoi vers). D’une part, ils nous invitent à considérer l’usage de drogues comme un outil d’automédication dans des contextes de souffrance physique ou psychique, qui peuvent être propres à la condition de la femme. D’autre part, ils décrivent des situations de relations compliquées entre les femmes et les soignants qui révèlent des stratégies d’évitement et d’« invisibilisation » vis-à-vis des professionnels (Canevascini et Kleinhage, 2023renvoi vers). La stigmatisation vécue et les moyens mis en œuvre pour l’éviter pourraient expliquer en partie les différences de sévérité à l’admission dans les soins.
Les données du monitorage national act-info (Balsiger et coll., 2022renvoi vers) ainsi que les données des enquêtes nationales (l’enquête suisse sur la santé en population générale, réalisée par l’Office fédéral de la statistique – OFS, et l’enquête Public Spaces conduite par Addiction Suisse auprès de publics marginalisés) apportent d’autres éléments d’information sur la situation sociale (tels que le niveau de formation, le statut professionnel, logement, etc.) des personnes ayant un usage problématique de cocaïne.

Risques associés aux usages problématiques

Un certain nombre d’articles internationaux apportent des éléments de connaissance qui peuvent guider les réponses en santé publique concernant les risques associés aux usages problématiques de cocaïne. Une étude phylogénétique sur le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) a par exemple montré au Luxembourg le lien entre l’infection par le VIH et l’injection de cocaïne (Arendt et coll., 2019renvoi vers), tandis qu’une étude menée en Espagne auprès de personnes migrantes qui injectent depuis plus de cinq ans a révélé que le fait d’avoir injecté la cocaïne était associé au statut sérologique VIH+ (Folch et coll., 2016renvoi vers). Enfin, une étude conduite aux États-Unis auprès d’usagers problématiques d’héroïne met en évidence un lien entre le statut sérologique positif pour le virus de l’hépatite C (VHC+) et l’injection de cocaïne (Roux et coll., 2013renvoi vers). Les dommages associés à la consommation de cocaïne sont détaillés dans un autre chapitre de cette expertise (cf. chapitre « Dommages aux usagers »).
Si la cocaïne peut générer des pratiques particulièrement à risque, d’autres substances peuvent pallier l’absence de cocaïne ou la difficulté d’accès au produit. Des données récentes issues de deux études de cohorte à Vancouver (n=2 056) ont montré une évolution inverse de l’injection de cocaïne (de 45 % à 18 %) vers l’injection de méthamphétamine (de 17 % à 32 %) entre 2008 et 2018 (Bach et coll., 2023renvoi vers). Ainsi, ces publics qui consomment de la cocaïne, mais plus généralement des stimulants, et ayant des pratiques à risque, sont aussi des populations-clés qui méritent une attention particulière quant aux réponses apportées en réduction des risques.
Aux États-Unis, une enquête représentative en population générale (NESARC16 ) montre également que la co-consommation de cocaïne et d’opioïdes est associée à des profils addictologiques (alcool, amphétamines, tranquillisants) plus compliqués que ceux des personnes qui consomment seulement des opioïdes ou seulement de la cocaïne (Leeman et coll., 2016renvoi vers).
En conclusion sur les usages problématiques de cocaïne, il existe peu de données françaises sur les personnes ayant des troubles liés à l’usage de cocaïne ou de cocaïne basée. Les seules données existantes sont des données épidémiologiques de prévalence. Les données à l’étranger suggèrent que la situation sociale des personnes qui consultent pour un trouble lié à l’usage de cocaïne basée est plus problématique que celles avec un trouble lié à l’usage de cocaïne poudre. En France, de plus en plus de données existent sur ces personnes faisant usage de la cocaïne basée17 . Plusieurs résultats révèlent un lien entre usage d’opioïdes, y compris des traitements de substitution aux opiacés, et usage problématique de cocaïne ; ce lien serait intéressant à investiguer plus en détail.

Conclusion

L’expérimentation de la cocaïne (poudre) chez les jeunes semble rester stable voire diminuer, alors que l’expérimentation d’autres substances semble augmenter auprès de ces publics. Dans la population générale, et plus particulièrement les jeunes adultes, l’usage régulier de cocaïne poudre est en hausse, chez les hommes comme chez les femmes. Cette hausse entre 2017 et 2023 est particulièrement visible parmi les personnes de moins de 45 ans. Alors que ces constats sont valables aussi bien en France qu’à l’étranger, peu de données existent sur la compréhension de ces usages, les contextes, les motivations associées et les consommations d’autres substances. De plus, les données montrent des contextes d’usage différents selon le genre avec par exemple un taux plus important d’isolement social chez les femmes ayant des usages dits « problématiques ». Le phénomène de l’usage de cocaïne basée, autrement appelée crack, en augmentation, est toujours très associé à la précarité et bénéficie de peu de réponses adaptées. Enfin, ces usages de cocaïne basée, ayant pris essor dans les milieux défavorisés, semblent se diffuser parmi les publics plus insérés. Ce phénomène amènera probablement les chercheurs à s’intéresser à ce public, qui jusque-là, attirait peu leur attention.

Références

[1] Andler R, Rabet G, Guignard R, et al. . Consommation de substances psychoactives et milieu professionnel: Résultats du Baromètre de Santé publique France 2017. Santé Publique France. 2021; 17 pp. Retour vers
[2] Arendt V, Guillorit L, Origer A, et al. . Injection of cocaine is associated with a recent HIV outbreak in people who inject drugs in Luxembourg. PLoS One. 2019; 14:e0215570. Retour vers
[3] Armoon B, Griffiths MD, Mohammadi R, et al. . The global distribution and epidemiology of alcohol and drug use among street-involved children and youth: a meta-analysis. Am J Drug Alcohol Abuse. 2023; 49:381-98Retour vers
[4] Bach P, Ti L, Hayashi K, et al . Trends in cocaine and crystal methamphetamine injection over time in a Canadian setting between 2008 and 2018. J Subst Use Addict Treat. 2023; 151:208982. Retour vers
[5] Balsiger N, Gmel G, Krizic I, et al. . Rapport annuel act-info 2021 : Prise en charge et traitement des dépendances en Suisse – Résultats du système de monitorage. Office fédéral de la santé publique (OFSP). Berne:Addiction Suisse. 2022; 76 pp. [consulté le 10/06/25 : https://www.addictionsuisse.ch/wp-content/uploads/2023/02/BAG_act-info-2021-F-1.pdf]. Retour vers
[6] Becker HS. Outsiders. Études de sociologie de la déviance. Leçons De Choses. Paris:Éditions Métailié; 1985; 250 pp. Retour vers
[7] Bonnaire C, Beck F, Spilka S. Physical and psychosocial factors associated with psychostimulant use in a nationally representative sample of French adolescents: Specificities of cocaine, amphetamine, and ecstasy use. Addict Behav. 2019; 92:208-24Retour vers
[8] Bourgois P, Holmes SM, Sue K, et al. . Structural vulnerability: Operationalizing the concept to address health disparities in clinical care. Acad Med. 2017; 92:299-307Retour vers
[9] Bourgois P. En quête de respect : Le crack à New York. Collection Liber. Paris:Seuil; 2001; 458 pp. Retour vers
[10] Cadet-Taïrou A, Jauffret-Roustide M. Études crack en Île-de-France. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale (Inserm); 2021; 260 pp. Retour vers
[11] Cadet-Taïrou A, Jauffret-Roustide M, Gandilhon M, et al. . Synthèse des principaux résultats de l’étude Crack en Île-de-France. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale (Inserm); 2021; 21 pp. Retour vers
[12] Cadet-Taïrou A, Gandilhon M, Gérome C, et al. . 1999-2019 : les mutations des usages et de l’offre de drogues en France : Vues au travers du dispositif TREND de l’OFDT. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2020a; 72 pp. Retour vers
[13] Cadet-Taïrou A, Janssen E, Guilbaud F. Profils et pratiques des usagers reçus en CAARUD en 2019. Tendances. 2020b; 142:1-4Retour vers
[14] Caillé A. A dádiva das palavras: o que o dizer pretende dar. A dádiva entre os modernos. Discussão sobre os fundamentos e as regras do social. Petrópolis. 2002; 99-136Retour vers
[15]Canadian Centre on Substance Use and Addiction. Canadian Substance Use Survey: Summary of results 2023. Canadian Centre on Substance Use and Addiction (CCSA). 2024; 11 pp. [consulté le 02/04/25 : https://www.canada.ca/en/health-canada/services/canadian-alcohol-drugs-survey/2023-summary.html]. Retour vers
[16]Canadian Centre on Substance Use and Addiction. Canadian Drug Summary: Cocaine. Canadian Centre on Substance Use and Addiction (CCSA). 2022; 13 pp. [consulté le 11/08/23 : https://www.ccsa.ca/sites/default/files/2022-10/CCSA-Canadian-Drug-Summary-Cocaine-2022-en.pdf]. Retour vers
[17] Canevascini M, Kleinhage E. Voix de mères en situation d’addiction. Stigmatisation, enjeux et recommandations. Lausanne:Addiction Suisse. 2023; 75 pp. [consulté le 10/06/25 : https://www.addictionsuisse.ch/wp-content/uploads/2023/08/2023_Voix_de_meres_en_situation_addiction.pdf]. Retour vers
[18] Chamberlain SR, Lust K, Grant JE. Cocaine use in university students: relationships with demographics, mental health, risky sexual practices, and trait impulsivity. CNS Spectr. 2021; 26:501-8Retour vers
[19] Charoensakulchai S, Onwan M, Kanchanasurakit S, et al. . Recreational substance use among international travellers. J Travel Med. 2024; 31:taae012. Retour vers
[20] Cohen P. Cocaine users in Amsterdam. Br J Addict. 1992; 87:1077-8Retour vers
[21] Costa J, Rui T. Le crack au Brésil : marchés, scènes ouvertes et réponses publiques. Tendances – Drogues, enjeux internationaux. 2023; HS n° 16:1-8Retour vers
[22] Costa J. Incursions ethnographiques sur les territoires du crack à Paris. SWAPS. 2021; 6-11Retour vers
[23] Crespin R, Lhuilier M, Lutz G. De la prévention des « conduites addictives » en milieu de travail à l’approche écosystémique des usages de produits. Psychotropes. 2024; 32:Retour vers
[24] Debons J, Samitca S. Étude qualitative sur la consommation de cocaïne base dans le canton de Vaud (freebase/crack). Lausanne:Unisanté – Centre universitaire de médecine générale et santé publique. 2023; 74 pp. [consulté le 10/06/25 : https://serval.unil.ch/resource/serval:BIB_75EC6C45944F.P001/REF]. Retour vers
[25] Donnadieu H, Quillet C, D’Ottavi M, et al. . Community-based respondent-driven sampling as a strategy for drug use surveillance in a large French urban area. Harm Reduct J. 2023; 20:82Retour vers
[26] Douglas M. Constructive drinking: Perspectives on drink from anthropology. Mary Douglas collected works. London:New York:Routledge; 2003; 291 pp. Retour vers
[27] Egli Anthonioz N, Zobel F. La problématique du crack à Genève – Situation et réponses (Rapport de recherche N° 153). Lausanne:Addiction Suisse. 2023; 71 pp. [consulté le 10/06/25 : https://www.addictionsuisse.ch/wp-content/uploads/2023/06/Rapport_problemetique_crack_geneve.pdf]. Retour vers
[28] Erickson PG, Weber TR. Cocaine careers, control and consequences: results from a Canadian study. Addict Res. 2009; 2:37-50Retour vers
[29]ESPAD Group. ESPAD report 2019: Results from the European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs. Luxembourg:EMCDDA Joint Publications; Publications Office of the European Union. 2020; 136 pp. Retour vers
[30]EUDA. Cocaine – the current situation in Europe (European Drug Report 2025). EUDA. 2025; 12 pp. https://www.euda.europa.eu/publications/european-drug-report/2025/cocaine_en]. Retour vers
[31] Fitzgerald ND, Liu Y, Wang A, et al. . Sequencing hour-level temporal patterns of polysubstance use among persons who use cocaine, alcohol, and cannabis: A back-translational approach. Drug Alcohol Depend. 2024; 258:111272. Retour vers
[32] Folch C, Casabona J, Espelt A, et al. . High prevalence and incidence of HIV and HCV among new injecting drug users with a large proportion of migrants – Is prevention failing?. Subst Use Misuse. 2016; 51:250-60Retour vers
[33] Foster H, Stevenson J, Akram U. Prevalence and psychiatric correlates of illicit substance use in UK undergraduate students. Brain Sci. 2023; 13:360-70Retour vers
[34] Gandilhon M, Cadet-Taïrou A, Lahaie E. La cocaïne basée en France métropolitaine : évolutions récentes. Tendances. 2013; 90:1-4Retour vers
[35] Gérome C. Substances psychoactives, usagers et marchés : tendances en 2023. OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2024; 9 pp. Retour vers
[36] Goffman E. The arrangement between the sexes. Theor Soc. 1977; 4:301-31Retour vers
[37] Gootenberg P. La filière coca du licite à l’illicite : grandeur et décadence d’une marchandise internationale. Hérodote. 2004; 1:66-83Retour vers
[38] Hammersley R, Ditton J. Cocaine careers in a sample of Scottish users. Addict Res. 1994; 2:51-69Retour vers
[39] Istvan M, Bresdin V, Mainguy M, et al. . First results of the French OCTOPUS survey among festival attendees: a latent class analysis. Harm Reduct J. 2023; 20:43-54Retour vers
[40] Janssen E, Cadet-Taïrou A, Gérome C, et al. . Estimating the size of crack cocaine users in France: Methods for an elusive population with high heterogeneity. Int J Drug Policy. 2020; 76:102637. Retour vers
[41] Jauffret-Roustide M, Dambélé S, de Azevodo Martinho Porto C. La construction du crack à Paris comme un « problème » épidémiologique, de prise en charge et d’écologie urbaine. Psychotropes. 2023; 29:7-29Retour vers
[42] Jauffret-Roustide M, Le Strat Y, Couturier E, et al. . A national cross-sectional study among drug-users in France: epidemiology of HCV and highlight on practical and statistical aspects of the design. BMC Infect Dis. 2009; 9:113Retour vers
[43] Kexel A-K, Vonmoos M, Preller KH, et al. . Social and non-social cognitive enhancement in cocaine users – A closer look on enhancement motives for cocaine consumption. Front Psychiatry. 2020; 11:618Retour vers
[44] Kiepek N, Harris J, Beagan B, et al. . Substance use by social workers and implications for professional regulation. Drugs Alcohol Today. 2019; 19:147-59Retour vers
[45] Krizic I, Balsiger N, Gmel G, et al. . Rapport annuel act-info 2022 : Prise en charge et traitement des dépendances en Suisse. Résultats du système de monitorage. Office fédéral de la santé publique (OFSP). Berne:2024; 35 pp. [consulté le 10/06/25 : https://www.addictionsuisse.ch/publication/rapport-annuel-act-info-2022-prise-en-charge-et-traitement-des-dependances-en-suisse-resultats-du-systeme-de-monitorage/]. Retour vers
[46] Lalande A. Les essais : ethnologie des expériences de drogues. Vacarme. 2010; 52:84-7Retour vers
[47] Le Breton D, Alain Ehrenberg . Le culte de la performance. Calmann-Levy; 1991; Cahiers de sociologie économique et culturelle. 1992; 17:1924Retour vers
[48] Leeman RF, Sun Q, Bogart D, et al. . Comparisons of cocaine-only, opioid-only, and users of both substances in the National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions (NESARC). Subst Use Misuse. 2016; 51:553-64Retour vers
[49] Lojszczyk A, Wilson R, Wood J, et al. . Motivational characteristics of recreational drug use among emerging adults in social settings: an integrative literature review. Front Public Health. 2023; 11:1235387. Retour vers
[50] Lutz G, Coibion A. Monde du travail : l’insoutenable intensification de soi. Analyser les fonctions professionnelles des drogues, un enjeu sanitaire, social, économique et… démocratique. Addiction(s) : recherches et pratiques. 2024; 8:25-6Retour vers
[51] Lutz G, Arguillère L, Barbaste C, et al. . Discuter et transformer le travail pour réguler les conduites addictives des professionnels. Psychotropes. 2019; 24:57-82Retour vers
[52] McAlaney J, Dempsey RC, Helmer SM, et al. . Negative consequences of substance use in European university students: Results from Project SNIPE. Eur Addict Res. 2021; 27:75-82Retour vers
[53] Miech RA, Johnson LD, O’Malley PM, et al. . Monitoring the Future National Survey Results on Drug Use, 1975-2023: Secondary School Students: Monitoring the Future Monograph Series. Ann Arbor:Institute for Social Research. 2023; 73 pp. Retour vers
[54] Mugford S, Cohen P, eds. . Pathology, pleasure, profit and the state: Towards an integrated theory of drug use. Annual Conference of the Australian and New Zealand Society of Criminology. Australia. 1988; Retour vers
[55] Mugford SK. Recreational cocaine use in three Australian cities. Addict Res. 1994; 2:95-108Retour vers
[56] Müller CP, Schumann G. Drugs as instruments: a new framework for non-addictive psychoactive drug use. Behavioral and Brain Sciences. 2011; 34:293-310Retour vers
[57] Murphy SB, Reinarman C, Waldorf D. An 11-year follow-up of a network of cocaine users. Br J Addict. 1989; 84:427-36Retour vers
[58] Negura L, Maranda M-F, Genest C. La consommation de substances psychoactives en lien avec le travail. In: In: Landry M, Brochu S, Brunelle N, eds, editors. L’intégration des services en toxicomanie. Québec: Canada. Les Presses de l’Université de Laval; 2012; 199225Retour vers
[59] Obradovic I. Drogues et addictions dans les outre-mer : État des lieux et problématiques. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2020; 84 pp. Retour vers
[60]OEDT. Rapport européen sur les drogues 2022 : Tendances et évolutions. Luxembourg:OEDT (Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies). 2022; 60 pp. Retour vers
[61]OFDT. Caractéristiques des personnes prises en charge dans les CSAPA en 2021. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2024a; 16 pp. Retour vers
[62]OFDT. Les usages de substances psychoactives chez les collégiens et lycéens : Résultats EnCLASS 2022. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2024b; 17 pp. Retour vers
[63]OFDT. ESCAPAD, 20 ans d’observation des usages à l’adolescence. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2022; 62 pp. Retour vers
[64]OFDT. Cocaïne, données essentielles. Saint-Denis La Plaine:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2012; 232 pp. Retour vers
[65] Palle C. Les personnes accueillies dans les CSAPA : Situation en 2019 et évolution 2015-2019. Tendances. 2021; 146:1-6Retour vers
[66] Peiter P, Belmonte P, Teixeira M, et al. . Homeless crack cocaine users: Territories and territorialities in the constitution of social support networks for health. Soc Sci Med. 2019; 227:111-8Retour vers
[67] Pennings EJM, Leccese AP, De Wolff FA. Effects of concurrent use of alcohol and cocaine. Addiction. 2002; 97:773-83Retour vers
[68] Perrin S. Vulnérabilités et capacités d’agir liées au genre dans l’usage et la vente de drogues : Une analyse des relations entre police et usagères-revendeuses insérées socialement à Bordeaux. Champ pénal. 2023; 28:Retour vers
[69] Pfau G, Cadet-Taïrou A. Usages et ventes de crack à Paris : Un état des lieux 2012-2017. Saint-Denis La Plaine:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2018; 43 pp. Retour vers
[70] Porto C. « Os usuários são atores de seu acompanhamento » : A situação de redução de riscos em Paris, França. Paris:Thèse de doctorat. 2022; Retour vers
[71] Reynaud-Maurupt C, Maitena M, Cadet-Taïrou A. Les carrières de consommation d’usagers de cocaïne inconnus des institutions socio-sanitaires et répressives – Une recherche qualitative conduite en France en 2007-2009. Déviance et Société. 2011; 35:503-29Retour vers
[72] Rhodes T. Risk environments and drug harms: A social science for harm reduction approach. Int J Drug Policy. 2009; 20:193-201Retour vers
[73] Roux P, Faye A, Sagaon-Teyssier L, et al. . Prevalence of stimulant use and the role of opioid agonist treatment among people who inject drugs in France: Results from the COSINUS cohort study. Drug Alcohol Rev. 2024; 44:275-87Retour vers
[74] Roux P, Fugon L, Jones JD, et al. . Hepatitis C infection in non-treatment-seeking heroin users: The burden of cocaine injection. Am J Addict. 2013; 22:613-8Retour vers
[75] Siegel RK. Changing patterns of cocaine use: Longitudinal observations, consequences, and treatment. NIDA Res Monogr. 1984; 50:92-110Retour vers
[76] Spilka S, Le Nézet O, Janssen E, et al. . Usages de substances psychoactives à 17 ans dans les outre-mer – Analyse de l’enquête ESCAPAD 2023. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2025; 19 pp. Retour vers
[77] Spilka S, Le Nezet O, Janssen E, et al. . Les drogues à 17 ans, analyses régionales – Enquête ESCAPAD 2022. Paris:OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives). 2024a; 66 pp. Retour vers
[78] Spilka S, Le Nezet O, Janssen E, et al. . Les niveaux d’usage des drogues illicites en France en 2023. Tendances. 2024b; 164:1-4Retour vers
[79] Spilka S, Legleye S, Beck F. Combining web surveys and general population surveys to improve data on people who use drugs in France: reflections on recruitment strategies and the generalisability of results. Luxembourg:European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction (EMCDDA). 2022; 8 pp. Retour vers
[80] Spilka S, Richard JB, Le Nezet O, et al. . Les niveaux d’usage des drogues illicites en France en 2017. Tendances. 2018; 128:Retour vers
[81] Stadelmann S. Pointage annuel du profil des usagères et des usagers (PAPU) des centres d’accueil à bas-seuil : Évolution des principaux indicateurs entre 2017 et 2022. Lausanne:Unisanté – Centre universitaire de médecine générale et santé publique. 2023; 7 pp. https://serval.unil.ch/resource/serval:BIB_9C7856E3CA80.P001/REF]. Retour vers
[82]UNODC. World Drug Report 2025 – Special points of interest. United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC). 2025; 19 pp. Retour vers
[83]UNODC. World Drug Report 2023 – Contemporary issues on drugs. United Nations publications; New York:United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC). 2023; 206 pp. Retour vers
[84] Van Dyck E, Ponnet K, van Havere T, et al. . Substance use and attendance motives of Electronic Dance Music (EDM) event attendees: A survey study. Int J Environ Res Public Health. 2023; 20:1821. Retour vers
[85] Vuolo M, Janssen E, Flores Laffont I. Using crack or smoking cocaine, that is the question: The association of sociodemographic factors with self-labeling choices in France. Deviant Behav. 2023; 44:920-34Retour vers
[86] Wyart A. Entre déviance, normalité et distinction: ethnographie des usages cachés de cocaïne. Paris:EHESS. Thèse de doctorat. 2016; Retour vers

→ Aller vers SYNTHESE
Copyright © Inserm