Vignette (© Valentine Faure Bardon).
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Med Sci (Paris). 41(8-9): 683–689. doi: 10.1051/medsci/2025108.Le préservatif féminin État des lieux, aspects pratiques et analyse des freins à son usage 1Service de Gynécologie-Obstétrique, Hôpital Pitié-Salpêtrière, DMU ORIGYNE Femmes-Mères-Enfants, APHP
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Paris
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France 2Sorbonne Université, Faculté de Santé
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Paris
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France Corresponding author. | ||
Vignette (© Valentine Faure Bardon). | ||
Les origines du préservatif féminin sont assez floues et semblent remonter à l’Antiquité. Selon la mythologie grecque, Pasiphaé – mère du Minotaure et épouse de Minos – jalouse des infidélités de son mari, lui aurait jeté un sort afin que son sperme contienne des serpents venimeux et des scorpions, condamnant à mort ses maîtresses. Afin de s’attirer les faveurs du roi Minos, Procris – fille d’Erechthée, roi d’Athènes – aurait façonné une gaine en vessie de chèvre afin de l’introduire dans le vagin des jeunes femmes avec lesquelles Minos souhaitait s’accoupler 1 . C’est ainsi que le premier prototype du préservatif féminin aurait vu le jour. Au milieu du 19 e siècle, après la découverte de la vulcanisation du caoutchouc par Charles Goodyear puis son brevetage par Thomas Hancock (1843), l’anglais Charles Macintosh 2, s’empare de la production et de la commercialisation dans toute l’Europe des premiers préservatifs en caoutchouc. Leur efficacité contraceptive est relative, tout comme leur effet protecteur vis-à-vis des infections sexuellement transmissibles (IST). En 1908, Excelsior – société spécialisée dans la fabrication, l’achat et la vente d’appareils d’orthopédie, de chirurgie, d’hygiène et d’accessoires de pharmacie – présente « le Pratique » comme assurant « la sécurité la plus complète et la plus absolue sans rien enlever à l’illusion ni aux sentiments » 1 . Dans l’histoire de la commercialisation du préservatif, il s’agirait de la première publicité pour son usage chez les femmes. Le concept se développe alors timidement, principalement au Royaume Uni, avec plusieurs modèles : « Capote blanco » en caoutchouc avec un rebord en acier, « Feminine sheath » ou « Capote anglaise » dans les années 1920, puis « Gee Bee Ring 4 » dans les années 1930, et « Ladies own sheath » [ 1 ]. L’arrivée de la pilule contraceptive dans les années 1960 a considérablement contribué à la diminution de l’utilisation des préservatifs féminin et masculin. | ||
L’histoire, déjà saccadée, du préservatif féminin fut complètement stoppée dans les années 1920 en France avec la loi interdisant toute propagande pour les méthodes anticonceptionnelles et l’avortement. Il faudra attendre la deuxième moitié du XX e siècle avec la loi Neuwirth en 1967 légalisant l’accès à la contraception, pour repenser les rapports femmes-hommes. Ce mouvement, suivi quelques années plus tard par la loi Veil en 1975 dépénalisant l’avortement, participe à l’émancipation des femmes et à leur liberté sexuelle. Le retour du préservatif féminin dans les années 1990 s’inscrit dans cette mouvance avec pour principal objectif de proposer un moyen de contraception et de protection vis-à-vis des IST par méthode barrière, géré par les femmes elles-mêmes. Il est un moyen pour les utilisatrices de se réapproprier leur corps et leur sexualité, et d’avoir un contrôle sur leur propre fécondité. Le préservatif féminin constitue ainsi un levier de libération pour les femmes mais également un nouvel outil d’équilibre des relations dans le couple 3 . | ||
L’apparition du syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) dans les années 1980 a réintroduit de force le besoin de protection vis-à-vis des IST, et l’intérêt de l’utilisation des préservatifs dans ce contexte. Trois sociétés en Europe et aux États-Unis tentent de développer de nouveaux modèles de préservatifs féminins, à savoir « Femidom (Reality) », le « Bikini Conserv » et le « Women’s choice » [ 2 ]. C’est finalement le « Femidom » (FC1), crée en 1985 par Lasse Hessel (1940-2019), médecin et inventeur danois, qui se distingue et qui est le seul à atteindre le stade de la commercialisation [ 2 ]. Ce dispositif intravaginal, composé de polyuréthane, a la forme d’une gaine lubrifiée de 17 cm de long et 7,5 cm de large, et est maintenu en place par deux anneaux flexibles. Ce modèle obtient l’autorisation de mise sur le marché (AMM) en Suisse en 1992, puis en Grande-Bretagne, et aux États-Unis où il décroche l’approbation par la Food and Drug Administration (FDA) en 1993. Le FC1 obtient le marquage CE en 1998 et est distribué en France à partir de mai 1999 par le laboratoire Terpan. Son utilisation reste cependant en marge dans le monde, notamment dans les pays occidentaux, probablement en raison de son prix élevé, d’une faible connaissance de son existence par les praticiens et du manque de campagne publicitaire visant à le promouvoir. À l’inverse en Afrique, où le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) présente une plus forte incidence, le marché du préservatif féminin se développe, notamment grâce à la société américaine Female Health Company [ 3 ]. À partir de 2005, une seconde version, le FC2, fabriqué en nitrile et moins cher, arrive sur le marché mondial et remplace entièrement son prédécesseur à partir de 2006 [ 4 ]. De nouveaux modèles voient le jour à partir des années 2010, validés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le United Nations Population Fund (UNFPA), tels que le Woman’s Condom (2009) en polyuréthane, le Velvet (2010) ou encore le Cupid (2012) en latex [ 5 ]. Préservatif féminin ou interne : terminologie et langage Préservatif « féminin », « vaginal » ou « interne » constituent les différentes terminologies utilisées pour nommer ce moyen de contraception.Cependant, un certain nombre d’études ont soulevé la question de la marginalisation et de l’exclusion des personnes transgenres 4 par le terme de préservatif dit « féminin » ou « vaginal », pouvant être un obstacle à l’acceptabilité et à l’utilisation de celui-ci [ 6 – 8 ]. Ce dispositif pouvant être utilisé à la fois par voie vaginale et anale, le terme de préservatif « interne » semble le plus approprié, bien qu’il ne soit pas le plus utilisé dans le langage courant. (Remarque : les termes « préservatif masculin » et « préservatif féminin » sont utilisés dans ce document. Bien que nous soyons conscients de leurs limites, ces termes sont couramment utilisés en France et ont donc été utilisés dans cet article). État des lieux de son usage comme moyen de contraception
Dans le monde,
s
elon les derniers chiffres de l’OMS et des Nations Unies, en 2021, 1,9 milliards de femmes étaient en âge de procréer et 874 millions utilisaient des méthodes de contraception modernes. Entre 2000 et 2020, ce nombre a augmenté de plus de 30 % (663 millions
versus
874 millions) [
9
,
10
]. Les méthodes de contraception les plus utilisées sont, par ordre décroissant : la contraception définitive féminine (24 % des femmes utilisatrices d’une méthode contraceptive), le préservatif masculin (21 %), le dispositif intra-utérin (DIU) (17 %), la pilule (16 %), les contraceptifs injectables et l’implant contraceptif (10 %), et enfin les méthodes traditionnelles (8 % – retrait, méthode du calendrier et autres méthodes). Le préservatif féminin est compris dans les méthodes dites « autres » (2 %) avec les capes, diaphragmes et spermicides entre autres
5
.
La France se situe parmi les pays européens ayant une prévalence contraceptive élevée : aux alentours de 80 % d’utilisation chez les femmes en âge de procréer 6, . Selon le dernier état des lieux de la Haute Autorité de santé (HAS) 7, et du baromètre de santé publique France 8, (en 2013 et en 2016, respectivement) : la pilule est la méthode contraceptive la plus utilisée (45 % des femmes en âge de procréer) à tous les âges sauf chez les 45-49 ans où elle est devancée par le DIU. Cependant, l’utilisation de la pilule diminue depuis les années 2000, en faveur de l’utilisation du DIU qui est en croissance. Les autres méthodes hormonales ne sont utilisées que par moins de 5 % des femmes. L’utilisation du préservatif externe, par le partenaire masculin, est en augmentation (60 % des femmes de 15-17 ans interrogées sur leur contraception). Quant aux méthodes dites traditionnelles, elles sont utilisées par 6 % des femmes, un chiffre stable depuis les années 2000. Enfin, concernant la contraception définitive, les résultats d’une récente étude (2024), menée par le groupement scientifique Epi-Phare, a montré que le nombre de vasectomies a fortement augmenté avec un taux multiplié par 15 entre 2010 et 2022 et que, pour la première fois en France, en 2021 et 2022, il y a eu davantage de stérilisations masculines que féminines 9 . L’indice de Pearl (nombre de grossesses survenues chez 100 femmes sexuellement actives sous contraception pendant 12 cycles), permet de classer une contraception selon son niveau d’efficacité en 4 stades : très efficace (0-0,9), efficace (1-9), modérément efficace (10-25), moins efficace (26-32). Pour le préservatif féminin il s’élève à 5, en utilisation correcte et régulière (efficacité maximale théorique), et à 21, en utilisation courante (efficacité « pratique », c’est-à-dire dans les conditions réelles d’utilisation). Le préservatif masculin, lui, présente un indice de Pearl de 2 en utilisation correcte et de 15 en utilisation courante 10, , 11 . Ainsi, au regard des différentes données évoquées, le préservatif féminin reste en marge par rapport autres moyens de contraception utilisés, en France et dans le monde, et ce malgré un indice de Pearl jugé efficace. | ||
Dans le monde, selon les dernières données de l’OMS, chaque jour, plus d’un million de personnes contracte une IST. Les plus fréquentes sont : la syphilis, la gonorrhée, la chlamydiose, la trichomonase, l’hépatite B (VHB), l’herpès (HSV), le VIH, et le papillomavirus humain (HPV) 12 . Au-delà de l’infection aigüe, les IST peuvent avoir de profondes répercussions sur la santé de l’individu affecté : cancer (col de l’utérus, carcinome hépatocellulaire), survenue de complications chroniques (VHB, VIH), transmission verticale, et complication materno-fÅ“tale (VIH, VHB, syphilis, etc). L’apparition de nouvelles infections pouvant être contractées par contact sexuel, telles que celles transmises par les virus Ebola et Zika, renforce l’intérêt de l’utilisation des préservatifs et de la nécessité d’une prévention renforcée envers les IST. En France, selon le dernier bulletin de santé publique France, publié en novembre 2023, sur environ 6,5 millions de sérologies de dépistage du VIH réalisées en 2022, le nombre de personnes ayant découvert leur séropositivité a été estimé entre 4 200 et 5 700 13 . Toujours selon ce dernier bulletin, les taux d’incidence des infections à Chlamydia trachomatis, à gonocoque, ainsi que la syphilis, sont en augmentation. Les préservatifs ont eu un impact significatif sur la pandémie du SIDA. Des modélisations ont montré que son utilisation depuis 1990 avait permis d’éviter environ 117 millions de nouvelles infections par le VIH [ 11 ]. En effet, les préservatifs masculins ont eu un impact majeur sur la réduction des nouvelles infections à VIH à l’échelle mondiale, tandis que les préservatifs féminins, en étant une alternative importante, jouent un rôle essentiel en offrant aux femmes une méthode de protection qu’elles peuvent contrôler, particulièrement dans les régions où la prévalence du VIH est élevée 14 . Le préservatif, qu’il soit féminin ou masculin, fait donc partie des outils de protection fiable vis-à-vis des IST [ 12 , 13 ]. Toutefois, le préservatif féminin pourrait permettre une protection accrue contre certaines IST grâce 1) à sa couverture plus étendue puisqu’une plus grande surface des organes génitaux externes est protégée grâce à son anneau externe permettant ainsi une meilleure prévention de la transmission du papillomavirus et du HSV [ 14 ]), 2) son utilisation indépendante de l’érection et 3) le contrôle qu’il offre aux femmes sur leur propre protection. | ||
Composition
Il est composé d’une gaine en nitrile, en polyuréthane ou en latex munie d’un anneau souple aux deux extrémités. Le polyuréthane et le nitrile sont réputés pour leur résistance, notamment dans des situations de variations de température et d’humidité, leur élasticité, leur étanchéité, mais aussi pour être hypoallergéniques. Le premier préservatif féminin remboursé Ormelle©, commercialisé par la société Sugant, porte le marquage CR 2 460, norme ISO 25 841
15,
. Il mesure moins de 8 cm de largeur et plus de 15 cm de longueur, et est muni d’un anneau souple à chaque extrémité. Le petit anneau intérieur, situé du côté fermé, s’insère à l’intérieur du vagin et assure le bon maintien du préservatif à l’intérieur. Lorsqu’il est utilisé par voie anale cet anneau intérieur doit être retiré
16
. Le grand anneau extérieur, situé du côté ouvert, recouvre les parties externes du sexe féminin ou de l’anus.
Mise en place Les préservatifs féminins sont disponibles principalement dans les pharmacies et sur internet mais aussi dans les centres de santé sexuelle, les Centres gratuits d’information de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) et au sein des associations de lutte contre le VIH.Le préservatif féminin est un dispositif médical à usage unique, il doit être changé à chaque rapport sexuel. Il peut être posé jusqu’à huit heures avant le rapport sexuel, ne nécessite pas d’érection pour être mis en place et s’adapte à toutes les formes de vagin. La pose en amont du rapport sexuel, permet une mise à température du corps du préservatif qui tapisse entièrement les parois vaginales ou anales, permettant de préserver les sensations des partenaires. Il est vendu lubrifié mais est également compatible avec les lubrifiants à base d’eau. Il peut être mis en place pendant les menstruations. Une notice explicative détaillant la technique de pose est fournie dans chaque boite de préservatifs, mais également sur internet, notamment sur le site officiel proposé par le gouvernement 17 . Indications Le préservatif féminin, utilisé par voie vaginale, présente une double indication : 1) empêcher la fécondation, en tapissant le vagin et en bloquant mécaniquement l’entrée du col de l’utérus, et 2) prévenir la transmission des IST, avec une surface de protection majorée par rapport au préservatif masculin, en recouvrant la vulve en plus du vagin et du col de l’utérus. L’utilisation du préservatif par voie anale permet à l’usager de se protéger de façon autonome des IST.Son utilisation est possible pendant la grossesse et en post-partum, et est d’ailleurs à privilégier si une méthode barrière doit être choisie. En effet, les capes, diaphragmes et spermicides ne sont pas recommandés dans les 6 semaines du post-partum 18 . L’utilisation concomitante du préservatif féminin et d’une cape cervicale, d’un diaphragme ou de spermicide est possible. Son usage est également autorisé avec un DIU. En revanche, l’utilisation concomitante des préservatifs féminin et masculin doit être proscrite car elle majore le risque rupture de l’un ou l’autre des dispositifs 19 . Il n’existe pas de contre-indication à son usage et peut être utilisé par les femmes allergiques au latex du fait de modèles composés uniquement de nitrile ou polyuréthanel. Prise en charge par l’Assurance Maladie en France
Dans son avis du 25 juillet 2023, la commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (CNEDiMTS) a estimé que le préservatif féminin lubrifié Ormelle© offrait un service attendu suffisant. Inscrit par la suite sur la liste des produits et prestations remboursables par l’Assurance Maladie, le préservatif féminin lubrifié Ormelle© est remboursable depuis le 9 janvier 2024. Il est donc devenu le premier préservatif féminin remboursable en France, en complément des préservatifs masculins Eden©, Sortez Couverts©, Be Loved©, Sure & smile© et selon les mêmes règles de prescription
20,
: 1) prise en charge à 100 % pour les moins de 26 ans, sans prescription médicale, sans minimum d’âge (y compris les bénéficiaires de l’Aide Médicale d’État et les ressortissants de l’Union européenne) ; ou 2) prise en charge à 60 % sur prescription médicale, pour les 26 ans et plus. Les médecins et sage-femmes sont habilités à prescrire tous les modes de contraception dont le préservatif féminin
21
.
Depuis le 4 avril 2024, une nouvelle marque de préservatif féminin lubrifié sans latex, So sexy & smile©, du laboratoire Terpan, est remboursée dans les mêmes indications 22 . D’autres marques sont disponibles, comme les préservatifs féminins Femidom© (sans latex) du laboratoire Terpan, Pasante© (sans latex), Cupid© (en latex) ou encore VA w.o.w© (en latex) ; non remboursés, avec des prix variables selon les pharmacies et les sites internet. Acceptabilité par les femmes
Une étude australienne, publiée en 2022, a étudié l’acceptabilité du préservatif féminin chez 248 femmes en Nouvelle-Galles du Sud. Les avantages du préservatif féminin relevés par les participantes étaient son utilisation possible en cas de problèmes érectiles chez le partenaire mais également la possibilité de l’insérer avant le rapport sexuel. Il représentait également une option alternative au préservatif masculin et constituait une contraception gérée par la femme, participant à son émancipation. Pour ces raisons, le préservatif féminin était plutôt bien accepté par les participantes dans cette population [
8
].
L’autonomisation et la gestion de ce moyen contraceptif par la femme elle-même est en effet un aspect positif du préservatif féminin soulevé par plusieurs études et qui participe à sa bonne acceptabilité. Ce bénéfice est majoré dans les situations de relations avec un nouveau partenaire ou un partenaire qui refuse d’utiliser un préservatif masculin [ 8 ]. Dans une étude menée en Tanzanie, visant à introduire le préservatif féminin comme moyen de prévention des grossesses non désirées et des IST chez les femmes ayant eu une IVG, 30 % des femmes continuaient de l’utiliser à 3 mois du post - abortum . Ce taux était majoré chez les patientes ayant subi un avortement à risque, celles qui avaient un niveau éducatif supérieur et celles qui avaient des revenus suffisants [ 18 ]. L’un des freins à l’acceptabilité du préservatif féminin reste cependant la réduction des sensations sexuelles par les partenaires [ 16 ]. Le plaisir doit donc être pris en compte dans les efforts de conception et d’éducation visant à accroître l’utilisation des préservatifs féminins. | ||
Si le préservatif féminin présente de nombreux avantages, une efficacité contraceptive quasi-similaire à son homologue masculin et une meilleure protection vis-à-vis des IST, il reste cependant très peu utilisé dans la population générale. Il semble donc exister un certain nombre de freins à son utilisation. Les avantages et les inconvénients du préservatif féminin sont synthétisés dans la Figure 1 .
Difficulté d’utilisation
Une étude contrôlée randomisée, publiée en 2015, a comparé l’utilisation de deux marques de préservatif féminin (Velvet et Cupid2©) au FC2, chez 282 femmes en Afrique du Sud. Le taux d’échec d’utilisation (rupture, invagination, mauvaise orientation ou glissement) était inférieur à 5 % pour tous les préservatifs féminins, suggérant une utilisation tout à fait correcte de ce moyen de contraception par les participantes [
5
].
Dans une autre étude, 1 144 femmes à risque d’IST étaient formées à l’insertion du préservatif féminin à l’aide d’un modèle anatomique puis ont eu l’occasion de l’insérer par elles-mêmes. Le placement correct du préservatif était vérifié par une infirmière clinicienne, et le nombre d’essais nécessaires pour une insertion correcte a été enregistré. Cinq pourcents des participantes ont refusé l’auto-insertion. Les facteurs prédictifs de ce refus étaient l’absence d’antécédent de frottis cervico-vaginal, la non-utilisation de tampons, l’absence d’antécédent de contraceptif et la non-adhérence au principe d’auto-insertion de cette méthode barrière. Parmi celles qui ont tenté l’auto-insertion, 25 % n’ont pas réussi à insérer correctement le préservatif féminin à la première tentative. Les facteurs prédictifs de difficulté d’insertion étaient les femmes n’ayant jamais exprimé leurs préférences de pratiques sexuelles et les ongles longs. Cependant, les femmes qui ont éprouvé des difficultés initiales à insérer le préservatif féminin ont un profil différent de celles qui l’ont refusé et peuvent donc bénéficier d’une formation adaptée comprenant une pratique supervisée de l’auto-insertion [ 19 ]. Les difficultés à l’insertion, nécessitent en effet une bonne connaissance de son corps par l’utilisatrice ainsi qu’un entrainement préalable. Dans une étude américaine, 59 % des femmes utilisant un préservatif féminin déclaraient que l’insertion était facile ou très facile après 3 mois d’utilisation. Ce taux était majoré à 69 % après 6 mois d’utilisation (p = 0,03) appuyant la nécessité d’un entrainement à la pose [ 17 ]. Cependant, l’inconfort à l’insertion peut être majoré dans certaines populations, comme chez les adolescentes, en cours d’apprentissage de leur sexualité et de leur rapport au corps. Dans une étude menée chez 65 adolescents d’un centre d’hébergement d’urgence pour sansabri et qui bénéficiaient d’une session d’information sur le préservatif féminin et ses modalités d’utilisation, 77 % des participants ont évoqué des freins à son utilisation [ 20 ]. Accessibilité et coût
Dans l’étude australienne de Botfield
et al
., publiée en 2022, les inconvénients du préservatif féminin relevés par les 248 participantes étaient son coût, bien supérieur au préservatif masculin, ainsi que son accessibilité, qui constitue un frein à son utilisation à large échelle [
8
]. Ce constat est souligné dans de nombreuses études [
15
–
17
].
En France, la différence de prix entre les préservatifs féminins et masculins est nette 23, . Le préservatif féminin constitue le moyen de contraception avec le cout annuel total moyen le plus élevé par rapport aux autres modalités contraceptives 24 . La mise en place de son remboursement (2024) pourrait peut-être participer à lever ce frein et à augmenter son utilisation. Dans la mouvance actuelle d’une meilleure égalité entre les femmes et les hommes, des avancées sont nécessaires afin de faire évoluer les modèles de préservatif féminin, dans l’optique de proposer une plus large gamme, permettant de répondre aux attentes des utilisatrices, en prenant en compte le confort et les sensations de celles-ci, l’esthétique du dispositif et en facilitant son insertion. Des efforts sont également attendus de la part des pouvoirs publics afin de garantir l’accès et la disponibilité de ce dispositif à plus large échelle. Enfin, il est nécessaire de promouvoir le préservatif féminin auprès de la population masculine afin de majorer la participation des hommes à son utilisation. Méconnaissance de la société et des professionnels de santé
La méconnaissance des femmes et de la population générale sur le préservatif féminin semble constituer l’un des freins majeurs à son utilisation. Dans une étude chinoise, publiée en 2015, la prévalence de l’utilisation du préservatif féminin était très faible. Les connaissances des femmes étaient insuffisantes pour qu’elles choisissent ce dispositif comme moyen de contraception et de protection vis-à-vis des IST, avec des
a priori
tels que sa fragilité, le risque de dommages sur l’appareil reproducteur féminin, et des méconnaissances sur son utilisation, avec plus d’un tiers des femmes affirmant que celui-ci pouvait être réutilisé. Après information des participantes sur le préservatif féminin et ses modalités d’utilisation, celui-ci a été accepté par 98,2 % des participantes et 96,2 % d’entre elles déclaraient souhaiter l’utiliser à l’avenir [
21
].
En France, en 2016, lors des baromètres réalisés par santé publique France, sur les 3 241 femmes interrogées sur leur contraception, seule l’une d’entre elles a déclaré utiliser le préservatif féminin 25, . De même, lors d’un sondage réalisé à l’occasion de la journée du préservatif féminin en septembre 2017, sur les 526 femmes sondées dans toute la France, il ressort que 14,3 % des femmes avaient déjà eu recours au préservatif féminin. Si 90 % des femmes en connaissaient l’existence, deux tiers d’entre elles pointaient le manque d’informations à ce sujet. Vingt pourcents des sondées pensaient que le préservatif féminin n’était pas adapté aux rapports homosexuels 26 . D’après des données issues de l’OMS, en 2022, l’éducation sexuelle, comprenant des informations impartiales et individualisées, contribue à augmenter l’utilisation du préservatif (masculin ou féminin) 27 . Cependant, très peu d’études sont disponibles quant aux connaissances des professionnels de santé sur le préservatif féminin. Une étude américaine avait souligné que les professionnels de santé manquaient d’informations sur le préservatif féminin, notamment sur la méthode d’insertion, son accessibilité et son coût, et que leur décision d’aborder ce moyen de contraception était influencée par le sexe du patient et son niveau d’éducation [ 22 ]. De même, dans l’avis sur le remboursement du préservatif féminin publié en 2021, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes met en avant une certaine frilosité de la part des professionnels de santé à aborder le préservatif féminin comme moyen de contraception, souvent par méconnaissance du dispositif et de ses modalités d’installation 25 . Ainsi, il semble indispensable de mieux informer et former les professionnels de santé, médicaux et paramédicaux, sur l’utilisation du préservatif féminin, son accessibilité et les modalités de remboursement. Des ateliers de formation de 15 à 20 minutes auprès des praticiens pourraient être suffisants pour aborder ce moyen de contraception, en expliquant ses caractéristiques et ses avantages multiples, avec une démonstration d’insertion sur mannequin. Bénéficier de modèles d’exposition de préservatif féminin permettrait également d’appuyer les explications données aux patientes lors des consultations notamment sur les techniques de manipulation. Enfin, tout comme son homologue masculin, le préservatif féminin devrait bénéficier d’une visibilité équivalente, notamment dans les campagnes de prévention des IST. S’il existe une journée du préservatif féminin, ayant lieu le 16 septembre, sa promotion reste cependant extrêmement limitée. | ||
Le préservatif féminin, est une méthode contraceptive fiable permettant aussi une protection optimale contre les IST. Il permet aux femmes, ainsi qu’aux hommes ayant des relations avec des hommes, d’obtenir une autonomie complète dans la gestion de leur sexualité contribuant ainsi à leur émancipation. Son remboursement très récent (2024) par l’Assurance Maladie française devrait contribuer à son essor. | ||
2
Charles Macintosh était un chimiste écossais, né le 29 décembre 1766 à Glasgow et décédé le 25 juillet 1843. Il est surtout connu pour avoir inventé le premier tissu imperméable, qui a donné naissance à l’imperméable moderne.
3
Avis – Préservatif féminin : vers un remboursement intégral pour une plus grande utilisation – Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes.
https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/santedroits-sexuels-et-reproductifs/travaux-du-hce/article/avis-preservatif-feminin-vers-un-remboursement-integral-pour-une-plus-grande
4
LGBTQ+ Sexual Health :
https://openclinic.org.uk/services/lgbtq-sexual-health/
5
Contraception · Inserm, La science pour la santé :
https://www.inserm.fr/dossier/contraception/
6
United Nation ; Family Planning Indicators | Population Division
https://www.un.org/development/desa/pd/data/family-planning-indicators
7
HAS.
https://www.has-sante.fr/jcms/c_1545927/fr/etat-des-lieux-des-pratiques-contraceptives-et-des-freins-a-l-acces-et-au-choix-d-une-contraception-adaptee
8
Santé Publique France : Baromètre santé 2016 Contraception ;
https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/sante-sexuelle/barometre-sante-2016-contraception
9
En 12 ans le nombre de stérilisation masculine par vasectomies, répertoriées en 2024, a été multiplié par 15 en France ;
https://www.ameli.fr/paris/assure/actualites/sterilisation-masculine-en-12-ans-le-nombre-de-vasectomies-ete-multiplie-par-15-en-france
11
HAS – Méthodes contraceptives : Focus sur les méthodes les plus efficaces disponibles
https://www.has-sante.fr/jcms/c_1369314/fr/methodes-contraceptives-focus-sur-les-methodes-les-plus-efficaces-disponibles
12
Infections sexuellement transmissibles (IST) n.d. ; 10 juillet 2023. Disponible sur :
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/sexually-transmitted-infections-(stis)
.
13
Bulletin de santé publique VIH-IST. Novembre 2023.
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/infections-sexuellement-transmissibles/vih-sida/documents/bulletin-national/bulletin-de-sante-publique-vih-ist.-decembre-2023
15
VIDAL. Un premier préservatif féminin remboursable.
https://www.vidal.fr/actualites/30595-un-premier-preservatif-feminin-remboursable.html
16
Planning familial.
https://www.planning-familial.org/fr/le-planning-familial-de-la-reunion-974/le-preservatif-interne-1058
18
HAS ; Contraception chez la femme en post-partum disponible sur
https://www.has-sante.fr/jcms/c_1369193/fr/contraception-chez-la-femme-en-post-partum
19
https://questionsexualite.fr/choisir-sa-contraception/tous-les-modes-de-contraception/le-preservatif-interne-ou-feminin-comment-ca-marche
.
20
VIDAL. Un premier préservatif féminin remboursable.
https://www.vidal.fr/actualites/30595-un-premier-preservatif-feminin-remboursable.html
21
Disponible sur :
https://eshop.sugant.eu/fr/11348-preservatifs-feminins
. Sur le site de vente en ligne du laboratoire les boites de préservatifs comprenant 1, 5, 10 ou 100 préservatifs sont facturés 3,90 €, 13,90 €, 19,90 € et 149,90 € respectivement
22
Disponible sur :
https://terpan.fr/categorie-produit/preservatif-feminin-accueil/
. Sur le site de vente en ligne du laboratoire, les boites de préservatifs de 3, 10 ou 100 préservatifs sont au prix de 6,20 €, 17 € et 145 €
24
HAS. État des lieux des pratiques contraceptives et des freins à l’accès et au choix d’une contraception adaptée :
https://www.has-sante.fr/jcms/c_1545927/fr/etat-des-lieux-des-pratiques-contraceptives-et-des-freins-a-l-acces-et-au-choix-d-une-contraception-adaptee
25
Avis - Préservatif féminin : vers un remboursement intégral pour une plus grande utilisation - Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes disponible sur
https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/sante-droits-sexuels-et-reproductifs/travaux-du-hce/article/avis-preservatif-feminin-vers-un-remboursement-integral-pour-une-plus-grande
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Sondage « Journée du préservatif féminin » par Le PLANNING FAMILIAL et le laboratoire TERPAN.
https://documentation.planning-familial.org/KENTIKA-19145602124919638849-1-Sondage-«-Journee-du-preservat.html
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