Vignette (Photo © Inserm - Patrick Delapierre).
L’humanité est fragile et précaire, et la nature avec elle. La question de fond est de savoir comment on règle les conflits qui opposent, nature et culture, nature et société.
Nos rapports sociaux dépendent grandement de la manière dont nous parvenons à garantir les besoins les plus fondamentaux des êtres humains dans un monde où les fluctuations et les incertitudes s’accroissent. Comment faire pour que l’économie soit non plus une contrainte mais le produit de l’intérêt général ? Il est impératif, pour cela, de définir un ensemble de règles permettant d’insérer habilement la société dans les cycles, les fonctions et les interactions de la nature. En voici trois : premièrement, la nature doit faire partie de la démarche climatique, sans quoi les perturbations du climat mondial continueront de croître à des niveaux inimaginables 1 . Deuxièmement, puisque « nous sommes ce que nous mangeons » [ 1 ], et puisque les interactions humaines ont lieu dans la nature, il faut encadrer la règle dominante de l’économie et du marché qui réduit les ressources naturelles à de simples offres, et les besoins vitaux à de simples demandes. Enfin, il est important de comprendre pourquoi la robustesse (qui caractérise la capacité à résister à des contraintes physiques ou à fonctionner efficacement dans des conditions imprévues), et non la performance (qui désigne le niveau d’efficacité et d’efficience avec lequel une tâche ou un objectif est accompli), est une valeur clé des sociétés de demain. Or, à l’heure actuelle, ni les besoins, ni les ressources, ni le droit qui les relie n’ont cette robustesse qui permet de se fondre dans la nature dont nous dépendons tant.
Où pouvons-nous trouver un rapport pacifié avec la nature tout en cultivant la robustesse ? La réponse se trouve certainement dans le concept de la « santé commune » qui inclut trois dimensions indivisibles, interdépendantes et réciproques : 1) Il s’agit de préserver la santé des écosystèmes naturels sur le long terme. Cette dimension reconnaît l’importance cruciale de l’environnement pour notre bien-être collectif. 2) La santé sociale, qui vise à garantir un accès équitable aux ressources, fondement des droits humains fondamentaux. Lorsque ces droits sont respectés, ils deviennent des devoirs civiques qui renforcent le tissu social. 3) La santé humaine qui, conformément à la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) 2 , est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne se limite pas à la simple absence de maladie ou d’infirmité. Cette approche souligne l’interconnexion entre notre bien-être personnel, la santé de nos communautés et celle de notre planète.
Ces trois composantes du concept de santé commune sont construites à partir des besoins humains garantis par des droits fondamentaux. Quoi de plus concret et urgent que cette question de santé commune, et surtout du lien qu’elle permet de nouer entre des ressources naturelles limitées 3 et des besoins sociaux maîtrisés. Car les ressources sont les nutriments des écosystèmes sociaux.
Le concept de santé commune suppose d’inter-croiser les questions des droits humains, qui sont le cœur du contrat social, avec les questions des milieux naturels. C’est une manière raisonnée de faire société avec la nature, et d’offrir un potentiel antidote vis-à-vis du déni ou de la résistance face à la crise écologique. En effet, lorsqu’on insiste sur le besoin de rendre la transition écologique désirable, on s’appuie sur deux aspirations fondamentales et intemporelles des sociétés humaines : la santé et la justice. Ces deux valeurs sont indissociablement réunies dans cette démarche ressources-santé commune conçue pour purger le système de ses dettes sociales et écologiques. Ceci est à la fois une nécessité de santé publique et de justice sociale.
Ce sont ces considérations qui ont amené des juristes et des naturalistes 4 à dialoguer ensemble pour donner naissance à un « manifeste pour une santé commune » qui rassemble des questions essentielles et urgentes et qui se veut un antidote à notre penchant quelque peu pathologique pour l’excès en tout [ 2 ].
