L’actualité scientifique vue par les étudiants du Master Biologie Santé, module physiopathologie de la signalisation, Université Paris-Saclay
Responsables pédagogiques
Anne di Tommaso et Isabelle Dimier-Poisson Université de Tours
Série coordonnée par Claire Deligne
Le virus West-Nile, un flavivirus neurotrope transmis par les moustiques, a été identifié pour la première fois en Ouganda en 1937 [ 1 ]. Il est endémique en Afrique, en Europe, au Moyen Orient, en Asie et a présenté une expansion rapide en Amérique du Nord depuis 1999, devenant l’une des arboviroses les plus répandues aux États-Unis [ 1 ].
Son expansion dans des zones géographiques de plus en plus vastes à travers le monde ainsi que les formes cliniques potentiellement mortelles qu’il engendre font du virus West-Nile un véritable enjeu de santé publique, d’autant qu’aucun traitement spécifique ni vaccin ne sont disponibles. La prévention dépend d’une lutte organisée et durable contre les moustiques vecteurs et de l’éducation du public [ 2 ].
Asymptomatique dans la majorité des cas, l’infection par le virus West-Nile peut provoquer un syndrome pseudogrippal bénin chez 20 à 30 % des patients [ 3 ] et, dans de rares cas, être à l’origine de pathologies potentiellement mortelles : moins de 1 % des patients infectés développent des formes neuro-invasives, telles qu’une encéphalite (50-70 %), une méningite (15-35 %) et/ou une paralysie flasque aiguë (3-20 %), entraînant le décès dans 5 à 20 % de ces cas [ 4 ].
Cette importante variabilité clinique interindividuelle est actuellement largement inexpliquée [ 5 ]. D’autres flavivirus tels que la dengue ou la fièvre jaune peuvent causer des atteintes neurologiques, mais les mécanismes pathogéniques à l’origine de ce tropisme ne sont pas connus.
L’âge semble être un facteur prédictif fort de maladie neuro-invasive et de décès, tout comme le sexe masculin dans une moindre mesure [ 6 ]. L’immunodépression est quant à elle le seul facteur significativement associé à une issue fatale [ 7 ], suggérant le rôle indispensable d’un système immunitaire fonctionnel dans le contrôle de l’infection. Cependant, selon les études, jusqu’à 40 % des animaux immunocompétents infectés par des souches virulentes de virus West-Nile développent des formes neuro-invasives létales [ 8 ].
Lorsque des cellules sont infectées par un virus, elles produisent des interférons (IFN), dont les IFN de type I. Ces cytokines jouent un rôle clé dans l’immunité innée antivirale, en activant des voies de signalisation permettant de limiter la réplication virale. Ils induisent l’expression de plusieurs centaines de gènes ( Interferon-stimulated genes ou ISG) et renforcent l’activité des cellules immunitaires comme les cellules NK et T. Leur importance réside dans leur capacité à déclencher rapidement des réponses pour contrôler les infections virales avant que l’immunité adaptative ne prenne le relais.
Des études ont déjà montré l’existence d’auto-anticorps circulants neutralisant les IFN de type I (l’IFN-α2, l’IFN-β et/ou l’IFN-ω) dans la maladie due à l’infection par le SARS-CoV-2 (COVID-19), et qui seraient responsables d’environ 15 % des cas graves, potentiellement mortels [ 9 ]. Ces anticorps précèdent l’infection et leur présence augmente considérablement le risque de développer une forme sévère de la maladie. Les auto-anticorps dirigés contre les IFN de type I sont également à l’origine d’environ 25 % des hospitalisations pour pneumonie due au Coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) et d’environ 5 % des cas de pneumonie grippale grave [ 10 , 11 ].
Gervais et al . ont récemment émis l’hypothèse que des auto-anticorps circulants neutralisant les IFN de type I pourraient également être responsables de la sévérité des atteintes cliniques chez certains patients infectés par le virus West-Nile, expliquant en partie les disparités cliniques interindividuelles [ 12 ]. Ils ont pour cela étudié six cohortes indépendantes incluant un total de 663 patients infectés provenant d’Europe et des États-Unis, toutes formes cliniques confondues (asymptomatiques, paucisymptomatiques et formes sévères neuro-invasives).

